
« Les efforts éducatifs que les parents s’épargnent, en encourageant les enfants à se construire par eux-mêmes, se payent, dans bien des cas, par les nuisances que cette absence d’éducation expose à subir » Olivier Rey,
Par Eugénie Boilait.
Cet article bienvenu et révélateur est paru hier (23.1) dans Le Figaro. Un article à lire avec attention. A commenter sans-doute. A partager, aussi. JSF
ANALYSE – L’interdiction des enfants dans certaines rames de la SNCF est loin d’être souhaitable, mais elle peut être l’occasion de réfléchir aux raisons de la multiplication de ces espaces «no-kids» pour mieux les combattre.

La SNCF pensait peut-être passer inaperçue. Si tel est le cas, c’est peu de dire qu’elle a échoué. L’annonce du lancement d’une nouvelle offre, Optimum +, destinée à remplacer la classe Business Première, a enflammé les débats sur les plateaux et au wagon bar. Dans le viseur des mécontents : le fait que ces rames soient interdites aux enfants de moins de 12 ans. « On accrédite l’idée que les enfants sont responsables de l’inconfort des adultes », s’est rapidement emporté Sarah el Haïry, haut-commissaire à l’enfance. Après elle, à gauche comme à droite, auteurs et spécialistes, ont réagi comme en écho déclarant que cette décision avait tout à voir avec une société qui ne veut plus d’enfants, les associe volontiers à une chose dérangeante, et, in fine, encourage la dénatalité.
La sentence est rude. Tout d’abord car le fait de vouloir s’installer dans un wagon silencieux, pour travailler par exemple, n’a absolument rien à voir avec le fait de supporter ou de ne pas supporter la présence d’enfants. Si certains multiplient les allers-retours en train et souhaitent en profiter pour y accomplir des tâches professionnelles, il est difficile de leur reprocher de vouloir du silence. Car – et cela n’échappe à personne – les enfants font du bruit. Dans une certaine mesure, c’est d’ailleurs bien normal : c’est la vie qui jaillit. Ce semblant d’explication ne peut toutefois pas s’appliquer aux restaurants et aux hôtels – conçus pour être des lieux de récréation – qui sont de plus en plus nombreux à s’affubler de tristes pancartes « No-kids ». Mais aussi discutables – voire contestables – que soient ces espaces, ils ne doivent pas empêcher tout un chacun de s’interroger sur les causes de leur existence et de leur multiplication.
Car, dans cette affaire, une question claire n’est jamais posée : comment se comportent les plus jeunes aujourd’hui ? Il va sans dire que les enfants bruyants et agités – par la fatigue, la faim, la longue attente ou simplement par nature – ont toujours existé et c’est bien normal. Il n’en reste pas moins que des tendances de fond, concernant l’éducation des plus jeunes et l’attention qu’on leur porte, modifient nécessairement leur comportement. L’apparition massive de l’éducation positive ou plus largement d’éducations qui, sans avoir fait l’objet d’une théorisation sociologique, se veulent plus laxistes car refusant l’autorité qui a prévalu par le passé, ont nécessairement des effets, qu’ils soient positifs ou négatifs.
Plus d’autonomie pour les enfants
Dans son « tract » Défécondité, publié chez Gallimard, le philosophe Olivier Rey analyse les causes profondes de la chute de la natalité et revient sur les années 1960 qui « ont été un grand moment de contestation de l’autorité des adultes, mise en cause par une jeune génération aux effectifs gonflés par le baby-boom ». « Lorsque, peu après, ces jeunes se trouvèrent eux-mêmes en position de devenir parents, ils répugnèrent à assumer la fonction qu’ils avaient honnie. » Que l’on chérisse ces nouvelles méthodes ou qu’on les déplore, en résultent nécessairement des attitudes enfantines nouvelles, y compris en lieu public. Comprendre : depuis que l’on prétend donner aux enfants une parfaite autonomie, ils prennent une place toujours plus importante et deviennent plus exigeants, plus bruyants et empiètent sur le tempo des adultes. Ce dernier avait pourtant été longtemps sacralisé, les grands-parents et parents exigeant le calme comme un prérequis à la présence d’enfants à table. Cette époque a-t-elle vraiment fait des enfants plus malheureux ?
« Les efforts éducatifs que les parents s’épargnent, en encourageant les enfants à se construire par eux-mêmes, se payent, dans bien des cas, par les nuisances que cette absence d’éducation expose à subir », analyse Olivier Rey, lui-même père et désolé de la chute de la natalité en France. La mise à disposition d’espace sans enfant, aussi triste soit-elle, est donc aussi le résultat d’une volonté de ne pas se retrouver à côté d’enfants de plus en plus capricieux et parfois difficiles à calmer. « Lorsque nombre d’enfants sont insupportables, et qu’il est impossible de rien leur dire sous peine de passer soi-même pour insupportable, ne reste plus qu’à éviter leur présence », tance le philosophe. En effet : qui n’a jamais eu peur de dire à un parent dont l’enfant s’agite et occupe l’espace sonore au détriment des autres, de calmer sa progéniture ? Le juste milieu n’est d’ailleurs pas simple à trouver : les parents sont tantôt accusés d’être laxistes, tantôt des tyrans. Et ce constat ne se limite pas à expliquer la prolifération des espaces « no-kids » : il est aussi l’une des nombreuses raisons du recul des naissances. o ■ EUGENIE BOILAIT
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