
« Peu importe ce que nous faisons, ce que nous votons, nous ne sommes pas écoutés. Plus aucun outil démocratique ne donne l’impression de fonctionner. »
Par Victor Mérat.

Ce « récit » est paru hier (30.8) dans Le Figaro. Son mérite est d’être un reflet – à notre avis talentueux – de l’opinion des Français, notamment de leur moral face à la situation politique et sociale du Pays ; et en particulier de leur sentiment envers ce Régime aujourd’hui en crise profonde, qui leur inflige le plus détestable et décourageant des spectacles. Jadis, ou même naguère, nous étions un peu seuls à éprouver ce sentiment de dégoût et de rejet profond, au point de l’ériger en doctrine politique et de mettre en œuvre toute une action menée de longue date pour combattre le régime et ses conséquences. Les choses ont bien changé, ainsi que les dépeint l’auteur de ce récit, un jeune journaliste d’environ 25 ans, qu’on nous dit « dynamique et polyvalent, grand amateur de musique et de sport. » Henri Guaino a raison : la crise que nous vivons est bien plus qu’une crise de régime : une crise de civilisation, crise nationale, crise de société. De celles qui touchent au fond des choses, à l’Histoire, à la nature et à son ordre. D’où peuvent naître les vraies renaissances. En tout cas, l’ère des réformes et des replâtrages est sans doute close. Elle condamne Macron, Bayrou et leurs pareils. JSF
RÉCIT – Depuis la dissolution, les Français sont ballottés par d’intenses soubresauts politiques. Lassitude, épuisement, impression de ne pas être écoutés… Beaucoup redoutent une nouvelle période de turbulences à l’issue du vote de confiance le 8 septembre.
Ophélie Roque est professeur de français en banlieue parisienne. Elle a notamment publié Antisèches d’une prof. Pour survivre à l’Éducation nationale (Les Presses de la cité, 2025).

Après avoir vécu dix ans en Allemagne pour « fuir » le socialisme et François Hollande, Alexandre est revenu habiter en France en 2022. « Pour être tout à fait honnête, je pense à repartir. J’ai l’impression qu’ici il n’y a pas de pilote dans l’avion. Les dirigeants ne savent pas quoi faire à part rajouter des taxes ou empiler des lois. Ou alors ils savent quelle est la solution, mais n’osent pas la mettre en place par peur de froisser, voire de perdre, leur électorat », déplore cet ingénieur consultant en informatique âgé de 48 ans. Total, ce célibataire « économiquement à droite, mais socialement à gauche » ne croit « plus du tout en la politique » et ne vote plus depuis son bulletin « Sarkozy » qu’il a glissé dans l’urne, en 2012. « Je suis complètement désabusé, conclut-il en précisant s’être récemment encarté chez Nouvelle Énergie, le parti fondé par le maire Les Républicains (LR) de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF), David Lisnard. Je suis démocratiquement fatigué. Et les récentes annonces de François Bayrou n’arrangent rien. »
Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin 2024, la vie des Français est ballottée par d’intenses soubresauts politiques successifs que seuls les Jeux olympiques de Paris ont – en partie – réussi à éclipser. Après les élections législatives anticipées, dont la campagne éclair fut aussi intense qu’acharnée, et la censure de l’éphémère (trois mois et huit jours) gouvernement du Républicain Michel Barnier, l’actuel locataire de l’Hôtel de Matignon met son destin, et avec lui le budget 2026, entre les mains des parlementaires, qu’il exhorte à choisir la « responsabilité » plutôt que le « chaos ». À dessein, François Bayrou recourra lundi 8 septembre à l’article 49.1 de la Constitution et engagera la responsabilité de son gouvernement sur le redressement des comptes du pays devant l’Assemblée nationale. Question de « clarification », affirme le centriste.
« On se demande où l’on va… Ce que la France va devenir »
Présage des turbulences à venir, La France insoumise (LFI), le Parti socialiste (PS) les Écologistes, les communistes (PCF) et le Rassemblement national (RN) ont d’ores et déjà annoncé qu’ils voteraient contre la confiance. Sauf retournement de situation, le gouvernement emmené par le maire de Pau, qui avait forcé la main à Emmanuel Macron pour être nommé en décembre dernier, devrait tomber. François Bayrou, qui veut éviter l’instabilité, risque-t-il de l’aggraver ? Cette hypothèse est partagée par 63 % des Français, selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro .
La placide parenthèse estivale pourrait alors déboucher sur une nouvelle période d’incertitude et d’inquiétude, si ce n’est pas déjà le cas. Le tout dans un contexte national et international volcanique : la dette publique dépasse les 115 % du PIB, le spectre d’une crise financière plane sur l’Hexagone, la confiance des ménages est à son plus bas niveau depuis octobre 2023, le sentiment d’insécurité grandit, la guerre se poursuit en Ukraine, le retard technologique de l’Europe par rapport à la Chine et les États-Unis se creuse… Un chapelet de problématiques auxquelles s’ajoutent les appels à « bloquer » le pays le 10 septembre.
« Dans tous les électorats et dans toutes les classes sociales, qu’importe la zone géographique, il y a ce sentiment que la démocratie ne fonctionne plus comme elle devrait. » Dorian Dreuil, expert associé à la Fondation Jean Jaurès.
« Et que fera Emmanuel Macron ensuite ?, s’interroge avec exaspération Françoise, hôtesse d’accueil âgée de 73 ans. Je suis contre une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale, car ça ne ferait que recommencer un nouveau cycle. Ça n’arrangerait à mon avis rien du tout. Idem si on change de premier ministre ou simplement quelques ministres dans le gouvernement, ça ne changera rien. Et ce dernier n’aura pas la confiance des opposants… Je pense aussi que, tant qu’il y aura Jean-Luc Mélenchon dans le paysage, ce sera le bordel. Nous sommes dans une impasse et je sature face à ce serpent qui se mord la queue. » Cette grand-mère qui habite les Yvelines et vote à droite « depuis toujours », poursuit, désespérée : « Je parle beaucoup de cette incertitude avec mes amis… On se demande où l’on va… Ce que la France va devenir. »
Jean*, analyste financier de 63 ans, partage cette « forme de désespoir ». « Je perds foi en la classe politique française, elle me désole. Elle n’essaie pas de faire de la pédagogie avec les Français, mais elle est plutôt dans une surenchère démagogique. Ce n’est pas le chien qui agite la queue, mais la queue qui agite le chien, raille-t-il avec sévérité. Cette impression d’irresponsabilité générale par rapport au problème du déficit budgétaire alimente ma déception. »
Démo-anxiété
Cette fatigue démocratique « n’est pas nouvelle en France, mais le processus s’est accéléré ces dernières années, surtout depuis juin 2024 », analyse Dorian Dreuil, expert associé à la Fondation Jean Jaurès et directeur d’études de l’institut Bona Fidé. Deux symptômes, précise le spécialiste des enjeux de mobilisation citoyenne et de démocratie, permettent de la mesurer. L’abstention, d’abord, qui, hormis un reflux en 2024, a atteint des records aux élections législatives de 2022 (53,77 % au second tour). De même que les taux d’abstention aux premier et second tours d’un scrutin présidentiel qui ne font qu’augmenter depuis cinquante ans : de 12,7 % à 28 % concernant le second tour entre 1974 et 2022.
En parallèle, les Français ont de moins en moins confiance dans les institutions démocratiques et leur personnel politique. Selon le baromètre de la confiance politique 2025 du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) publié en février dernier, 74 % des Français ne font pas confiance à la politique (+ 4 points par rapport à 2024). Plus éloquent, les deux sentiments qui lui sont le plus associés sont, avec l’« inquiétude » et la « colère », la « méfiance » (47 %) et le « dégoût » (26 %, en hausse de quasiment 10 points par rapport à 2024).
Cette défiance est essentiellement dirigée contre les échelons nationaux. Seuls 23 % font confiance au gouvernement, le même niveau qu’en 2018, année marquée par les manifestations des « gilets jaunes ». À peine plus de deux sur dix ont confiance dans l’Assemblée nationale ou dans « l’institution présidentielle ». Toujours selon la même étude, sept Français sur dix jugent que la démocratie ne fonctionne pas bien dans leur pays – très loin devant les Allemands et les Italiens. « Cette fatigue s’est transformée en “démo-anxiété”. Dans tous les électorats et dans toutes les classes sociales, qu’importe la zone géographique, il y a ce sentiment que la démocratie ne fonctionne plus comme elle devrait », plussoie Dorian Dreuil. Pour autant, si 45 % estiment que ce n’est pas avec les élections que l’on peut changer les choses, une majorité (55 %, + 4 points par rapport à l’année dernière) reste intéressée par la politique.
« C’est un cirque »
Consultant en relations publiques passionné de politique, Lucas, 28 ans, se dit « lassé » de la situation : « Quand il y a autant d’actualité politique qui aboutit sur aussi peu de transformations… C’est un cirque. On assiste à un enchaînement de gouvernements qui font le minimum syndical. Quel que soit le détenteur des manettes, aucun n’arrive à mettre un terme aux maux des Français. Nous sommes saturés par un torrent informationnel qui n’aboutit à aucune transformation politique à la hauteur des enjeux. À cela s’ajoute un sentiment d’enlisement structurel. Et là où le bât blesse, c’est que j’ai l’impression que la France est le pire des pays européens. On nous compare à la Grèce et à l’Italie… », assène le Parisien.
« J’ai l’impression que peu importe ce que nous faisons, ce que nous votons, nous ne sommes pas écoutés. Plus aucun outil démocratique ne donne l’impression de fonctionner. » Justine, 26 ans, doctorante en sciences de gestion
Si Lucas pointe « l’égoïsme de François Bayrou qui soignerait sa sortie en laissant derrière lui des conséquences pour l’instant inconnues », il dénonce avant tout le comportement des élus nationaux : « Personne ne tire la leçon de la composition politique actuelle en se disant qu’il faut essayer de faire un pas de côté en sortant des postures d’opposition. » « L’univers politique évolue autour de son propre nombril. Nous sommes à dix-huit mois de l’élection présidentielle et l’agenda des politiques n’a jamais été aussi éloigné de celui des Français », fustige le consultant.
Justine, doctorante en sciences de gestion, renchérit. « Mon désintérêt pour la politique augmente, j’ai complètement arrêté de m’intéresser aux programmes des partis, de droite comme de gauche. Il faut quand même s’en rendre compte : cela fait un an et demi qu’on nous rabâche avec alarmisme que la France va mal, mais nous enchaînons les crises politiques comme s’il ne se passait rien, regrette cette femme de 26 ans originaire de Loire-Atlantique. J’ai l’impression que peu importe ce que nous faisons, ce que nous votons, nous ne sommes pas écoutés. Plus aucun outil démocratique ne donne l’impression de fonctionner. » Selon le président d’Odoxa, Gaël Sliman, Emmanuel Macron a « accentué » ce sentiment très fort de déni de démocratie chez une partie des Français : « Selon ces derniers, le président a continué, malgré ses défaites aux élections européennes et législatives, à mener une politique dont il sait qu’une partie de ses concitoyens ne veut plus. »
« Dernier espoir »
« Cette lassitude des Français pourrait avoir des conséquences dommageables pour la démocratie », estime Dorian Dreuil, de la Fondation Jean Jaurès. Les électeurs pourraient dans un premier temps déserter davantage les bureaux de vote. In fine, c’est le risque de vider de leur légitimité démocratique les institutions et les décisions politiques qui point.
Pour autant, relève l’enquête Odoxa-Backbone Consulting, alors même que les Français n’y croient plus, ils sont 54 % à privilégier l’option d’une dissolution et l’organisation d’élections législatives anticipées si François Bayrou n’obtient pas la confiance du Palais Bourbon. Il y a à peine trois mois, ils n’étaient que 38 %, selon un sondage du même institut. « Il faut vraiment que la coupe soit pleine pour que ce soit la tendance. Entre-temps, François Bayrou a présenté une ébauche de budget et a multiplié les irritants », note Gaël Sliman en prenant pour exemple la volonté du premier ministre de supprimer deux jours fériés.
« Si je critique, il faut que je vote », abonde Françoise. Même antienne chez Jean, qui se rendra aux urnes en cas d’élections anticipées. Jacques*, communicant angevin de 35 ans, tempère : « J’hésiterai… C’est assez décourageant de ne pas voter pour les bonnes raisons. Voter contre, j’ai déjà l’impression de l’avoir trop fait… » De son côté, Justine, qui est une écologiste de centre gauche non encartée, a décidé de s’engager en politique et elle sera candidate sur une liste aux élections municipales dans une commune de 7 000 habitants près de Saint-Nazaire : « Je crains que ce scrutin serve lui aussi à envoyer un dernier signal de ras-le-bol avant la présidentielle pour réveiller tout le monde… Alors je m’engage. C’est mon dernier espoir. » ■ VICTOR MÉRAT
*Les prénoms ont été changés.
Finalement le changement de régime et la solution Royale est bien la solution au chaos structurel politique moral du pays.
Vive le Roi !!
Au cirque il y a toujours une fin, avec les clowns.
D’accord avec M. Verdu le peuple a peut être encore un peu d’esprit.