
S’agissant de l’héritage politique de Barrès, l’auteur dresse un parallèle courageux avec la notion d’enracinement défendue par la philosophe Simone Weil…
Par Jean Sévillia.

Cet article est publié dans Le Figaro Magazine qui vient de paraître pour la semaine en cours. En quelques paragraphes, il nous semble dire l’essentiel sur Maurice Barrès, que, pour notre part, nous ne devons pas oublier. Jean Sévillia situe l’ouvrage dont il traite dans le sillage du « retour en grâce du patriotisme » dans le contexte mondial actuel. Ce pourrait être aussi celui de Barrès, qui fut, au début du siècle passé, un prince de la jeunesse. o ■o JE SUIS FRANÇAIS

Chantre du nationalisme, l’écrivain Maurice Barrès fut une personnalité bien plus complexe que les caricatures auxquelles on le réduit.
l avait été admiré de Gide, Proust, Mauriac, Malraux, Aragon et Montherlant, sans compter Léon Blum, le général de Gaulle et François Mitterrand. En 1923, il avait eu droit à des obsèques nationales. Et pourtant il est aujourd’hui oublié, ou incompris.
Dans une biographie inspirée, Michel Guénaire, ancien universitaire et avocat d’affaires, s’attache à comprendre Maurice Barrès, figure qui marqua plusieurs générations. La chronologie, ici, s’avère indispensable car il y a eu plusieurs périodes dans la vie de cet écrivain qui fut aussi un homme politique.
Le premier Barrès, celui du Culte du moi, trois romans parus entre 1888 et 1891, exalte, non sans romantisme, le devoir de défendre sa sensibilité et ses émotions, principe dont il déduit son attachement à ses racines lorraines, au culte de la terre et des morts.
Sacré « prince de la jeunesse », il ne se contente pas, cependant, de cette position esthétisante. Aspirant à l’action, Barrès, élu député de Nancy en 1889, siège à l’extrême gauche, se réclame du socialisme, publie des articles polémiques et se bat en duel. Au cours des années 1890, après avoir perdu son mandat parlementaire, il devient un chantre du nationalisme, antidreyfusard et antisémite, tout en restant un républicain convaincu, ce qui l’oppose à son ami Maurras. En 1906, il est élu à l’Académie française et retrouve un siège à la Chambre comme député de Paris, fonction qu’il conservera à travers quatre législatures, jusqu’à sa mort.
Quand survient la guerre, en 1914, il prône l’Union sacrée, soutient la propagande officielle, ce qui lui vaut d’être traité de « rossignol des carnages » par le pacifiste Romain Rolland, et oublie son antisémitisme en rendant hommage au patriotisme des juifs français.
Michel Guénaire présente longuement les autres facettes du personnage, notamment le voyageur (Espagne, Grèce, Égypte, Levant) et surtout l’ami-amant d’Anna de Noailles, passion cachée qui transparaît à travers leurs écrits respectifs.
S’agissant de l’héritage politique de Barrès, l’auteur dresse un parallèle courageux avec la notion d’enracinement défendue par la philosophe Simone Weil, et souligne que le contexte actuel de confrontation mondiale des grandes nations devrait signer le retour en grâce de la vertu du patriotisme. o ■ o JEAN SÉVILLIA

Maurice Barrès. Le grand écrivain retrouvé, de Michel Guénaire, Perrin, 526 p., 27 €.











