
Le point commun entre Meloni et De Wever ? Ils sont eurosceptiques, patriotes et réalistes. Ils savent surtout ne pas sacrifier l’intérêt national à la construction européenne. Contrairement à la France, qui choisit toujours l’Union européenne contre elle-même.
Par Richard de Seze.
Thierry Breton, le mois dernier, le 19 décembre, expliquait qu’Ursula von der Leyen avait tenté un coup de force pendant le Conseil européen du 18 décembre qui devait entériner l’accord sur le Mercosur. « C’est-à-dire qu’aujourd’hui, ce qui est clair, c’est qu’il y a eu un coup de force qui a été tenté au cours de ce conseil. »

Atteint d’une brusque crise de franchise dont il paraissait lui-même le premier surpris, l’ancien commissaire européen a aussi expliqué que les Allemands défendaient leurs propres intérêts, que le traité avait été très mal négocié : « [Ursula von der Leyen] a mal négocié ? – Mais bien entendu qu’elle a mal négocié. La Commission a très mal négocié. Si jamais ce n’était pas le cas, nous n’en serions pas à ce psychodrame encore hier soir, bien entendu. Mais parce qu’elle est très poussée – je suis également un fervent militant de l’axe franco-allemand – mais il faut dire les choses comme elles sont… – Les Allemands ont imposé leurs intérêts ? – Mais bien entendu, tout le monde le sait. »
Il a ajouté, pour faire bon poids, que les clauses miroirs ne serviraient à rien : « Les clauses miroirs existent pratiquement dans tous les accords. Mais elles sont très compliquées à mettre en œuvre. Nous les avons appliquées deux fois seulement depuis 2019. » J’avoue avoir considéré cela comme un cadeau de Noël : un ancien commissaire européen reconnaissant que l’Union européenne est aux mains des Allemands et que les mécanismes prétendument protecteurs ne protègent rien.
Évidemment, en France, tout le monde a expliqué que cette victoire était celle d’Emmanuel Macron. En Italie, tout le monde s’accordait à y voir celle de Giorgia Meloni, en Italie comme dans le reste du monde. De même, on a salué le Premier ministre belge Bart De Wever, qui a résisté à la pression allemande visant à confisquer les avoirs russes détenus en Belgique. « Même pendant la Seconde Guerre mondiale, on n’a pas confisqué l’argent de l’Allemagne », a-t-il rappelé.
Ne pas sacrifier l’intérêt national à la construction européenne
Le point commun entre Meloni et De Wever ? Ils sont eurosceptiques, patriotes et réalistes. Ils savent partager ponctuellement les positions françaises, mais ils savent surtout être intraitables avec le nouveau Reich et ne pas sacrifier l’intérêt national à la construction européenne. Contrairement à la France, qui déteste se retrouver seule, même lorsqu’elle a raison, et choisit toujours l’Union européenne contre elle-même.
Vous me pardonnerez d’écrire « France » là où il faudrait écrire « Macron ». Lorsqu’il adopte une position conforme aux intérêts français, il y a toujours lieu de se méfier ou de considérer qu’il y est contraint. Ainsi lorsqu’il déclare qu’il redeviendrait utile de parler à Vladimir Poutine : s’il le pense, c’est parce qu’il a constaté que d’autres parlent déjà à Poutine, et qu’il devient saugrenu de se taire quand tout le monde cause.
Il lui arrive cependant de ne rien dire. La France était absente lorsque dix-neuf pays européens ont demandé à la Commission de financer des « hubs de retour », c’est-à-dire des structures pour renvoyer les immigrés chez eux ou dans des pays tiers. L’immigration n’est manifestement pas un problème français. Le vrai problème serait la radicalisation des catholiques en prison, selon certaines chroniques médiatiques, et le terrorisme de l’ultra-droite, selon LFI. Voilà donc : l’Union européenne est allemande, le courage est belge, la tactique est italienne, et la bêtise est française. o ■ oRICHARD DE SEZE
Article précédemment paru dans Politique magazine.














Ursula von der Leyen et la Commission européenne ont très bien négocié le Mercosur…aux intérêts allemands. Négociés par et pour les Allemands.