
CHRONIQUE – « C’est la série française la plus attendue en mars. Sauf, sans doute, par la Mairie de Marseille, les promoteurs immobiliers de la Cité phocéenne, l’administration pénitentiaire de la prison des Baumettes et tous les esprits forts… »
PAR JEAN-CHRISTOPHE BUISSON, pour Le Figaro Magazine.
Le chef-d’œuvre de Jacques Audiard, « Un prophète », a été adapté en série pour Canal+, avec Sami Bouajila, impérial. C’est ce qu’en dit Jean-Christophe Buisson avec la verve, l’esprit et le talent qu’on aime depuis assez longtemps déjà. JSF

C’est la série française la plus attendue en mars. Sauf, sans doute, par la Mairie de Marseille, les promoteurs immobiliers de la Cité phocéenne, l’administration pénitentiaire de la prison des Baumettes et tous les esprits forts pour qui montrer une population carcérale composée à 90 % d’Arabes et de Noirs est un acte raciste. Les uns et les autres feront gloups en la regardant.
Un prophète ne prétend pourtant pas dire la réalité. Mais son réalisme est spectaculaire. Signée Nicolas Peufaillit le bien-nommé et Abdel Raouf Dafri, dont l’acuité, la finesse et la justesse d’écriture ne sont plus à démontrer, elle enchantera donc tous ceux qui ne confondent pas fiction et réalité.
Durant huit épisodes (sur MyCanal à partir du 2 mars), on suit le parcours d’un Mahorais dont l’activité de mule s’effondre en même temps que l’immeuble où il livrait par des moyens naturels ses doses avalées. Le voilà embastillé, jeté dans un monde régi par des codes simples : tu es frappé ou tu frappes ; tu imposes le respect ou tu n’es pas respecté. Pour survivre, mieux vaut surtout se donner à un protecteur. Pour Malik, ce sera d’abord un détenu de longue peine pétri de foi chrétienne s’occupant de la bibliothèque. Mais ici, les livres comme Les Rois maudits,Le Comte de Monte-Cristo ou L’Étranger sonnent parfois un peu creux et ne recèlent pas que ces mots merveilleux que le jeune analphabète va apprendre et faire siens dans sa vision du monde. Après la mort de son mentor, Malik se retrouve à la tête d’un trafic qui fait grimper sa réputation et son assurance, lui le taiseux, le soumis, le faux timide disant « monsieur » à tout le monde. Le caïd des lieux, Massoud Djebbari (extraordinaire Sami Bouajila), va à son tour le prendre sous son aile. Emprisonné en tant que propriétaire de l’immeuble effondré, l’homme a le bras aussi long que la liste de ses ennemis. Quand l’un et l’autre sortiront des Baumettes, l’heure des règlements de comptes sonnera, sanglante.
Si on oublie une musique plombante, même et surtout si on aime le clavecin, difficile de ne pas être emporté par le rythme, le souffle et la densité narrative d’Un prophète, où les enjeux moraux sont légion. À commencer par celui-ci : quel prix est-on prêt à payer pour gagner sa liberté ? o ■ o JEAN-CHRISTOPHE BUISSON











