
Quand les certitudes médiatiques s’effondrent, ceux qui prétendaient combattre l’illusion se retrouvent face à leur propre déni. La publication du « fonds Epstein » agit comme un révélateur brutal d’un système où l’anti-complotisme sert moins la vérité que la préservation de l’ordre établi. Article daté du 10 février.
👉 « Ils ne défendent pas la vérité, ils défendent un système. »

Rubrique : PLS*.
On sait très bien à quoi sert la dénonciation du soi-disant « complotisme », qu’utilise un pouvoir minoritaire en crise, soucieux de disqualifier toute parole d’opposition qui est de toute façon expulsée du système médiatique. Et qui a trouvé, avec les réseaux sociaux et grâce à l’explosion numérique, un outil d’expression d’une puissance considérable. Il ne s’agit pas ici de prétendre que la pensée irrationnelle n’existe pas et que ne règne pas une tendance à traiter tous les phénomènes négatifs comme le fruit d’un calcul organisé dans le cadre d’une conspiration. Oui, le « complotisme » existe. Dans un monde où plusieurs milliards de personnes croient dur comme fer à des religions que l’auteur de ces lignes considère comme absurdes (sans les mépriser pour autant), cela ne peut pas constituer une surprise.
Mais ce n’est pas ce qui est en cause ici. En se dotant de moyens et d’une petite armée appointée, le pouvoir est résolument décidé à mener cette lutte visant à disqualifier ceux qui pensent mal. En attendant de les priver de leurs supports de communication avec l’interdiction des réseaux.
Un énorme scandale mondial vient d’éclater, donnant à voir qu’un Occident qu’on savait complètement corrompu, cynique et immoral, ayant basculé dans le nihilisme, était aussi complètement dépravé. Et les Français constatent, effarés, que leur pays occupe, derrière les États-Unis, la 2e place du podium dans la course à la dégueulasserie. Panique à bord, et le système se devait de réagir. D’abord avec la grotesque accusation visant à faire donner à la Russie le rôle d’un organisateur démiurge d’une énorme opération de provocation mondiale. Et l’on a immédiatement mobilisé pour cela la presse oligarchique et surtout le service public audiovisuel. Où les experts les plus stupides, les plus déconsidérés, les chevronnés du ridicule, sont venus ânonner leurs inepties.
Juste avant, les laquais médiatiques s’étaient précipités pour tenter d’épargner l’opprobre à un des pires représentants de la galaxie Epstein, qui l’incarne presque physiquement. Résultat inverse, consignes passées et rapide virage sur l’aile pour le transformer en bouc émissaire commode. Et puis la presse mainstream a pris son rythme, en mode un cheval une alouette. L’alouette, ce seront quelques froncements de sourcils devant l’irréfutable, en n’oubliant pas de rappeler l’amitié de Donald Trump avec Epstein. Affiliation avec les démocrates américains oblige, les Clinton-Thénardier disparaissent à la trappe. Pour le cheval, on aura droit à de confuses tartines édulcorant les faits et couvrant les Français impliqués d’un pieux silence.
Restaient les petits soldats de la lutte contre le complotisme. Tous ces agents appointés, chargés depuis quelques années d’insulter ceux qui se posent des questions sur un Occident en mode Empire romain devenu fou, sont soudain très prolixes. Sans que l’on sache tout d’abord s’ils sont montés au créneau pour déployer une manœuvre défensive face à la catastrophe que représentait pour eux le surgissement dans le réel de tous ces événements qu’ils ont passé leur temps à qualifier de purs fantasmes. Ou s’ils sont une fois de plus en service commandé pour tenter de colmater les voies d’eau qui ne vont peut-être pas faire couler le navire, mais commencent à lui donner une sacrée gîte.
On ne les citera pas tous, bien qu’ils soient en fait assez peu nombreux, mais livrons-nous à une petite description de cette vilaine petite cohorte dont le système fait un usage constant. Avec le seul véritable objectif : disqualifier l’opposition et la priver, à l’aide de mesures liberticides, de ses moyens d’expression. Parce qu’à l’évidence, les intentions de la soi-disant lutte officielle contre le complotisme sont parfaitement impures.
Pour servir cette cause, il y a tout d’abord la piétaille, dont la vitrine est composée d’un joli quatuor de clochards intellectuels, chargé de parcourir les réseaux pour y apporter la mauvaise parole et dénoncer tout ce qui ose s’opposer au système. Curieusement, ces quatre poneys de l’Apocalypse, outre le caractère en général misérable de leur production, ont une caractéristique commune : ils émargent sur des fonds publics. Soit directement, comme Julien Pain officiant sur le service public. Soit de façon détournée, comme l’a démontré l’horrible affaire du « fonds Marianne », toujours en attente de la procédure d’enquête judiciaire que mérite cette détestable séquence.
Organe officiel de la lutte contre les fake news sur France Inter et France Info, Julien Pain dispense des poncifs qui font apparaître ceux de l’apothicaire Homais comme des éclairs de génie. À propos d’éclair de génie, avec l’approbation de Thomas Durand, dont on parlera un peu plus loin, il a asséné la phrase suivante :
« Si une nouvelle n’est pas reprise par la grande presse (c’est-à-dire les médias mainstream), c’est qu’elle est fausse. »
Dans son cercueil, Colin Powell, avec sa fiole, en rit encore.
Et puis il y a le trio d’enfer, vaillants soldats du pouvoir et des grands intérêts, et qui ont tous les trois émargé au fonds Marianne. Rudy Reichstadt, désormais un vétéran, sur l’origine des fonds (en dehors de ceux offerts par Marlène Schiappa) duquel on s’interroge ; Tristan Mendès-France, abritant sa nullité derrière son patronyme ; et Thomas Huchon, fils de son père dirigeant socialiste.
Avec la publication du « fonds Epstein », le voile s’est déchiré sur cet Occident dépravé, révélant un réel qui les a manifestement mis en panique. Alors ils se répandent partout, sont invités sur tous les plateaux où ils y rencontrent parfois des intervenants interloqués par leurs dénis compulsifs souvent absurdes. Effectivement, quoi qu’on pense de la façon dont ils ont été formulés et interprétés à l’époque, il s’agit quand même de faits réels et gravissimes, dont notre quatuor d’enfer niait la simple réalité.
Et si l’on veut résumer le flot d’arguments, qui commence à ressembler à une bouillie, on peut le faire ainsi :
« Attention, attention, c’est peut-être vrai, mais ça nourrit le complotisme. »
Ah bon ? Donc il ne faut pas en parler ? Et comme d’habitude, on va s’emparer des quelques délires qui ne manquent pas de s’exprimer pour essayer de disqualifier l’ensemble. Et surtout, de façon plus subreptice, de faire croire que le fonds de 3 millions de documents auxquels il est aujourd’hui possible d’accéder ne contient absolument pas tout ce qu’on raconte, qu’il n’y a pas de pénal là-dedans, peut-être quelques broutilles vaguement criminelles, mais qu’il faut respecter la présomption d’innocence dont ils viennent d’apprendre l’existence, etc., etc.
Ils sont invités partout, ce qui a permis d’assister, hilare, à la séquence absolument lunaire de ce pauvre Mendès-France sur le service public.
Surplombant ce petit peloton aujourd’hui complètement déconsidéré, on trouve des personnages, au départ d’un autre calibre, mais qui, ayant flairé la bonne affaire, ont accepté de se mettre du côté du manche. Pour jouer le rôle du théoricien du prince pour Gérald Bronner d’une part, et Thomas Durand d’autre part, pour mettre la science dure au service de la science molle de l’anti-complotisme.
Le sociologue Gérald Bronner est bardé de références académiques incontestables, même si elles se sont singulièrement étoffées avec le soutien directement politique du système Macron et de sa presse. Le voilà éditorialiste des principaux organes de la bourgeoisie, pour y dispenser sans surprise une pensée… bourgeoise. Le président de la République lui-même lui a confié des responsabilités stratégiques avec, répétons-le, l’objectif de disqualifier la pensée de ceux qui s’opposent à sa politique.
Sociologue de cour semble très bien lui convenir, ce qui, semble-t-il, agace ses pairs et commence à le faire savoir. On laissera les lecteurs se balader sur le net où l’on trouve tout. Y compris que, si on le suit avec sa sale lutte des classes, Karl Marx est quand même un sacré complotiste.
Gérald Bronner fait la chasse à ceux qui cherchent « l’intentionnalité humaine » dans les processus historiques. Et pour expliquer la « crédulité » de ceux qui pensent qu’elle existe, il a importé en sociologie toute une série de concepts du « cognitivisme darwinien », discipline absolument passionnante, méritant d’être discutée. Mais pour Gérald Bronner, disons schématiquement qu’elle présente surtout le mérite de permettre de considérer que les croyances complotistes sont le fruit, non d’événements réels, mais de leur perception par un cerveau hérité. Argument d’autorité qui sert surtout à faire passer sous la table le réel que l’on veut masquer.
Thomas Durand, quant à lui, a une démarche voisine. Incontestable scientifique au départ, biologiste darwinien, vulgarisateur talentueux, il a brusquement pris un virage, mettant sa notoriété naissante au service d’un anti-complotisme fébrile. Il a fait le chemin inverse de celui de Bronner en se transformant, du spécialiste des sciences du vivant qu’il était, en sociologue. Mais pour arriver au même résultat.
Grand pratiquant de l’argument d’autorité, depuis la publication du « fonds Epstein », paniqué, il se multiplie sur les réseaux pour dénoncer ceux qui osent se scandaliser. Il met sa pratique habituelle de l’amalgame et de l’association au service de l’expression de sa panique devant la catastrophe de ce réel qui nous saute à la figure. Le voilà qui se lance sans peur du ridicule dans des démonstrations juridiques et judiciaires, matières auxquelles il ne comprend rien.
Thomas Durand est sur le pont depuis le lendemain du jour où le scandale a éclaté avec la publication de millions de documents, pour certains accablants. Pour voler au secours de fact-checkers bas de gamme, qui devraient pourtant aujourd’hui raser les murs.
Finalement, c’est l’histoire d’un dévoiement.
D’abord pour Bronner, c’est l’utilisation d’un capital social que la Nation lui a justement permis d’acquérir, pour le mettre au service d’un pouvoir autoritaire et corrompu.
Ensuite, j’ai appartenu au milieu des « zététistes », j’y ai beaucoup d’amis, et voir Durand nous offrir le spectacle de ce dévoiement est particulièrement pénible. Thomas Durand utilise l’indispensable travail de ceux qui se consacrent à la progression de la raison pour le mettre au service de sa mauvaise cause.
Le « fonds Epstein » n’est pas un outil d’élaboration d’une vérité judiciaire, le présenter comme tel est un total contresens. Comme celui de le présenter comme un outil d’élaboration d’une vérité scientifique. Non, c’est d’abord un « outil historique », dont l’étude par les citoyens, les journalistes, les chercheurs devra être entreprise et permettre l’élaboration d’une « vérité historique ».
Dont les premiers éléments ne sont guère ragoûtants. Et expliquent le spectacle de la panique compulsive de ceux qui avaient nié une réalité qui s’était pourtant déjà donnée à voir.o ■o RÉGIS DE CASTELNAU
* PLS : PLS = être tellement choqué, fatigué ou mort de rire qu’on ne sait plus comment réagir.
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Régis de Castelnau…
est un avocat français à la retraite, devenu une figure identifiée du débat public via son blog et sa chaîne YouTube.
Il s’inscrit dans une tradition de critique politique et médiatique assumée, revendiquant une lecture souverainiste et républicaine des affaires publiques.
Son propos se distingue par une solide culture juridique et historique, qu’il mobilise pour analyser institutions, conflits internationaux et fonctionnement des médias.
Il adopte un ton volontairement polémique, cherchant moins le consensus que la confrontation argumentée.
Cette posture lui vaut une audience fidèle, sensible à son discours de rupture avec les narratifs dominants.
Ses analyses, même contestées, participent à la pluralité des points de vue dans l’espace public. Il apparaît ainsi comme un observateur engagé, plus commentateur critique que prescripteur politique.
Note établie par recours aux archives sur la toile.












