
Il nây a pas eu de Nuremberg du communisme. Ses reprĂ©sentants Ă©taient du cĂŽtĂ© des vainqueurs Ă l’Ă©poque. DâoĂč lâimpunitĂ©, le dĂ©faut dâopprobre universel pour leurs immenses crimes, Ă©talĂ©s sur sept dĂ©cennies et sur les cinqcontinents. DâoĂč encore quâils ne sont que faiblement opposĂ©s â et en vain â Ă leurs hĂ©ritiers actuels. Raison de plus de rappeler ces crimes, en lieu et place de la justice des hommes inrendue. â JSF
Par Bruno Lafourcade.

Nous sommes heureux de reprendre ici cette recension de Bruno Lafourcade, consacrĂ©e Ă un ouvrage de Radu Portocala auquel nous avons dĂ©jĂ fait Ă©cho dans ces colonnes : Sous le dernier hiver de Ceausescu â un livre Ă©crit en 1989, publiĂ© 37 ans plus tard. Nous empruntons Ă Radu Portocala nombre de textes, toujours remarquablement Ă©crits, d’une Ă©rudition exacte et d’un jugement sĂ»r, souvent fondĂ© sur sa riche â et rude â expĂ©rience personnelle. Nous nous joignons Ă Bruno Lafourcade pour dire hautement recommandable la lecture du nouvel ouvrage que Radu Portocala vient tout juste de publier. â JSF

Ce livre aurait pu ĂȘtre une enquĂȘte journalistique ou un document historique sur la Roumanie de Ceausescu. Ce serait dĂ©jĂ beaucoup. Or câest bien davantage. On a lâimpression de descendre un escalier, de tirer le verrou, de pousser la porte, dâentrer dans une cave â câest-Ă -dire une sociĂ©tĂ© totalitaire dans ce quâelle a de plus ahurissant. Câest au point que lâon ne se rappelle pas un livre rĂ©cent, en dehors de la fiction, qui remue autant son lecteur.
Ce que lâon voit, câest, en huit chapitres et un avant-propos, le mĂ©canisme dâune tyrannie. Lâauteur y parvient avec des moyens en apparence trĂšs simples : on entre dans lâexistence tragique des Roumains par des faits bruts, des situations concrĂštes, de la vie banale. On croise quelques chiffres, mais on suit surtout le citoyen cherchant Ă survivre, Ă se nourrir, Ă travailler.
On le dĂ©couvre Ă lâĂ©cole, Ă lâhĂŽpital. On le voit peu Ă peu isolĂ© par la propagande, lâespionnage et la rĂ©pression, poussĂ© Ă se garder de tout et de tous, dĂ©possĂ©dĂ© de soi, atomisĂ©, soumis Ă une mĂ©fiance et Ă une peur constantes. On y admire dâautant plus le courage et le sacrifice de dissidents promis Ă la prison et Ă la torture.
Le chapitre le plus bouleversant, et le plus terrifiant, est celui que lâauteur consacre aux femmes, poussĂ©es au dĂ©sespoir par un dĂ©cret, celui du 1er octobre 1966, obligeant les mĂšres de moins de quarante-cinq ans Ă enfanter, quand elles ont moins de quatre enfants. On laissera le lecteur dĂ©couvrir de quelle façon.
Câest un livre qui se trompe en croyant ne pas faire de littĂ©rature : abandonnant lâhyperbole au Conducator, il contient assez de sobriĂ©tĂ©, parfois mĂȘme dâironie glaçante, pour donner des leçons de style Ă tout le monde. On le referme en se disant que câest ainsi que lâon doit Ă©crire si lâon cherche Ă peindre la cave suffocante de la terreur politique. o â  o BRUNO LAFOURCADE
Ăcrivain et homme politique Bruno Lafourcade a publiĂ© des romans, des essais et des pamphlets ; il a Ă©crit des notes critiques, notamment pour La Revue littĂ©raire, et une rubrique, « Nos figures », dans la revue ĂlĂ©ments ; il publie aussi, sur son blog, des textes brefs.
Bruno Lafourcade, Les Hyaines. La mouette de Minerve, 2025, 228 p.,15 âŹ













