
« Se tèn sa lengo, tèn la clau,
Que di cadeno lou deliéuro. »
Frédéric Mistral, Mirèio (1859)

Belle et juste tirade d’Alain Finkielkraut.*
Ceux qui pratiquent la langue anglaise savent son appétit pour les mots, quelle qu’en soit l’origine, mais aussi son conservatisme ardent. Cette passion est commune à un très large public. La croissance en volume des dictionnaires et la qualité générale des productions linguistiques en témoignent. Cent fois j’ai eu la surprise d’y découvrir de vieux mots français que nous avions abandonnés aux oubliettes.
Quel contraste avec la tendance générale ici, nourrie de snobisme et d’ignorance assumée. Éliminer discrètement les mots vieillis et stimuler les ventes des « nouveaux » dictionnaires en claironnant l’« entrée » des mots à la mode est une de ses manifestations.
Une image me semble illustrer ce contraste : les dirigeants français et anglo-américains se rejoignent quand il s’agit de changer fréquemment le nom des produits et des sociétés. Stimulation artificielle et effacement des traces contribuent à « éduquer » (c’est le mot de leurs « com »-plices) leur clientèle tout en la déboussolant. Mais dès qu’il s’agit des matières nobles telles que l’histoire et les institutions politiques, c’est le conservatisme le plus vétilleux qui prévaut, autant au Royaume-Uni qu’aux USA. En France, à l’exemple de la valse des intitulés ministériels, c’est l’absolu inverse : les dirigeants français sont, pour une large part, des effaceurs de traces invétérés et des camelots dans l’âme. o ■oMARC VERGIER











