
« Aucun camp n’a le monopole de la violence au cours de cette guerre civile qui débouchera sur la dictature de Franco. »
Par Jean Sévillia.

Cet article est publié dans Le Figaro Magazine, paru jeudi dernier et couvrant la semaine en cours. Les jeunes gens d’aujourd’hui ont-ils non pas la connaissance, mais simplement le sentiment de ce que furent les aventures, les guerres menées à travers le monde, parfois très lointain, par leurs grands-parents au siècle dernier ? De quel héroïsme ils étaient faits, difficile à comprendre dans l’univers hédoniste, individualiste du monde actuel ? En quelques paragraphes, Jean Sévillia nous dit comment ce récit, ayant pour cadre la guerre — perdue — d’Indochine, en restitue l’essentiel. L’essentiel vécu par les jeunes hommes d’alors, dont ils sont issus. o ■o JE SUIS FRANÇAIS
Résistance, Indochine, Algérie, Afrique : le parcours du colonel Allaire fut celui de toute une génération d’officiers français.

Le 6 avril 2022, les obsèques du colonel Jacques Allaire étaient célébrées dans la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides. Grand officier de la Légion d’honneur, sept fois cité et deux fois blessé, il appartenait à cette génération d’officiers qui avait connu la Seconde Guerre mondiale, puis combattu en Indochine et en Algérie.
Jeune homme, il rêvait d’être militaire, mais était handicapé par une jambe restée bancale à la suite d’une poliomyélite contractée pendant son enfance. Par un incroyable effort de volonté et en trichant un peu lors des visites médicales, il vaincra cet obstacle. Entré dans la Résistance à 20 ans, en 1944, Allaire participe à la libération du Mans, puis s’engage dans l’armée régulière. Volontaire pour le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient en 1945, il est envoyé en Indochine. Rapatrié, breveté parachutiste en 1947, il repart pour l’Indochine. De retour en France en 1950, il quitte l’armée et devient libraire, mais, atteint par le « mal jaune », l’Indochine lui manque. S’étant porté une troisième fois volontaire, il participe, affecté au 5e bataillon de parachutistes coloniaux, aux terribles combats de Na San en 1953. Sa carrière connaît un tournant quand il est versé au 6e bataillon de parachutistes coloniaux, dont le patron est un certain commandant Bigeard. L’entente avec ce guerrier de légende, qui sera pendant cinq ans son chef, sera parfaite, et se transformera en amitié à vie. En mission dans le Tonkin, Allaire saute sur Diên Biên Phu, une première fois, fin 1953, dans le cadre de l’opération destinée à préparer le camp retranché, la seconde au côté de Bigeard, le 16 mars 1954, pour venir en renfort à la garnison assiégée. Nommé lieutenant d’active pendant la bataille, il est capturé le 7 mai lors de la chute du camp. Sur les 11 000 prisonniers français, près de 8 000 ne reviendront pas des camps viets. Allaire s’en sortira. Libéré en septembre 1954, il reprendra sa carrière d’officier en Algérie puis en Afrique et s’achèvera en 1974.
Dans ses Mémoires posthumes, ce soldat exemplaire raconte avec force détails son histoire indochinoise. Au fil des pages affleurent le courage de cet homme, son culot ou sa modestie, toujours sa foi chrétienne et son indéfectible solidarité avec ses camarades. Une lecture qui élève l’âme. o ■ o JEAN SÉVILLIA
Lieutenant de Bigeard. Indochine, 1945-1954, de Jacques Allaire, Perrin, 472 p., 25 €.












