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Fasciser l’adversaire, histoire d’une arme rhétorique inventée par le Parti communiste de l’époque stalinienne : un « Grand récit » de Guillaume Perrault qui éclaire notre aujourd’hui

jeudi 26 mars 2026jeudi 26 mars 2026 sur JSF
Jacques Duclos, Maurice Thorez et Louis Aragon dans les années Vingt et Trente. Bridgeman Images

Par Guillaume Perrault.

Ce long « récit » – toute une étude, remarquablement illustrée – est paru dans Le Figaro du 25 mars. On aurait grand tort, à notre avis, de considérer que ce sont là d’inutiles vieilleries. Il suffit, pour se garder de cette erreur, de rapporter ces « vieilleries » à notre actualité : elles l’expliquent. En second lieu, dans l’ordre de la formation politique et de l’organisation militante, il y a, pour ceux qui veulent agir sur la société – nationale et au-delà, dans l’ordre de notre civilisation –, beaucoup à apprendre de la riche expérience désormais historique des partis communistes du monde entier. De l’école des cadres du PCF sortaient autrefois des hommes et des femmes d’action d’un niveau tel qu’on aimerait qu’y atteignent ceux qui suivent nos cercles d’études et qui participent à nos camps de formation, par exemple à l’Action française. Les temps qui viennent révéleront sans doute des forces, des volontés, des talents, des héroïsmes qui furent ceux des engagements d’époques infiniment plus rudes. – JSF

GRAND RÉCIT – Pour le PCF des origines, tout ce qui n’était pas lui était fasciste ou fascisant. Le parti n’a atténué son manichéisme qu’à condition de prétendre délivrer des certificats d’antifascisme à ses alliés et discréditer ceux qui refusent de plier devant lui. Une stratégie dont s’inspire Mélenchon malgré le gouffre entre les deux époques.

jour. Une élection législative partielle a lieu dans le département de la Seine, qui regroupe à l’époque Paris et sa proche banlieue. Un espoir de la droite, Paul Reynaud, se présente. Or le hasard a voulu que, alors qu’on se prépare à voter dans la capitale, en Italie, Mussolini, au pouvoir depuis plus de trois ans mais jusqu’alors prudent, jette le masque et instaure sa dictature. La nouvelle fait sensation en France et les dirigeants communistes décident de l’utiliser à des fins électorales. Entre les deux tours de la législative partielle, le PCF demande aux socialistes et aux radicaux de retirer leurs candidats, qualifiés pour le second tour, au profit du sien, mieux placé, arguant qu’il faut «barrer la route au fascisme» que représente à ses yeux Paul Reynaud, lui aussi finaliste.

En dépit du caractère insultant de l’argument des dirigeants communistes envers le candidat de droite, SFIO et radicaux obtempèrent et retirent leurs candidats. C’est ainsi que Jacques Duclos, stalinien entre tous et l’un des futurs dirigeants du PCF pendant quarante ans (il sera le candidat communiste à la présidentielle de 1969), a été élu député pour la première fois (Stéphane Courtois et Marc Lazar, Histoire du Parti communiste français, PUF). L’antifascisme, qu’on considère ici exclusivement sous son aspect d’argument ou d’artifice rhétorique (selon les points de vue) employé entre les deux tours d’une élection pour forcer les partis de gauche à la solidarité face à un adversaire de droite, venait de naître, en ce mois de mars 1926, dans la vie politique française.

L’idée de s’unir face à un adversaire commun était déjà familière aux radicaux et aux socialistes

L’idée de s’unir face à un adversaire commun était déjà familière aux radicaux et aux socialistes. L’argument de l’antifascisme a convaincu SFIO et radicaux de faire bénéficier le PCF de ce que ces deux partis appelaient de longue date «la discipline républicaine». Cette pratique trouve son origine dans les années incertaines où, après la chute du Second Empire en 1870, les Français ont hésité entre République et monarchie constitutionnelle. Aux législatives de 1876, dans chaque circonscription, les candidats républicains de toutes nuances se sont désistés, au second tour, au profit de celui d’entre-eux arrivé en tête, afin d’aider ce dernier à battre le monarchiste parvenu lui aussi en finale.

Pierre Waldeck-Rousseau forme un gouvernement de «défense républicaine» durant l’affaire Dreyfus. Il enclenche une dynamique qui bénéficie à l’aile gauche de sa coalition. / Bridgeman Images

Dans les années 1880, le régime de la IIIe République, à peine stabilisé, se sent menacé et craint d’être renversé. Lorsque le général Boulanger connaît de grands succès électoraux (1886-1889), opportunistes et radicaux réagissent, aux législatives, en se désistant partout au second tour au profit du «républicain» le mieux placé pour gagner face au candidat boulangiste. Un usage est ainsi apparu, à gauche, qui a reçu des noms variés au fil du temps: «discipline républicaine», «concentration républicaine». Dès cette époque, du reste, les personnalités qualifiées d’ennemis de la République s’en défendent et contre-attaquent. «Ceux qui parlent ainsi, en me désignant comme un croque-mitaine dictatorial, calomnient plus encore le peuple français qu’ils ne me calomnient moi-même, déclare Boulanger lors d’une réunion publique à Nevers, le 2 décembre 1888. Car, si nous recommençons notre histoire, ce n’est pas pour en revenir à 1851 (année de coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, NDA), mais bien à 1789!».

A la Belle Epoque, les plus militants, à gauche, sont convaincus que leur famille de pensée s’identifie à la République

Dix ans plus tard, lors de l’affaire Dreyfus le cabinet Waldeck-Rousseau (1899-1902) se présente comme un gouvernement de «défense républicaine», soutenu à la Chambre par les radicaux et une fraction des socialistes, rejoints par les centristes et une partie de la droite modérée. Or, la «défense républicaine» de 1899 enclenche une dynamique qui bénéficie à l’aile gauche de la coalition au pouvoir. Et, en dépit de l’extrême variété des positions en présence et des parcours individuels, les plus militants, à gauche, sont convaincus que leur famille de pensée s’identifie à la République (ce qui semblait assez exact en 1870 mais déjà caduc trente ans plus tard). Or, pour eux, un député de droite d’alors ne saurait être accepté dans le club républicain sans subir un examen de passage.

Même les impétrants admis à bénéficier du label « républicain», du reste, demeurent regardés avec suspicion. Parmi les députés catholiques ralliés à la République en 1892 à la demande du pape Léon XIII, aucun n’est devenu ministre jusqu’à 14-18 et l’Union sacrée. Il ne paraît pas excessif d’affirmer que, jusqu’à la Grande Guerre, la gauche dictait les critères permettant d’être jugé pleinement «républicain», et donc d’accéder aux fonctions gouvernementales. Or, parmi ces critères figurait l’obligation d’approuver l’intégralité de leur politique anticléricale.

L’’antifascisme invoqué pour la première fois par le PCF en 1926 a ainsi pu paraître, à la SFIO et aux radicaux, une actualisation de la notion de discipline dite républicaine dont ils avaient l’habitude. L’antifascisme va cependant plus loin: il prend l’allure d’un impératif moral et sacré, devant lequel toute autre considération doit céder. «En somme le préfixe anti donne l’assurance qu’on possède ce qu’il y a de plus nécessaire et de plus précieux pour être, pour exister, pour justifier son existence : il donne l’assurance d’avoir un ennemi. Cet ennemi, reste à le nommer» (Annie Kriegel, communication à un colloque publiée dans la revue Commentaire, 1990, n°50).

Les communistes de l’entre-deux-guerres décrivent le fascisme comme un virus, une maladie fatale qui frappe inéluctablement la « démocratie bourgeoise »

Or le fascisme, tel que les communistes français de l’entre-deux guerres l’entendent, ne se limite pas à l’Etat mussolinien et hitlérien (deux régimes totalitaires qui présentent déjà des différences notables) ou à leurs rares émules déclarés dans l’arène politique française de l’époque. Le PCF définit le concept en termes doctrinaux. La victoire de Mussolini puis Hitler est interprétée en 1935 par le secrétaire général de l’Internationale communiste, Dimitrov, comme «la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier». Et dans la polémique courante du temps, le fascisme est rarement défini avec précision. Les communistes le décrivent comme un virus, une maladie fatale qui frappe inéluctablement la «démocratie bourgeoise», la putréfie (les comparaisons médicales sont fréquentes dans la littérature militante d’alors) et révèle sa vérité: un système d’oppression des humbles.

L’émeute du 6 février 1934, place de la Concorde, à Paris. / Bridgeman Images

Dans la vision du monde du PCF de l’époque, il ne s’agit donc pas seulement de combattre les rares fascistes revendiqués, mais d’arracher les masques du fascisme partout où il se cache, c’est-à-dire, à des stades variés, chez tous leurs opposants. Certes, des nuances existent. Mais qui n’est pas un fasciste accompli présente déjà certaines de ses caractéristiques et est donc en voie de le devenir (d’où le succès de l’adjectif «fascisant»). Qui n’est pas «fascisant» est au moins coupable «de faire le jeu du fascisme » ou d’«ouvrir la voie au fascisme».

Le gouvernement d’Union nationale de l’ancien président de la République Gaston Doumergue, constitué après les émeutes du 6 février 1934, propose des mesures visant à instituer ce que l’on appelle aujourd’hui un parlementarisme rationalisé (réhabilitation du droit de dissolution, à l’époque frappé d’interdit, irrecevabilité des amendements instaurant des dépenses publiques non financées). Or il n’en faut pas plus pour que le PCF accuse alors Doumergue de vouloir «préparer la venue du fascisme en France».

L’invective, la disqualification morale, instaurent un climat d’intimidation qui dissuade beaucoup de s’opposer frontalement à ces méthodes

L’utilité du procédé consistant à fasciser l’opposant, si grossier qu’il paraisse, est manifeste. D’une part, il n’est jamais agréable, et il est même éprouvant, d’être insulté quotidiennement. L’invective, la disqualification morale, instaurent un climat d’intimidation qui dissuade beaucoup de s’opposer frontalement à ces méthodes. D’autre part, l’opposant accusé de fascisme, d’être fascisant ou de préparer le terrain au fascisme (la notion, on l’a vu, est extensible à l’infini) n’est plus un adversaire à battre, mais un ennemi à vaincre. La politique, pour le PCF des années Vingt, c’est la guerre, où tout est permis.

Il peut donc paraître étonnant que, lors de cette législative partielle de 1926, radicaux et socialistes, enracinés, surtout les premiers, dans le paysage politique français de la IIIe République, aient consenti si aisément à s’effacer au profit du candidat communiste pour faire mordre la poussière au malheureux Paul Reynaud, alors que les radicaux tout au moins considéraient jusqu’alors le PCF comme un mouvement factieux. Sans doute faut-il voir dans leur décision la force du mot d’ordre «pas d’ennemis à gauche» dès lors que les intéressés vous tendent la main.

Les radicaux, en outre, étaient déjà eux-mêmes friands de slogans binaires (d’un côté «les hommes de progrès», «les progressistes», de l’autre «la réaction», «les réactionnaires»), et a fortiori les socialistes (d’un côté «les révolutionnaires », de l’autre «les contre-révolutionnaires »). Ce trait de leur culture politique, la conviction d’être «dans le sens de l’histoire», les prédisposait vraisemblablement à considérer avec indulgence le goût des communistes pour la désignation permanente de l’ennemi, comme on s’accommode d’un cousin un peu exalté qui est malgré tout du bon côté de la barrière.

Certains militants socialistes semblent avoir éprouvé, à l’époque, un complexe à l’égard des communistes

La SFIO, de surcroît, avait alors quelque difficulté à concilier sa doctrine révolutionnaire (les socialistes se revendiquaient comme marxistes, partisans de la dictature du prolétariat, même si Léon Blum assure de pas en donner la même définition que les communistes, et favorables à la collectivisation des moyens de production) et la réalité de l’embourgeoisement de ses maires de grandes villes et de ses parlementaires. Certains militants SFIO semblent aussi avoir éprouvé, à l’époque, un complexe à l’égard des communistes dont l’apparition les avait rejetés vers une position plus modérée de l’échiquier politique. Dans l’univers intellectuel de la gauche du temps, le prestige d’être le parti le plus «avancé», non compromis avec le monde bourgeois, jusqu’alors dévolu aux socialistes, leur échappait désormais.

Les analogies trompeuses entre Révolution française et Révolution bolchevique, qui ont conduit nombre d’hommes de gauche à une grande considération pour l’URSS de Staline, ont également joué un rôle majeur dans cette esquisse de rapprochement. En écoutant les arguments des communistes pour justifier la violence politique des bolcheviques (les complots contre la Révolution sont partout, la vigilance est indispensable pour réprimer ses ennemis puissants tapis dans l’ombre), radicaux et socialistes retrouvaient l’interprétation de la Terreur de 1793-1794 qui leur était familière. Les émotions communes, fondées ou fantasmagoriques, favorisent le sentiment d’appartenir au même camp. Le bon camp.

Le Congrès de la SFIO à Tours de 1920. La majorité des adhérents font scission et fondent le Parti Communiste français. Bridgeman Images

Le Parti communiste français, né six ans plus tôt, en 1920, au Congrès de Tours, se construit pourtant à l’image du parti bolchevique d’URSS, étroitement soumis à Staline. C’est une organisation aux caractéristiques militaires, hiérarchisée, disciplinée et unanimiste. L’engagement du militant, tel celui du soldat, doit être total, inconditionné. Le groupe est tout, l’idée d’individu récusée comme bourgeoise. Les personnalités indépendantes sont purgées. L’Humanité se réjouit en ces termes de l’exclusion d’un des fondateurs du Parti, Boris Souvarine: « La «valeur », le «talent», le «savoir» de tel ou tel ne sauraient justifier un relâchement du contrôle auquel tous les communistes sont astreints. (…) C’est dans la mesure où toutes les survivances du «Moi» individualiste seront détruites que se formera l’anonyme cohorte de fer des bolcheviks français» (19 juillet 1924).

Il faut « plumer la volaille socialiste »Le secrétaire général du PCF, Albert Treint, 1924.

Le PCF est ouvriériste, anticapitaliste et révolutionnaire. La dictature du prolétariat constitue son but affiché. Il fustige alors aussi bien le patriotisme que la démocratie parlementaire et libérale, supposés bourgeois et mensongers, et se considère en lutte contre tous les autres partis. Les communistes conspuent les socialistes, qualifiés de «sociaux-traîtres», et maudissent «la social-démocratie contre révolutionnaire». Un des objectifs du parti est de «plumer la volaille socialiste» (Albert Treint, secrétaire général, 1924).

Dans l’attente d’une situation révolutionnaire qui permettrait une insurrection armée (la violence est considérée comme «accoucheuse de l’Histoire»), le Parti bâtit peu à peu un appareil clandestin: planques, courriers secrets, faux papiers, postes émetteurs, recrutement sur des critères qui incluent l’aptitude au combat physique. Dans les années Vingt, des groupes paramilitaires sont formés et des défilés organisés.

Dessin d’illustration paru dans Le Petit Journal sur la fusillade de la rue Damrémont, le 23 avril 1925. Bridgeman Images

À Paris, les militants communistes les plus ardents se battent volontiers, dans la rue, contre les militants nationalistes qui sont à leurs yeux des fascistes. Le 23 avril 1925, lors de la campagne pour les municipales, des membres du service d’ordre de la Jeunesse communiste vont plus loin: se jugeant défiés par l’organisation d’un meeting d’un candidat de droite rue Championnet, dans ce quartier ouvrier qu’est le XVIIIe, ils tuent par balle, aux abords de la réunion publique, trois membres des Jeunesses Patriotes, une Ligue nationaliste dirigée par le député Pierre Taittinger, et en blessent plusieurs autres.

Pour des motifs d’efficacité (la ligne sectaire du jeune PCF l’isole à gauche) et en raison de luttes de pouvoir entre Staline et ses adversaires à Moscou, le Komintern ordonne néanmoins aux communistes français un revirement fin 1925. Ces derniers sont sommés de tendre la main aux socialistes et aux radicaux qu’ils conspuaient la veille encore. Dans l’immédiat, ce rapprochement, esquissé lors de la législative partielle de 1926, reste sans lendemain. Une nouvelle phase de la lutte pour le pouvoir à Moscou conduit en effet Staline à prescrire aux partis communistes un nouveau revirement. Ordre est donné de renouer avec la ligne «classe contre classe», opposant le PCF à tous les autres partis, présumés bourgeois. Les socialistes sont de nouveau fustigés comme le dernier rempart d’un capitalisme en crise.

Les ’’social-fascistes’’ « ne trouveront pas le remède habituel et tomberont aux mains des émeutiers qui les colleront au mur / Feu sur Léon Blum »Aragon, «Front rouge», juillet 1931.

C’est dans ce contexte qu’Aragon, en juillet 1931, publie, dans la version française de la revue soviétique Littérature révolutionnaire mondiale, un long poème longtemps célèbre par sa violence et qui n’a rien d’humoristique, «Front rouge». C’est une référence aux commandos paramilitaires du puissant parti communiste allemand (KPD) d’alors. Aragon écrit notamment: «Descendez les flics Camarades / Descendez les flics (…) / Prolétariat connais ta force / Connais ta force et déchaîne-la / Il prépare son jour il attend son heure sa minute la seconde / où le coup porté sera mortel et la balle à ce point sûre / que tous les médecins social-fascistes / Penchés sur le corps de la victime / Auront beau promener leurs doigts chercheurs sous la chemise de dentelle / ausculter avec les appareils de précision son cœur déjà pourrissant / ils ne trouveront pas le remède habituel et tomberont aux mains des émeutiers qui les colleront au mur / Feu sur Léon Blum/ Feu sur Boncour [socialiste indépendant] Frossard [ancien dirigeant du PCF revenu à la SFIO] Déat [personnalité socialiste à l’époque]/ Feu sur les ours savants de la social-démocratie».

A la réunion du Comité central du PCF du 24-25 janvier 1934, Thorez déclare pour sa part: «Tous les partis de la bourgeoisie, y compris les fractions de la social-démocratie, coopèrent à l’œuvre de fascisation». Dans son discours en vue du débat d’investiture du gouvernement Daladier, le 6 février 1934, qu’il n’a pas prononcé en raison de l’émeute place de la Concorde, Thorez prévoyait de déclarer au président du Conseil pressenti: «Vous êtes les fourriers du fascisme. Vous préparez le passage à la dictature fasciste. Le présent gouvernement est un gouvernement qui réalisera un nouveau pas dans la voie de la fascisation du régime». Il concluait: «L’expérience internationale prouve qu’il n’y a pas de différence de nature entre la démocratie bourgeoise et le fascisme. Ce sont deux formes de la dictature du Capital. Le fascisme naît de la démocratie bourgeoise. Entre le choléra et la peste, on ne choisit pas».

Or le PCF opère une volte-face dans les six mois qui suivent. Les émeutes du 6 Février, place de la Concorde à Paris (19 morts, dont 18 émeutiers, manifestants et badauds tués par les forces de l’ordre ainsi que 2500 blessés) traumatisent le pays. La gauche l’analyse comme une tentative de coup d’État fasciste à l’image de la marche sur Rome et des violences des SA qui ont accompagné les succès électoraux d’Hitler (la plupart des historiens, de nos jours, ne retiennent plus cette interprétation).

Les gauches, jusqu’ici opposées, sont désormais fédérées par un même récit du 6 février 34 et la désignation d’un ennemi commun

Les contre-manifestations de la gauche, émaillées elles aussi de violences très graves (le 9 février, quatre communistes sont tués par la police et des dizaines d’agents blessés), puis la grève générale du 12 février, enclenchent, venu de la base, un puissant mouvement unitaire entre socialistes et communistes. Les gauches, jusqu’ici opposées, sont désormais fédérées par un même récit du 6 février 34 et la désignation d’un ennemi commun, le fascisme.

D’autre part, Staline a constaté l’effet désastreux de sa stratégie en Allemagne. L’alliance objective entre communistes allemands et nazis pour abattre la République de Weimar -ligne que Staline avait ordonnée au KPD d’adopter dans l’espoir d’une révolution générale en Allemagne- a abouti, après la nomination de Hitler à la Chancellerie (30 janvier 1933), à la liquidation de ceux-ci par le nouveau maître du pays. Or au même moment, les leaders des radicaux français, Edouard Herriot en tête, multiplient les amabilités envers l’URSS, à la fois par aveuglement sur la réalité de ce régime et dans l’espoir de nouer une alliance de revers contre Hitler.

Le radical Edouard Herriot, plusieurs fois président du Conseil dans l’entre-deux guerres. Bridgeman Images

Staline décide donc un revirement, que le secrétaire général de l’Internationale communiste, Dimitrov, théorise en forgeant un nouveau concept à l’intention des PC de tous les pays: la «démocratie populaire». Ni démocratie bourgeoise honnie, ni démocratie soviétique censée être parfaite, il s’agit pour l’interprète du maître du Kremlin, d’une «phase intermédiaire de démocratie limitée aux forces antifascistes qui permettrait aux communistes d’établir leur domination» (Marc Lazar, Le communisme, une passion française, Perrin, coll. Tempus). Si la notion ne trouve pas à s’appliquer dans l’immédiat, elle le sera avec éclat, à partir de 1945, dans les pays d’Europe centrale libérés et occupés à la fois par l’Armée rouge.

La stratégie du Komintern, est de faire de l’antifascisme la propriété et le titre de gloire du communisme

La stratégie du Komintern, est de faire de l’antifascisme la propriété et le titre de gloire du communisme. Il entend ainsi disqualifier l’hostilité au communisme et la critique de l’URSS en les présentant comme fascistes. En juin 1934, Thorez achève son retournement, commencé quelques mois plus tôt: il propose à la SFIO un «pacte d’unité d’action contre le fascisme et la guerre», aussitôt accepté par la direction socialiste puis considéré avec intérêt par les radicaux. «La nouveauté, à partir de 1934, souligne François Furet, c’est que les communistes renoncent à étendre l’inculpation de fascisme à tout ce qui n’est pas eux – aux socialistes, par exemple, ou aux libéraux – à condition que ces socialistes et ces libéraux s’allient à eux pour en combattre la menace.» 

Les communistes ont alors «en apparence rendu un peu d’autonomie à toutes ces forces intermédiaires, non seulement aux socialistes, mais aux démocrates, aux libéraux, aux “républicains’’; mais c’est une liberté surveillée, puisqu’ils contrôlent l’espace de l’antifascisme et délivrent les certificats d’appartenance » (Le Passé d’une illusion – essai sur l’idée communiste au XXe siècle, Robert Laffont/Calmann-Lévy)

.Pour la première fois, les municipales de 1935 concrétisent l’alliance PCF-SFIO au nom de l’antifascisme. La « ceinture rouge » se constitue en région parisienne

Pour la première fois, les municipales de mai 1935 concrétisent l’alliance PCF-SFIO au nom de l’antifascisme. Les deux partis présentent des listes communes dans nombre de localités. Cette dynamique bénéficie particulièrement aux communistes: le nombre de villes moyennes (20.000 à 50.000 habitants) dirigées par des maires PCF passe de 10 à 31. En région parisienne, la «ceinture rouge» se constitue. Dans l’enthousiasme qui suit ces succès spectaculaires, le Parti et ses satellites participent au foisonnement d’initiatives qui fédèrent partis, syndicats et associations de gauche en vue d’un Front populaire aux législatives de 1936.

L’historien François Furet est un des grands penseurs de l’héritage du communisme au XXème siècle. Giovanni Giovanetti / Bridgeman Images

L’arrimage du PCF aux autres composantes de la gauche est facilité par d’autres évolutions de Thorez, qui convertit son parti à la République, au patriotisme et à la fierté nationale, notions jusqu’alors récusées. Devant le Comité central du Parti, en octobre 1935, Thorez affiche ses ambitions de prendre l’ascendant à gauche: «Aujourd’hui, plus qu’il y a six mois, les communistes sont capables de rassembler sur leur nom, non seulement des voix ouvrières, mais des voix de démocrates et même de modérés [ce sont socialistes et radicaux qui sont ainsi respectivement désignés, NDA] sur la plate-forme de lutte contre le fascisme».

A la Chambre, le PCF fait pression sur le parti qui forme l’ossature des coalitions gouvernementales de l’époque, le parti radical, dans le sens d’un soutien à l’URSS.

Le centre de gravité du Front populaire glisse vers sa gauche

Au premier tour des législatives d’avril-mai 1936, le PCF double presque son score et obtient 15,2% des exprimés. La dite «discipline républicaine» joue à plein en sa faveur: le nombre de députés PCF passe de 10 à 72, tandis que les radicaux perdent près d’un tiers de leurs sièges (115 contre 159). Le centre de gravité du Front populaire glisse vers sa gauche. Par ailleurs, le mouvement social largement spontané et d’une ampleur exceptionnelle que connaît la France en mai-juin 1936, s’il n’a pas de rapport direct avec l’antifascisme, nourrit un puissant imaginaire collectif à gauche qui raffermit la dynamique unitaire des partis concernés. Ces grèves, et les mesures sociales entrées en vigueur à l’été 1936, ont constitué un souvenir très marquant qui fut longtemps à forte charge émotionnelle. Le pain, le progrès social, la liberté, l’antifascisme, l’accès à la culture et aux loisirs deviennent les différents volets d’une sensibilité commune aux trois partenaires de la majorité de Front populaire.

La guerre d’Espagne (juillet 1936-avril 1939), où Franco bénéficie d’emblée de l’aide de Mussolini et Hitler tandis que le gouvernement du Frente Popular reçoit le soutien non moins intéressé de l’URSS de Staline à l’automne 1936, offre une nouvelle dimension au discours et aux mots d’ordre antifascistes. Le PCF vante l’implication des Soviétiques en Espagne, qu’il oppose à la politique officielle de non-engagement du gouvernement de Léon Blum. Il glorifie les Brigades internationales, où s’engagent un certain nombre de ses cadres.

L’affaire espagnole permet à un expert de l’agit-prop communiste, Willi Münzenberg, de donner toute sa mesure. Artiste de la manipulation, cet Allemand, chargé de la propagande au sein du Komintern, séduit depuis 1932 de grands noms de la littérature française (Henri Barbusse, Romain Rolland, André Gide, qui rompra avec éclat). Au nom de la défense de la paix, dont l’URSS de Staline se prétend le garant, ces écrivains ont accepté de siéger, aux côtés d’intellectuels communistes (Aragon, Paul Nizan), dans un «Comité mondial de lutte contre la guerre». En 1933 a lieu, Salle Pleyel à Paris, leur deuxième congrès «contre la guerre et le fascisme». Et l’activisme de Münzenberg se démultiplie à l’occasion de la guerre d’Espagne. La figure du compagnon de route, c’est-à-dire un intellectuel qui n’est pas communiste mais qui se veut de gauche ou chrétien et accepte de s’associer aux communistes au nom de l’antifascisme, se développe. Début 1938, dans un rapport d’activité secret envoyé à Moscou, Münzenberg énumère trente organisations françaises, où l’on trouve des noms honorablement connus, et qu’il présente comme des relais de la propagande soviétique en France.

Willi Münzenberg « organisait des comités, des congrès et des mouvements internationaux comme un prestidigitateur sort des lapins de son chapeau »Arthur Koestler, «Hiéroglyphes», 1952

Un homme qui fut son collaborateur avant de rompre avec le communisme, Arthur Koestler, écrira plus tard avec humour dans son autobiographie: Münzenberg «organisait des comités, des congrès et des mouvements internationaux comme un prestidigitateur sort des lapins de son chapeau: Comité pour l’Aide aux Victimes du Fascisme, Comité de Vigilance, Congrès de la Jeunesse, que sais-je encore? Chacune de ces organisations s’abritait derrière un paravent de personnalités hautement respectables, depuis des duchesses anglaises jusqu’à des éditorialistes américains et des savants français, qui n’avaient jamais entendu prononcer le nom de Münzenberg et croyaient que le Komintern était une invention de Goebbels» (Hiéroglyphes, 1952).

Les clauses publiques du pacte germano-soviétique (23 août 1939), approuvées par la direction du PCF, sont un coup de massue pour le Parti et ruinent son discours antifasciste. Les effectifs s’effondrent, mais l’appareil, interdit, perdure dans la clandestinité, quoique squelettique. Après l’invasion allemande (mai-juin 1940), des représentants de la direction du PCF sollicitent les autorités allemandes d’occupation en vue de la légalisation du Parti et de L’Humanité, mais ces contacts n’aboutissent pas. L’invasion de l’URSS par Hitler (22 juin 1941) provoque l’entrée en résistance du PCF et la réactivation de son discours antifasciste. Il adopte une ligne à la fois concurrente et conciliante à l’égard des autres familles de pensée représentées dans la Résistance. Son rôle dans l’armée des ombres, concurremment au prestige de l’Union soviétique en raison de son rôle déterminant dans la défaite de l’Allemagne nazie, est le socle de la légitimité nouvelle du PCF à la Libération, de son influence accrue dans la société et de sa participation aux gouvernements de 1944 jusqu’au printemps 1947.

Poignée de main entre Staline et Von Ribbentrop, le ministre des Affaires éttrangères du IIIème Reich, lors de la signature du pacte germano-soviétique (23 août 1939). Bridgeman Images

En 1945, les régimes de Mussolini et d’Hitler n’existent plus et sont frappés d’opprobre, tout particulièrement le second. Le réflexe de traiter l’adversaire de fasciste réapparaît pourtant dès la guerre froide. Le 5 mai 1947, les ministres communistes sont révoqués. En novembre-décembre 1947, une grève générale, qui prend en certains endroits une tournure insurrectionnelle, paralyse la France. Le train Paris-Lille déraille en raison d’un sabotage et seize passagers sont tués. Marseille connaît trois jours d’émeutes et plusieurs morts. Le ministre de l’intérieur, le socialiste Jules Moch, rétablit l’ordre avec une poigne de fer. Les CRS reconquièrent les charbonnages sur les grévistes. Le Chef de l’Etat, le socialiste Vincent Auriol, soutient Jules Moch et signe le rappel sous les drapeaux de 80 000 réservistes. Le gouvernement fait adopter des mesures de «défense républicaine» prévoyant de durcir les sanctions contre piquets de grève et sabotages.

« Vous êtes un fasciste! », « SS! », « hitlériens! », « Heil Hitler! », « pensée hitlérienne! », « vous parlez comme la gestapo »Des députés communistes s’adressant au ministre de l’Intérieur Jules Moch à l’Assemblée nationale (29 novembre-4 décembre 1947)

Or à l’Assemblée, les députés communistes ripostent en assimilant ces mesures à l’attitude des Allemands pendant l’Occupation et traitent le ministre de l’Intérieur de nazi. Entre le 29 novembre et le 4 décembre 1947, on relève au J.O. du compte rendu des débats, parmi un flot incessant d’insultes envers Jules Moch, ces invectives maintes fois répétées: «vous êtes un fasciste!», «SS!», «hitlériens!», «Heil Hitler!», «pensée hitlérienne!», «inventeur des camps de concentration en France!», «vous parlez comme la gestapo», «vous parlez comme Philippe Henriot » (apôtre de la collaboration à la radio, assassiné par des résistants en 1944, NDA), «vous tenez le langage de Pétain», «Vichy! Vichy!», «Maréchal nous voilà!» (Thomas Bouchet, Noms d’oiseaux – L’insulte en politique de la Restauration à nos jours, Stock).

Jules Moch, ministre de l’Intérieur pendant les grandes grèves de la fin 1947 et objet de la haine des communistes. Député socialiste, il avait voté contre les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10 juillet 1940. Bridgeman Images

On peut croire Jules Moch lorsque ce dernier, des décennies plus tard, écrira avec pudeur dans ses mémoires que ces attaques des communistes à son endroit furent «éprouvantes au-delà de ce qu’on imagine» (Une si longue vie, Robert Laffont, 1976). D’autant que son fils, officier de réserve et résistant, était mort au combat contre des miliciens accompagnés de soldats allemands, dans l’Isère, au printemps 1944.

L’accusation de fasciste ou de fascisant réapparaît également dans le débat public. En 1948, Viktor Kravchenko, ancien haut fonctionnaire soviétique passé à l’Ouest, publie un livre poignant décrivant sans fard l’URSS de Staline, J’ai choisi la liberté, très vite un best-seller. L’hebdomadaire communiste Les Lettres françaises l’accuse d’être un agent de la CIA et Kravchenko lui intente un procès en diffamation d’un grand retentissement (Le Figaro consacre des pages entières au compte rendu intégral des audiences).

« Retrouve-t-on dans ce livre un esprit de Vichy? »Question de l’avocat de l’hebdomadaire communiste «Les Lettres françaises» au procès Kravchenko (janvier-mars 1949)

La stratégie de l’avocat communiste qui défend les Lettres françaises, Me Joë Nordmann, est de discréditer Kravchenko par tous les moyens. «Ce livre aurait-il pu paraître en France sous l’Occupation?», demande-t-il fielleusement à un témoin de la défense, l’écrivain et résistant Vercors, encore compagnon de route du PCF à l’époque. «Bien sûr», répond Vercors. «À l’inverse, poursuit le défenseur, aurait-il pu paraître tout de suite à la Libération? ». «Bien sûr que non! », rétorque Vercors. Et l’avocat de demander alors : «Retrouve-t-on dans ce livre un esprit de Vichy?». «Oui», répond Vercors (Thierry Wolton, Une histoire mondiale du communisme, tome III- Les complices, Perrin, coll. Tempus).

David Rousset, ancien déporté qui dénonce le système concentrationnaire en URSS, est l’objet de procédés identiques, de même que le seront, au fil des ans, nombre d’autres personnalités qui s’opposeront frontalement au PCF. Le procès en fascisme peut aussi s’appliquer à un pays, les Etats-Unis au premier chef. L’Amérique est volontiers décrite par la presse communiste, pendant la guerre froide, comme en proie à une «fascisation rampante» ou «à bas bruit».

« Barrer la route à de Gaulle et à la dictature militaire et fasciste »Appel du comité central du PCF au lendemain du 13 mai 1958

Lors de la crise de mai 1958, le Comité central du PCF appelle à «barrer la route à de Gaulle et à la dictature militaire et fasciste». Dans ce cas précis, il est vrai, l’insurrection à Alger, victorieuse le 13 mai grâce à la passivité d’unités de l’armée chargées de défendre le bâtiment abritant le gouvernement général, et qui défiait l’autorité des gouvernants à Paris, pouvait justifier l’inquiétude. Une grande manifestation unitaire est organisée par partis et syndicats de gauche, le 28 mai 1958 à Paris, de la Nation à la République. Les participants s’opposent au retour du général de Gaulle sous la pression des «factieux», perçu comme un coup d’Etat. La foule mêle slogans antifascistes et marques d’attachement à la République. Le futur historien Max Gallo était dans le défilé et partageait sur le moment cette vision des événements, que près d’un demi-siècle plus tard il qualifiera avec sévérité de ridicule.

Manifestation des syndicats et partis de gauche à Paris, le 28 mai 1958, contre le retour de De Gaulle sous la pression des événements d’Alger. Bloncourt Gerald / Bridgeman Images

Le régime présidentialiste mis en place par la Constitution du 4 octobre 1958 est fustigé par le PCF comme une étape vers le fascisme. Face aux succès électoraux répétés du Général, les communistes, les années suivantes, préfèrent parler de «menace permanente de fascisation» inhérente au «pouvoir personnel» du «général-président», référence au prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République en décembre 1848 avant de perpétrer un coup d’Etat le 2 décembre 1851 et de devenir Napoléon III un an après.

Le paradoxe est que les précautions (très relatives) de langage de la direction du PCF envers de Gaulle, et de façon plus générale son légalisme dans les années 60, vont nourrir un procès que lui intentent de jeunes gauchistes souvent issus de ses organisations de jeunesse. Ceux-ci ne reprochent pas seulement au PCF son stalinisme, comme on se plaît à le dire, mais aussi son «embourgeoisement» et son renoncement de fait à l’usage de la violence. Trotskistes et maoïstes, en mai 1968 et les années qui suivent, réclament un retour à la pureté du léninisme des origines, notamment le recours à la violence. Ils sont convaincus de vivre dans un régime fascisant et se considèrent comme les héritiers des résistants FTP des maquis (on observe le même phénomène en Italie chez ceux qui vont devenir les Brigades rouges). A l’extrême gauche, accuser l’Etat pompidolien de fascisme devient banal, quotidien.

La violence force « le système bourgeois à se radicaliser, à avouer sa vérité, à devenir ce monstre qui lui répugne à lui-même : il se fascise »Serge July, Alain Geismar et Erlyne Morane, «Vers la guerre civile» (1969).

«La répression nous apprend la valeur considérable de la haine de l’ennemi de classe, la valeur d’action de la haine (en italique dans le texte). Cette haine est pour le militant révolutionnaire le garant de son incorruptibilité», écrivent Serge July, Alain Geismar et Erlyne Morane dans Vers la guerre civile (1969). «Contrairement au mercenaire, le militant révolutionnaire, au combat, n’est pas un ‘‘sauvage’’. La manière dont il combat, dont il tue, est toujours raisonnée ; elle a toujours un sens ; chacun de ses actes a une valeur politique précise.» La violence, argumentent les auteurs, force «le système bourgeois à se radicaliser, à avouer sa vérité, à devenir ce monstre qui lui répugne à lui-même : il se fascise (en italique dans le texte)». Pour Serge July, Alain Geismar et Erlyne Morane, la guerre civile, qui fournit son titre à leur essai, n’est pas un risque à conjurer mais un objectif à atteindre. Ils espèrent que la répression «fasciste» provoquera en retour une insurrection ouvrière et verra la révolution triompher enfin (Alain Geismar, en ce qui le concerne, a fait son mea culpa dans un livre publié en 1981, L’engrenage terroriste, Fayard).

Affiche d’extrême gauche contre le Service d’action civique des gaullistes (mai-juin 1968). Bridgeman Images

Dans les années 70, le terme «facho» devient d’usage courant, dans une partie de la gauche, contre toute personne de droite assumée. Jacques Chirac, président du RPR depuis 1976, est souvent surnommé «facho-Chirac». Sous Giscard, alors que la société n’a jamais été aussi ouverte et libre, l’emploi du terme de fasciste connaît en outre un développement vertigineux. Le mot n’a plus de sens précis et sert en particulier à disqualifier l’exercice de l’autorité dans tous les domaines, la notion de contrainte et même toute règle collective. En janvier 1977, dans sa leçon inaugurale au Collège de France, Roland Barthes trouve intelligent de déclarer: «La langue, comme performance de tout langage, n’est ni réactionnaire ni progressiste; elle est tout simplement fasciste; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire». Certains commentateurs crient aussitôt au génie.

Le PCF, pour sa part, en déclin électoral au début des années 80, voit son emprise sur la société française diminuer. Le Parti, lorsqu’il souhaite disqualifier une personnalité qui s’oppose à lui (ce qu’on appelle, en langage communiste, «commettre une provocation »), délaissera désormais l’accusation de fascisme pour lui préférer celle d’appartenir à «l’extrême-droite ». L’affaire Manouchian, ce résistant d’origine arménienne et communiste fusillé par les Allemands avec 22 de ses camarades en février 1944, en offre l’illustration. Celle-ci provoque en effet, dans la France de 1984-1985, une guerre des mémoires. Dans un documentaire du réalisateur Mosco Levi Boucault, intitulé par ironie «Des ’’terroristes’’ à la retraite», un journaliste interrogé accuse la direction clandestine des FTP d’avoir sacrifié voire «donné» aux Allemands le «groupe Manouchian», parce que ces résistants étaient étrangers et, dans leur grande majorité, juifs (l’accusation est vraisemblablement injuste et sans fondement). Antenne 2, qui a financé le documentaire, refuse de le programmer, le jugeant insultant pour la mémoire résistante du PCF.

Une controverse d’une extrême violence se développe alors. Or, au lieu de se borner à répondre sur le fond, L’Humanité-dimanche, le 2 juin 1985, publie un article sur les nouveaux historiens travaillant sur le PCF, pas ou plus communistes, les nomme et les met en cause personnellement. L’Humanité-dimanche compare ces historiens, qui osent désormais soumettre à la critique la mémoire militante de la résistance communiste, à la caution scientifique du discours d’«un homme politique d’extrême droite». Le procédé n’a guère varié depuis.o ■ o GUILLAUME PERRAULT

Guillaume Perrault

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Un mini-dossier en 6 parties. Analyses et propositions. Une manière d’appréhender la situation française réelle et ses évolutions afin de fixer nos positions. A lire, donc.  Suivre les liens.  JSF     I   II  III   IV   V   VI

Quatre livres fondamentaux de Charles Maurras réédités par B2M, Belle-de-Mai éditions

Enquête sur la monarchie. (Édition de 1925), 39 €, 836 p.

Le manifeste royaliste en ouverture du XXe siècle ! (Parution courant 1900). Maurras y pose la célèbre question : « Oui ou non, l’instauration d’une monarchie héréditaire, antiparlementaire traditionnelle et décentralisée est-elle de salut public ? » !   

L’Avenir de l’intelligence, 25 €, 244 p.

Une étude de l’histoire politique et intellectuelle du XVIe au XXe siècle, où Maurras à montre comment les intellectuels et artistes attachés à produire des œuvres de l’esprit sont passés « de l’autorité des princes de notre Sang sous celle des marchands d’Or », les immenses fortunes industrielles et bancaires qui limitent la liberté de l’esprit. Maurras en appelle à une alliance entre les intellectuels et le patriotisme des Français pour renverser cette mécanique.

Kiel et Tanger, 29 €, 428 p.

Maurras y constate la tragique infériorité du régime républicain en matière de politique internationale, spécialement face à la menace allemande de l’époque. Prévoyant la guerre à venir il conclut à la nécessité de remettre un roi à la tête du pays. Prolongeant le réalisme de la pratique capétienne des relations internationales, ancêtre de la pensée géostratégique française.

La Démocratie religieuse, 31 €, 620 p.

Parution en 1921, compilant trois textes préalablement écrits par Charles Maurras : Le Dilemme de Marc Sangnier (1906) – – La politique religieuse (1912) – – L’Action française et la religion catholique (1914). Cet ouvrage voit dans la démocratie une religion nouvelle qui vide le politique de sa puissance.

Et aussi…


Henri Massis, Georges Bernanos, Maurras et l’Action française, présentation de Gérard Pol, 18 €, 104 p.

Léon Bloy, Le salut par les juifs, avant-propos de Laurent James, 20 €, 156 p.

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