
Par Max-Erwann Gastineau.
« De justes remarques de Max-Erwann Gastineau. Devant cette avalanche, peut-on encore parler d’aveuglement, simplement de lâcheté, ou faut-il se demander si c’est volontaire ? » Christophe Boutin

• Quelle conclusion tirons-nous du fait que l’Europe renonce à un « cloud souverain » pour permettre aux Etats-Unis de « maintenir leur leadership », comme s’y était engagée Ursula Von der Leyen après l’accord UE-USA sur les droits de douane ?
• Quelle conclusion tirons-nous du fait que l’Allemagne avec qui nous nous pensons « en couple » depuis 50 ans a envoyé pour la forme 15 soldats au Groenland tout en soutenant l’ouverture des fonds européens de Défense aux entreprises américaines ?
• Quelle conclusion tirons-nous du fait que le marché de la défense européen en cours de construction rendra plus exiguës les marges de manœuvre de la BITD française, dernier secteur français d’excellence (avec le luxe) en matière d’exportation ?
• Quelle conclusion tirons-nous de trois référendums gagnés à Nouméa si l’idée est de créer « un État calédonien » doté de sa propre politique étrangère et de sa propre nationalité ?
• Quelle idée nous faisons-nous de la « souveraineté européenne », dont l’outre-mer français fait théoriquement partie, si l’on s’apprête à céder deux de nos îles au Vanuatu et la gestion de l’espace aérien de Saint-Pierre-et-Micquelon au Canada ?

• Quelle conclusion tirons-nous de la force prédatrice américaine et de l’extra-territorialité du droit américain, bien antérieure à l’élection de Donald Trump, si le ministère chargé en France de la « souveraineté industrielle » accepte de vendre à Washington un industriel équipant nos rafales, nos chars et notre porte-avion, comme jadis les turbines équipant nos centrales nucléaires (via la vente à GE d’Alstom Energie) ?
• Quelle conclusion tirons-nous des chiffres records de l’immigration, marqués par l’octroi de plus de 100 000 titres de séjours à des Afghans en deux ans (soit l’équivalent d’une ville comme Nancy ou Caen), dans un pays dont les capacités d’hébergement sont saturées (l’Etat paye des nuits d’hôtels à l’année) et après avoir voté une loi contre le séparatisme lui-même conséquence d’un islamisme dont le ministère de l’Interieur dit, suite à la publication d’un rapport remis à l’Elysée l’été dernier, qu’il est le principal danger auquel la France fait face (avec celui du narcotrafic) ?
• Quelle conclusion tirons-nous du lien entre immigration familiale sous qualifiée, école délabrée, taux d’absentéisme des professeurs important dans les « quartiers difficiles », dégringolade de la France en mathématiques au classement PISA et capacité future du pays à créer l’économie d’ingénieurs que tout pays dynamique et soucieux de développer son industrie se doit de soutenir ?
• Quelle conclusions tirons-nous de 45 ans de décentralisation ?

• Quelle conclusions tirons-nous des 150 milliards d’euros de contribution nette de la France au budget de l’UE depuis 25 ans ? Quel avantage ? Quel rapport coût-bénéfice ? Quelle influence ?
Quelles conclusions tirons-nous de tout cela ?
Rien ! Nada !
Car la réponse à ces questions, comprenez, est secondaire… Comme la France !
La France qui peut disparaître, perdre son unité et sa souveraineté, pourtant si durement conquises… qu’importe ! tant qu’elle existera grâce à l’Europe, comme existera demain un corps donné pour mort après le transfert de sa conscience vers un corps nouveau, augmenté, plus grand, plus fort, plus jeune…
L’Europe est notre avenir, notre dernier grand projet… Et cela se voit. Mais pas la France !
La France n’est pas un projet, le laboratoire sur lequel un asimovisme sociétal aurait le droit d’expérimenter une désintrication sans équivalent dans le monde et dans l’histoire des politiques qui y sont menées et de l’intérêt et de la sécurité du peuple qui s’y trouve…
L’Europe est un projet, une construction, oui… Mais pas la France ! La France est une nation, la nôtre, notre pays, la terre de nos ancêtres, la figure morale et politique qui monopolise notre allégeance, dont nous pleurons les malheurs et jouissons des succès. Comme un Italien pleure les malheurs de l’Italie, l’Allemand les regrets de l’Allemagne, le Polonais les souffrances de la Pologne…
Qui pour enfin s’occuper de la France, de la nation, des maux de l’Etat comme on s’occupe de la blessure d’un père, écrivait Burke, dans la crainte et dans le tremblement et avec une pieuse sollicitude ? Qui pour enfin gouverner la France avec le sentiment et l’allégeance qui fondent le rapport de tout citoyen ordinaire à sa propre patrie ?

Le regretté Olivier Marleix déplorait dans Les Liquidateurs la disparition d’une élite d’essence aristocratique. L’aristocrate n’est pas un arriviste. Il sait qu’il doit tout au passé, à une continuité historique qui rime avec les devoirs, le rang familial, l’honneur social épousant son statut pluriséculaire. Il donne encore à notre armée ses principaux cadres.
Le bourgeois n’est pas un aristocrate. A la différence du second, il ne doit rien au passé, n’a de sentiment de gratitude à honorer. Self-man made, il se vit en contemplateur ambitieux de sa propre élévation.
Le bourgeois se distingue pour marquer sa différence, là où l’aristocrate se distingue par son souci de ne pas en rajouter. La distinction du premier est vécue comme un succès, un droit conquis de haute lutte, qui va du rapport pathétique à l’argent aux cellez-esseux inclusifs. La distinction du second est indifférence au sort contingent des modes face à la permanence des choses qui élèvent et durent. C’est la différence entre le discours du Covid infantilisant, tenu par de petits chefs ébahis par leur soudaine autorité. Et le discours de la feue Reine d’Angleterre sur sa confiance dans les vertus et les valeurs morales d’un vieux peuple qui en a vu tant d’autres…
Le bourgeois fut un temps où son éducation traditionnelle l’imprégnait d’un caractère aristocratique hérité par mimétisme et ancrage familial dans la France rurale et catholique un pilier de notre société, un aristocrate sans titres de noblesse. L’aristocrate qu’incarnait pour Marleix ce chevalier, figure de la noblesse d’ancien régime, levant le pont-levis pour abriter dans son château les paysans attaqués. Une figure qui rappelle que la noblesse d’Etat, quand elle demeurait encore l’héritière inconsciente de la noblesse d’ancien régime, grâce à l’intensité civique du lien Peuple-Elite que cultivait en elle un patriotisme foncier, se donna elle aussi pour horizon de protéger et de défendre, protéger la France, défendre ses entreprises, défendre son territoire et son peuple.
Dans un élan Blochien, c’est tout ce qu’on aimerait lui demander de nouveau… Tout ce qu’elle ne sait plus faire, car elle a tout simplement disparu. Car tout est à reconstruire dans notre cher et vieux pays, l’élite aussi, l’élite d’abord, l’élite surtout…o ■o MAX-ERWAN GATINEAU
* Précédemment paru sur la riche page Facebook de l’auteur, (le 29.1. 2026).












« On s’apercevra un jour que le seul moyen de conserver quelque chose en France sera de faire appel au Roi » P.Juhel