
« Aucun camp n’a le monopole de la violence au cours de cette guerre civile qui débouchera sur la dictature de Franco. »
Par Jean Sévillia.

Cet article est publié dans Le Figaro Magazine, paru jeudi dernier et couvrant la semaine en cours. En quelques paragraphes, Jean Sévillia rétablit la vérité historique que l’ouvrage dont il est ici question trahit à sa manière : celle d’un « pamphlet antifa déguisé en livre d’histoire ». Nous en aurons d’autres de la même veine cette année, qui marque le 90e anniversaire de ce que l’on nommait autrefois, dans l’Espagne de Franco, « le soulèvement national » (18 juillet 1936). o ■o JE SUIS FRANÇAIS
Une histoire de la guerre civile espagnole qui met tous les torts du côté des nationalistes. Un point de vue manichéen, empreint d’idéologie.

Pour François Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta Rodrigo, trois universitaires qui publient une synthèse de leur cru sur la tragique histoire de la guerre civile espagnole, un seul camp devrait avoir honte : le camp nationaliste qui, de 1936 à 1939, aurait « assassiné la démocratie ».
Or, la vérité est que, fondée en 1931, la seconde République espagnole, constamment soumise aux tensions politiques, n’a jamais connu un fonctionnement apaisé.
Aux élections législatives de 1933, la victoire de la droite modérée et des radicaux déclenche une série de mouvements révolutionnaires qui suscitent, en 1934, une grève générale insurrectionnelle, transformée en révolte armée dans les Asturies.
En février 1936, le Front populaire remporte les élections, mais dans un climat de violence marqué par la surenchère des anarchistes et des trotskistes qui incendient églises et couvents, s’attaquent aux forces de l’ordre et aux membres du clergé, pillent les sièges des partis de droite et menacent leurs orateurs au Parlement. L’assassinat du député monarchiste Calvo Sotelo, attentat que ce livre qualifie d’« épiphénomène », est un point de bascule.
Le 18 juillet 1936, le coup d’État fomenté par des généraux est moins tourné contre la République que contre la dérive bolchevique de l’Espagne. La majorité de l’armée étant restée loyale au gouvernement, le putsch échoue, mais deux Espagne se font face. D’un côté, nationalistes, catholiques, phalangistes séduits par le fascisme et monarchistes, forces que Franco unifiera brutalement. De l’autre, républicains de gauche, socialistes, nationalistes catalans, séparatistes basques, anarchistes, extrémistes de gauche et communistes (initialement minoritaires, ensuite de plus en plus puissants), un camp dit républicain, mais où quasiment personne n’est réellement démocrate.
Si Allemands et Italiens aident les nationalistes pour des raisons qui tiennent à leurs intérêts propres, l’URSS arme les Brigades internationales. Aucun camp n’a le monopole de la violence au cours de cette guerre civile qui débouchera sur la dictature de Franco.
Si ses adversaires avaient triomphé, c’est une dictature soviétique qui se serait installée à Madrid. Ce que ne dit pas ce pamphlet antifa déguisé en livre d’histoire. o ■ o JEAN SÉVILLIA
La Guerre d’Espagne, 1936-1939. La démocratie assassinée, de François Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta Rodrigo, Tallandier, 472 p., 25,50 €.












Si les adversaires de Franco l’avaient emporté, les Allemands auraient poussé jusqu’à Gibraltar, fermant la Méditerranée. La visite de De Gaulle à Franco après son départ du pouvoir visait probablement à reconnaitre ce fait et l’en remercier en privé, ce qu’il ne pouvait faire publiquement. Il existe heureusement d’autres ouvrages sur la guerre d’Espagne et cela de plus en plus équilibrés et objectifs de la part d’historiens espagnols, malgré les efforts de Pedro Sanchez. Le meilleur étant celui de Pio Moa, mais les britanniques ont aussi écrit correctement.