
« Macron incarnait les élites qui depuis des décennies, de gauche et de droite de gouvernement, ont mené, avec leur idéologie européiste, le pays dans le mur. »
Entretien Par Elea Cauvin.
Cet entretien est paru le 23.1 dans Le Figaro. Nous ne le commenterons pas. Sur la plupart des propos tenus, nous sommes sur la même ligne. Quant aux points de divergence, si besoin est nos lecteurs se feront un devoir de les relever.oJSF
ENTRETIEN – Le président de la République laisse, au terme d’une décennie de mandat, une France endettée, fragmentée et affaiblie sur la scène internationale, estime le journaliste Éric Revel, qui publie « C’est Mozart qu’on assassine ! » (Ellipses).
Éric Revel, journaliste, vient de publier C’est Mozart qu’on assassine (Ellipses, 2025)

LE FIGARO. – Emmanuel Macron s’était présenté comme le président de la compétence économique, qualifié par certains observateurs de « Mozart de la finance ». À la lumière d’un bilan marqué par un endettement massif, une croissance timide et l’incapacité persistante à faire voter un budget pour l’année entamée, diriez-vous que le président a trahi ses promesses ?
Eric REVEL. – Le titre de mon pamphlet, C’est Mozart qu’on assassine, est devenu une locution proverbiale dans notre langue grâce à Gilbert Cesbron et Antoine de Saint-Exupéry. Elle signifie que chez chaque enfant un potentiel sommeille mais que la vie révèle plus ou moins bien ce potentiel. Le système nous avait « vendu » le potentiel de Macron comme inégalé. Les hommes sont de passage. Mais la France a un besoin urgent de se relever. Notre situation économique et financière est plus que précaire. Elle peut devenir dramatique.
Le macronisme se voulait le mouvement politique du « dépassement des clivages ». Or, la France apparaît aujourd’hui plus fragmentée que jamais. La décennie Macron a-t-elle, selon vous, contribué à creuser les lignes de fracture en parachevant la rupture entre les élites et le peuple ?
La France était archipélisée. Elle est désormais communautarisée et morcelée politiquement façon puzzle. Le résultat du « en même temps » a fait émerger l’extrême gauche qui a surfé sur le vote communautaire en visant les banlieues. La création d’un Haut-commissariat à la diversité, voulu par le président de la République va diviser et racialiser un peu plus la nation alors qu’il aurait dû être le garant du rassemblement des Français, de tous les Français.
Il est d’une évidence claire que le poids de la France ne s’est pas renforcé sous les quinquennats d’Emmanuel Macron. C’est un euphémisme.Eric Revel
Macron incarnait les élites qui depuis des décennies, de gauche et de droite de gouvernement, ont mené, avec leur idéologie européiste, le pays dans le mur. La droite nationale a prospéré sur ce divorce total entre le peuple et ses élites. Les « élites » n’ont plus de leçons à donner. Leur expertise a livré le pays à la mondialisation qui a vidé notre pays de ses usines et de son agriculture. La France est polytraumatisée et à bout. Emmanuel Macron a accéléré ce mouvement. Le chef de l’État connaît maintenant la géographie du pays, mais il n’a jamais rencontré les Français au fond des yeux.
Le décalage entre l’implication diplomatique de la France sous la présidence d’Emmanuel Macron et les résultats obtenus ces derniers mois, notamment sur l’Ukraine et le Mercosur, compromettent-ils durablement son influence internationale ?
Il est d’une évidence claire que le poids de la France ne s’est pas renforcé sous les quinquennats d’Emmanuel Macron. C’est un euphémisme. D’ailleurs, l’isolement de la France sur la question du Mercosur montre que l’Europe n’écoute plus les désidératas de Paris. La France macronienne boxe dorénavant dans la catégorie des poids légers. Concernant l’Ukraine, la « coalition des volontaires » est une idée généreuse. Mais, l’Europe, « combien de divisions ? », comme aurait dit Staline au Pape Pie XII. L’influence de la France à l’international s’est délitée en Afrique, au Moyen-Orient… Et voir le président de la République devenir le « punching-ball » de Donald Trump me remplit d’amertume pour la fonction présidentielle. Mais pour pasticher une phrase célèbre : imagine-t-on François Mitterrand, Jacques Chirac ou d’autres plus proches de nous, traités de la sorte ? Tout est dit.
Vous décrivez le déclassement progressif de la France, économique, social et diplomatique, mais aussi moral et symbolique. Estimez-vous que les mandats d’Emmanuel Macron ont accéléré l’ « effacement civilisationnel » à propos duquel Donald Trump a alerté l’Europe dernièrement ?
L’effacement civilisationnel du pays et des valeurs de l’Occident se heurtent de plein fouet aux « démocratures », ces régimes hybrides qui refusent nos valeurs que d’ailleurs nous défendons avec une mollesse coupable. Qu’avons-nous à imposer aux « démocraties illibérales » nous qui laissons nos propres valeurs s’effondrer sur elles-mêmes ? Emmanuel Macron est un « mondialiste », citoyen du monde pour qui la « souveraineté européenne » est un slogan revendiqué. Que lui inspirent la France et son Histoire ? Il est loin le temps où le candidat en 2017 honorait Jeanne d’Arc ! ■

C’est Mozart qu’on assassine – Les fiascos de la décennie Macron – Éric Revel – Novembre 2025 – Ellipses – 232 pages Éditions Ellipses











