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Entretien par Quentin Rousseau.
« Il faut ici rappeler la formule de Julien Benda dans La Trahisons des Clercs (1927) : « Nous ne demandons pas au chrétien de ne point violer la loi chrétienne, nous lui demandons, s’il la viole, de savoir qu’il la viole. » Ceci s’applique aux États comme aux hommes.«
Ce long entretien particulièrement remarquable est paru le 9 janvier dans Front Populaire. On peut bien-sûr en discuter tel ou tel point. Er en débattre sur le fond comme nous le faisons régulièrement ici. JSF
ENTRETIEN. La tectonique des plaques géopolitiques a connu quelques notables secousses dès le début d’année, en premier lieu avec l’opération américaine au Venezuela du 3 janvier. Avec des conséquences économiques, politiques, juridiques durables ? Point global autour de l’évènement et de ses possibles retombées avec l’économiste Jacques Sapir.

Front Populaire : L’opération américaine du 3 janvier a suscité de nombreuses critiques, pour qui elle constitue une entorse terrible au droit international, sur un mode “la raison du plus fort est toujours la meilleure”. Dit de manière un peu provocante : concrètement, le droit international existe-t-il ailleurs que dans l’imagination collective des Européens ?
Jacques Sapir : Bien sûr ! L’origine du droit international remonte à Grottius (Hugo De Groot, 1583-1645) avec son ouvrage Le Droit des Gens, où les « Gens » sont en réalité les nations. Cette origine est en fait liée au droit maritime, qui définit notamment ce qui relève de la piraterie ou au contraire de la course (c’est-à-dire des corsaires). Depuis cela, les grandes puissances admettent qu’elles ne peuvent pas tout se permettre, surtout quand elles risquent de se trouver face à d’autres puissances. Ce que nous dit l’opération américaine du 3 janvier 2026, ce sont donc deux choses distinctes.
Croire que la violation du droit annule le droit est une ânerie.
La première n’est pas que la violation d’un droit supposé inviolable serait la fin du droit. Le droit international a été régulièrement violé au XIXe, au XXe et au XXIe siècle, par exemple lors des bombardements américains sur le Nord-Vietnam (la RDVN) – à partir d’un mensonge flagrant, le supposé « incident du Golfe du Tonkin ». Nous avons aussi l’intervention illégale – du point de vue des Nations-Unies – de l’Irak en 2003. Pourtant, les Etats-Unis ont continué de se référer à des principes de droit international quand ils y ont trouvé un intérêt ou quand ils y ont été contraints. Croire que la violation du droit annule le droit est une ânerie. À ce compte-là, chaque fois qu’un vol est commis, il n’y aurait plus de droit en France. Ce que nous dit l’opération du 3 janvier, c’est en réalité que les États-Unis se sont permis une opération limitée, réalisée très probablement avec l’assentiment d’une partie des forces armées et du gouvernement du Venezuela. C’est une opération limitée, à grand spectacle assurément, mais pas plus. Les menaces sur le Groenland et la souveraineté du Danemark sont en réalité tout aussi graves, si ce n’est plus.
La seconde chose que nous dit cette opération est la suivante : il n’y a plus un droit international unanimement reconnu, mais trois interprétations différentes de ce droit. La première, qui correspond à l’origine au texte de Grottius, se fonde sur la souveraineté des États. C’est à cette interprétation que se rattachent la Chine, l’Inde ou la Russie. La deuxième interprétation pourrait être dite « bismarckienne » : c’est effectivement le principe « la force prime le droit ». C’est à cette interprétation que se rattachent les États-Unis mais aussi Israël. Et puis nous avons une troisième interprétation, qui est celle globalement dominante au sein de l’Union européenne, et qui prétend que les nations ne sont plus les sujets du droit international mais des « droits des peuples », lesquels sont philosophiquement intéressants mais qui restent flous dans la pratique. Ces trois interprétations sont chacune discutables et si l’on veut savoir laquelle est préférable nous entrons dans une controverse qui durera des siècles. Mais le point important, que confirme cette opération et ses suites, c’est qu’il n’y a plus une interprétation, même minimale, avec laquelle la majorité des pays soit d’accord. Cette différence radicale dans les interprétations rend de plus en plus délicat le dialogue entre les pays défendant des intérêts opposés parce qu’il n’y a plus de langage commun pour que la diplomatie puisse se déployer.
Vladimir Poutine avait mis les pays occidentaux en garde contre cet éclatement radical des interprétations du droit international, qu’il attribuait au comportement des États-Unis lors de son discours à la conférence sur la sécurité à Munich en 2007. Je l’avais signalé dans mon ouvrage Le Nouveau XXIe siècle, qui a été publié par les éditions du Seuil en 2008. Nous sommes aujourd’hui dans la situation et face aux conséquences qu’il avait prédites : les interprétations sont désormais tellement divergentes que la diplomatie, qui reste nécessaire, est privée d’un langage commun.
Front Populaire : Dans la NSS 2025, la feuille de route stratégique de l’administration Trump publiée en novembre dernier, il était affirmé que les États-Unis comptaient imposer un “corollaire Trump” à la doctrine Monroe – trivialement baptisé ensuite “doctrine Donroe” par Trump lui-même. Est-ce effectivement ce à quoi nous assistons ?
Jacques Sapir : C’était, là encore, quelque chose de prévisible dès le début du mandat de Donald Trump. La référence à la doctrine Monroe, en référence à la doctrine exprimée par un Président des États-Unis d’Amérique est relativement trompeuse. La doctrine Monroe se fonde sur l’opposition entre un continent moralement corrompu (l’Europe) et un continent qui aurait rompu, à partir de 1776, avec la corruption originelle (les Amériques). Elle se base sur un principe « chacun chez soi » et vise avant tout à prévenir les interventions des puissances européennes dans les Amériques. Or, les USA viennent de vivre deux guerres avec le Royaume-Uni, sont heureux de voir l’Espagne chassée d’une partie de l’Amérique Latine (il faudra la guerre hispano-américaine de 1898 pour que l’Espagne abandonne complètement le Nouveau-Monde), s’opposeront dans les années 1860 à la tentative de la France de remettre un européen à la tête du Mexique et, dans les premières années du XXè siècle se prépareront à une hypothétique menace de l’Allemagne sur les Caraïbes et le Mexique. Trump s’appuie sur ce sentiment vivace aux États-Unis d’une « destinée manifeste » des USA – sentiment qui a, à la base, une origine religieuse, et qui s’oppose à l’Europe. Lisez les romans d’Henry James à la fin du XIXè siècle. Presque toujours, c’est la même histoire : la corruption de l’Ancien Monde ne peut qu’apporter le malheur au Nouveau Monde.
Mais, s’il s’appuie sur ce sentiment, il le détourne radicalement. La « doctrine Donroe » n’est plus l’expression de la « destinée manifeste » mais le constat que, pour survivre, les États-Unis doivent constituer une aire de ressources naturelles mais aussi de défense qui soit bien supérieure à leur territoire. Or, sur ce terrain, la défense aérienne canadienne est déjà intégrée à celle des États-Unis avec le NORAD, et les USA disposent de bases importantes au Groenland dont une grande base nucléaire (Thulé). Au Sud, l’importance stratégique du Canal de Panama est perçue depuis 1914 et détermine d’ailleurs les caractéristiques d’une partie des navires de guerre américain. Il s’agit donc là de sécuriser le Canal de Panama à travers la construction d’un glacis dont, à l’évidence, il veut que la Colombie et le Venezuela fassent partie.
Ce que veut Donald Trump c’est donc construire une « bulle » gigantesque autour des USA, bulle qui serait capable militairement et économiquement de résister aux nouveaux géants comme la Chine, l’Inde et – à la marge – la Russie. C’est, en réalité, une politique de repli stratégique.
Front Populaire : D’autres régions attisent les convoitises – dévoilées à grand renfort de communication par l’entourage de Trump – des Etats-Unis. On pense au Panama, ou encore au Groenland, qui appartient au Danemark. Dans quelle mesure ces prétentions sont-elles réalistes d’un point de vue géopolitique ?
Jacques Sapir : Comme je l’ai expliqué, ces convoitises sont cohérentes avec un projet stratégique de repli. Elles postulent l’abandon de l’Europe, et donc un recul avec ce qui était la position américaine lors de la première Guerre Froide. Cette position était basée sur « containment » (l’action de contenir) l’URSS. La sphère que les États-Unis voulaient défendre était bien plus grande. C’est d’ailleurs pourquoi ils contribuent, à l’époque, à la reconstruction de l’Europe occidentale et du Japon et financent le développement des industries de défenses européennes via le programme MAP. Les Mystère IV français sont largement financés par les USA via les fonds « off shore ». C’est un peu comme si, aujourd’hui, une partie des achats de Rafales étaient financés par les États-Unis.
Or, on ne voit rien de cela aujourd’hui, bien au contraire. L’Europe n’est perçue que comme une source provisoire de financement pour l’industrie de défense des USA. La logique même d’existence de l’OTAN est mise en cause, et on le voit bien à la manière dont les États-Unis traitent les pays membres.
Dans le cadre de la Guerre Froide 2.0, les États-Unis ne sont plus la puissance dominante du monde. Trump veut que son pays reste une « grande puissance » mais il a fait le deuil, derrière des proclamations tonitruantes, de l’hegemon qui restait un objectif du temps de Bush senior, de Clinton et de Bush junior.
Front Populaire : Le Venezuela dispose des plus importants gisements pétroliers du monde. La question de l’approvisionnement énergétique est-elle toujours aussi cruciale dans la géopolitique de 2025 ?
Jacques Sapir : Les informations qui sont disponibles, en source ouverte, sur les réserves du Venezuela sont douteuses, comme elles le sont d’ailleurs pour l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Moyen-Orient. Certains gouvernements ont tendance à surestimer leurs réserves prouvées pour accroître leur influence sur les marchés pétroliers. Dans le cas du Venezuela, on a des doutes sérieux sur 25% des réserves déclarées.
De plus, le pétrole vénézuélien vient désormais essentiellement des gisements du bas-Orénoque, et il est composé d’un pétrole « lourd » (dont la densité se rapproche de celle de l’eau), avec une forte composition en souffre. C’est un pétrole particulier, qui intéresse particulièrement l’industrie pétrochimique, mais qui est très coûteux à raffiner. Il en résulte qu’il n’est pas « substituable » avec le BRENT ou le WTI. Il faut savoir qu’il y a plus de 70 « qualités » de pétrole qui sont vendues sur le marché international, avec de fortes différences en densité tout comme en composition. Une production massive du pétrole vénézuélien n’a que peu de chance de déstabiliser le marché, mais pourrait poser un problème à l’Arabie Saoudite qui, elle aussi, extrait essentiellement un pétrole « lourd » : le « Heavy Arabian Crude » ou « Arab Heavy ». On a en réalité trois qualités de pétrole pour l’Arabie saoudite, qui correspondent elles-mêmes à des moyennes. Il en résulte que trois pays achètent du pétrole vénézuélien, et essentiellement pour les besoins de leurs industries pétrochimiques : les États-Unis, la Chine et l’Inde. L’excitation médiatique que l’intervention américaine du 3 janvier a provoquée sur le sujet du marché du pétrole s’appuie sur une mauvaise information des journalistes comme du public.
Front Populaire : Quelles conséquences le recentrage de la sphère d’influence américaine autour de l’hémisphère occidental (c’est-à-dire les Amériques et de larges portions des océans Atlantique et Pacifique) va–t-il selon vous avoir sur la dynamique de dédollarisation de l’économie mondiale ?
Jacques Sapir : C’est moins le recentrage qui ici est en cause que la manière dont il se fait. Un nombre croissant de pays considèrent que le dollar US est de moins en moins sûr. L’instrumentalisation politique du dollar en est évidemment la cause. Aujourd’hui, on constate que la politique étrangère des États-Unis devient à la fois de plus en plus brutale et de moins en moins prévisible. La dynamique de dédollarisation des échanges mais aussi de la finance mondiale ne peut qu’en être accélérée. On voit que des pays qui, comme l’Inde, ne montraient que peu d’intérêt à cette dédollarisation il y a encore quatre ou cinq ans, sont désormais en train de s’y intéresser.
Après, la question importante est aussi la liquidité des titres à court terme en devises. Quand on dit qu’un pays détient du dollar, ce n’est pas Picsou contemplant une mer de billets verts. Cela signfie que sa banque centrale, son système bancaire, voire ses entreprises, détiennent des bons du trésor libellés en dollars et que l’émission d’obligations privées se fait en dollars. La raison en était jusqu’à présent le fait que les obligations en dollars étaient liquides et sûres. Elles sont devenues moins sûres, mais elles sont toujours très liquides. La dédollarisation avancera à proportion de la baisse de liquidité des obligations libellées en dollar et de la montée de la liquidité d’autres instruments que pourront utiliser les entreprises, les banques et les États.
Front Populaire : Dans le champ politique français, on a pu observer un vaste clivage entre ceux saluant la fin du régime de Nicolás Maduro, jugé néfaste, et ceux condamnant l’intervention américaine au nom de la souveraineté des États. Comment devrait selon vous se positionner un souverainisme bien compris ?
Jacques Sapir Au-delà de ce que l’on peut penser de Nicolás Maduro et de l’évolution du régime vénézuélien depuis la mort de Chávez, il convient de rappeler que le droit international et les gouvernements reconnaissent des États et non des régimes. C’est au nom de ce principe que de Gaulle avait reconnu la Chine (RPC) à une époque où l’ONU reconnaissait seulement Taïwan.
Notons d’ailleurs que l’exigence du respect de la Charte des Nations Unies n’implique aucune appréciation du régime en place mais uniquement de l’existence d’un État. Le problème de la « reconnaissance » à été posé quand les Nations Unies sont sorties, à tort à mon avis, du strict respect des règles de droit et ont introduit des règles humanitaires sous le nom de « droit humanitaire ». Il faut ici se rappeler la campagne menée par Mario Bettati et Bernard Kouchner à partir du livre Le Devoir d’ingérence (sous-titre : Peut-on les laisser mourir ?), publié en 1987 chez Denoël. Mais, ce qui, à l’époque, a été présenté comme un « progrès » s’est avéré en réalité une terrible régression autorisant, sous le masque des droits de l’homme, toutes les ingérences possibles dans un arbitraire à peu près total.
L’expérience montre que les ingérences humanitaires peuvent engendrer des effets nocifs aussi importants que les maux auxquels elles entendaient remédier. Par ailleurs, le caractère purement « humanitaire » de certaines opérations est souvent discutable. Des intérêts d’États peuvent souvent se servir du discours des « humanitaires ». Le passage de l’action humanitaire à une doctrine humanitariste ne fait que renforcer le problème qui naît de cette collusion originelle entre la raison d’État et les « bons sentiments ».
Un exemple tragique en fut donné par l’intervention américaine « Restore Hope » en Somalie, en 1992. Non seulement cette opération, qualifiée à l’époque par Kouchner de « fantastique pas en avant en direction du droit d’ingérence », fut incapable de produire un pouvoir politique stable en Somalie, mais l’aide humanitaire (les sacs de riz auprès desquels Kouchner se fit filmer sur une plage somalienne) contribua à désorganiser l’agriculture locale. Elle jeta dans la misère des dizaines de milliers de paysans qui vinrent s’entasser à Mogadiscio et dans d’autres villes, provoquant une nouvelle cause de déstabilisation du pays, qui conduisit quelques années plus tard à l’émergence des trop fameux « tribunaux islamiques ».
De ce point de vue, le retour aux principes énoncés par Grottius et par le Charte de 1945 des Nations Unies devrait être la règle pour tout souverainiste conséquent. Il y a des choses qui sont du ressort des États et d’autres qui sont du ressort des citoyens et il importe de ne pas confondre les deux.
Les deux interventions américaines du début d’année signent la mort du traité de non-prolifération des armes nucléaires.
Front Populaire : L’impérialisme américain ne date certainement pas d’hier, et ce n’est pas la première intervention militaire occidentale illégale dans l’histoire récente. Revêt-elle cependant une importance et une signification particulières qui lui feraient faire date, d’après vous ?
Jacques Sapir : Effectivement, ce n’est certes pas la première intervention militaire illégale et probablement pas la dernière. Mais, l’intervention du 3 janvier 2026, et l’acte de piraterie du 7 janvier, avec l’arraisonnement d’un pétrolier hors des eaux territoriales des États-Unis, établissent de nouveaux extrêmes dans la violation des normes internationales. La logique de « la force prime le droit » aboutit de fait à la destruction des normes de comportement internationales. Dès lors, toute action de force peut être justifiée, jusqu’à ce qu’une force supérieure à celle Etats-Unis s’impose. Mais, alors, nous serons au bord de la guerre nucléaire. Soulignons aussi que l’action des États-Unis est certainement le meilleur argument en faveur d’une prolifération nucléaire par tous les pays qui le peuvent. Car la seule chose qui pouvait amener un pays à respecter les clauses du traité de non-prolifération (TNP) était justement que les puissances nucléaires pouvaient accepter certaines règles.
Les deux interventions américaines du début d’année signent la mort du TNP. C’est aussi cela qu’il faut comprendre. Et, la lâcheté des pays européens qui n’oseront évidemment pas condamner les États-Unis sera connivente dans ce détricotage de normes internationales, imparfaites naturellement, mais qui avaient l’immense avantage d’exister. Il faut ici rappeler la formule de Julien Benda dans La Trahisons des Clercs (1927) : « Nous ne demandons pas au chrétien de ne point violer la loi chrétienne, nous lui demandons, s’il la viole, de savoir qu’il la viole. » Ceci s’applique aux États comme aux hommes.
Front Populaire : Finalement, les événements au Venezuela posent peut-être une question de fond. L’universalité de l’idée de souveraineté et la défense de son principe doivent-elles s’effacer devant la raison d’État ?
Jacques Sapir : La question de la souveraineté n’exclut pas celle de la raison d’État. Au contraire ; de nombreux actes, et parfois des crimes, ont été commis pour la défense de la souveraineté. A partir du moment où l’on considère que l’État n’est plus la propriété d’un homme, mais représente l’incarnation d’un intérêt collectif, et que cet intérêt est souverain par rapport aux intérêts d’autres États, se défense peut parfaitement impliquer des actes terribles que seule la « raison d’État » peut justifier. Rappelons-nous l’une des scènes finales des Trois Mousquetaires. D’Artagnan est convoqué par Richelieu. Dans cette scène se joue la notion de l’État et de sa souveraineté pour Alexandre Dumas, et de manière très explicite. D’Artagnan remet au Ministre le blanc-seing qu’Athos a arraché aux mains de Milady devant La Rochelle : « Tout ce qui a été fait par le porteur l’a été pour le bien de l’État ». C’est là où se confrontent la vision romantique de l’État qu’a défendue d’Artagnan, une vision faite de fidélité à la parole donnée, et la vision de Richelieu pour qui l’État a sa propre existence au-delà des rapports interpersonnels. Le cœur d’Alexandre Dumas hésite entre les deux. Il sympathise avec la vision archaïque de d’Artagnan, mais il comprend celle, glacée, du « monstre froid » comme dirait Hegel. Et la réaction de Richelieu est de réconcilier le courage juvénile et l’attachement aux valeurs chevaleresque et une vision de l’État qui n’existe que par la souveraineté : il promeut d’Artagnan comme lieutenant des mousquetaires. Cette promotion vaut pardon d’un crime qui, quels que soient les crimes de la victime, n’en reste pas moins un crime…
Et par cela, la raison d’État justifie la fin d’un agent de Richelieu (Milady), qui fut utile à ses projets mais qui désormais ne l’est plus et qui l’inquiétait même par sa noirceur. o ■
Propos recueillis par Quentin Rousseau
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