
Par Gabrielle Cluzel.
« Une ville aux trois cinquièmes à droite va donc être dirigée par un… communiste ! La potion est amère pour les Nîmois. »
Cet article est paru ce 23 mars dans Boulevard Voltaire. Notre commentaire est en titre et nous paraît suffire. JSF
La préfecture du Gard est très majoritairement à droite… elle aura un maire communiste. Tout est logique.
Xavier Bertrand en rêvait, le candidat LR de Nîmes l’a fait : faire élire un communiste plutôt que le RN.
Monsieur Proust est plus Gaspard que Marcel : un clown (triste) qui en refusant toute alliance avec le RN Julien Sanchez — celui-ci lui avait proposé des « accords raisonnables » avant le premier tour et à nouveau après les résultats du week-end dernier — a servi la préfecture du Gard sur un plateau d’argent au communiste Vincent Bouget, tête de liste Union de la Gauche, qui comme son nom l’indique, avait ratissé large : le Parti socialiste, Les Ecologistes, Génération·s, Place publique et L’Après.
Ce n’est bien sûr pas la seule grande ville où LR et RN sont arrivés désunis et ont été battus. Mais si à Marseille, par exemple, l’union de Franck Allisio et Martine Vassal n’aurait sans doute pas suffi à renvoyer Benoît Payan dans ses pénates, c’est tout le contraire à Nîmes, comme un enfant de CE2 serait capable de le constater en posant une simple addition : RN + LR = 58,5 %. Une ville aux trois cinquièmes à droite va donc être dirigée par un… communiste ! La potion est amère pour les Nîmois.
insécurité et délinquance
Foin des arguties sémantiques filandreuses autour de la définition de la droite à laquelle n’appartiendrait pas le RN pour telle ou telle raison et les LR pour telles autres. Jordan Bardella s’est rendu à Nîmes pour soutenir Julien Sanchez, Retailleau a fait de même pour Franck Proust : gageons qu’ils doivent bien avoir quelques avis communs sur, au hasard, l’immigration et l’insécurité ?
Ce n’est pas comme si la ville était un havre de paix qui pouvait s’offrir le luxe de perdre quelques années : en dehors d’un centre-ville gentrifié tourné autour des arènes romaines et de la Maison carrée, les trafics de drogue et la délinquance font rage. C’est à Nîmes, dans la quartier de Pissevin, qu’un petit garçon de dix ans a été tué en 2023 par une balle perdue. C’est à Nîmes, il y a quelques jours, toujours dans le même quartier, qu’un autre petit garçon, de huit ans celui-ci, a été mortellement percuté sur le chemin de l’école par un chauffard de 17 ans et sous stupéfiants. Et l’on pourrait encore parler pendant des heures des multiples fusillades dans le quartier du Mas-de-Mingue ou de Valdegour.
Mais non, les clefs de la ville déjà si mal en point seront donc données à un prof de lycée quinquagénaire adhérent du PCF depuis plus de vingt ans qui, en matière de sécurité, a déjà annoncé qu’il refuserait la surenchère : « Je ne jouerai pas au Monsieur plus » — comprenez qu’il sera Monsieur moins — appelant de ses vœux une « police de concertation » (sic). Une concertation avec qui ? Les dealers ?
À Douai aussi !
Et le scénario nîmois n’est pas unique : ainsi, à Douai, la gauche a également fait liste commune pour contrer le RN arrivé en tête au premier tour… profitant d’une triangulaire permise par le maintien de la candidate Divers droite. Frédéric Chéreau a donc été réélu « sur le fil » selon les mots de La Voix du Nord, évinçant, avec 41,75 % des suffrages, le candidat RN Thierry Tesson (40,62 %) tandis que la troisième candidate, Coline Craeye (DVD) plafonnait à 17,63 %.
La droite n’est pas seulement la plus bête du monde, elle est aussi la plus méprisante… de son électorat, qui sondage après sondage, réclame sans relâche mais sans le moindre succès une alliance similaire à celle que sait faire la gauche. o ■ oGABRIELLE CLUZEL
Gabrielle Cluzel
Écrivain, journaliste. Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste.















Non «la plus bête» mais LA PLUS GAUCHE ! Parce qu’il ne peut y avoir aucune «droite» qui soit républicaine et/ou démocrate. Et il faut le préciser, encore et chirurgicalement, envers et contre Charles Péguy qui entendit proclamer, dans «L’Argent», la fatale grossièreté selon laquelle “La République une et indivisible, c’est notre Royaume de France.”
C’est là l’origine du «gauchiment» des idées de droite qui surent séduire quelques socialistes et autres libertaires, gauchiment contemporain de l’entrisme proudhonien à droite par Georges Valois qui lui est parallèle. Et cela a débouché sur le courant qualifié de «rouge-brun», aux origines inextricablement compliquées de mélanges, qui n’est pas grand-chose d’autre que de la bâtardise cérébrale – ce qui est assez «bête», force est de le constater, par-dessus le marché.