
Par Daniel Arnaud.
Cette – belle – histoire de Noël a été publiée par Régis de Castelnau sur ses réseaux (12.1.2026). Elle est signée par son ami Daniel Arnaud, Français installé en Russie depuis de nombreuses années, après avoir également habité en Ukraine à la suite de la chute de l’Union soviétique. Son but est de tenter de réinformer face à la propagande que l’on a vu déferler sur l’ensemble du système médiatique mainstream. Grand connaisseur de la Russie, il nous fait cadeau d’une petite histoire pour le Noël orthodoxe. Les lecteurs de JSF y trouveront matière à une réflexion sereine…
Une histoire de Noël

Non, ce n’est pas une erreur. Il s’agit bien d’une histoire, et non d’un conte. Car il s’agit d’un témoignage.
Pour ceux qui l’ignorent, une partie de la chrétienté orthodoxe, (Russes, Ukrainiens, Biélorusses, Géorgiens, Arméniens, Moldaves, etc.), fêtent Noël selon l’ancien calendrier, dans la nuit du 6 au 7 janvier. Comme dans le catholicisme, la nativité est célébrée par une liturgie nocturne.
Mais l’Histoire, celle avec un grand ‘H’, a de curieux détours. Il a fallu deux explosions à l’immense Empire des Tsars pour se désagréger. La première en 1917, a projeté aristocrates et croyants autour du monde. Ils ont construit des églises et créé des paroisses, pour pratiquer leur foi, pour transmettre leur langue à leurs descendants, et aussi, pour nourrir leur espoir d’un retour possible vers la Sainte Russie. Drôle de chimère peut-être, pour nous qui connaissons la fin de l’histoire, mais qui leur donna l’énergie et la force pour que leur arrière-petits-enfants parlent encore le russe quand survint la seconde explosion, qui détruisit l’Union soviétique.
Celle-ci réussit à morceler cet immense espace géographique. Ce ne sont plus des sujets du Tsar, mais des Russes, des Ukrainiens, des Moldaves, des Biélorusses, des Géorgiens, des Arméniens, que la défunte URSS envoyait en diaspora, sur les chemins que les Russes blancs avaient aplani avant eux. Ironie ou prévoyance de l’Histoire, la première vague d’émigration avait créé les lieux où se retrouveraient la seconde.
Donc, comme tous les 6 janvier, se retrouvaient, quelque part en France, toutes les diasporas mêlées, pour célébrer la nativité. (Le lecteur comprendra pourquoi je tiens à rester vague, pour préserver l’anonymat d’un des personnages que je vais évoquer). On entendait toutes les langues et tous les accents russes. Car, bien entendu, cette foule multinationale n’a que le Russe comme langue commune.
Ainsi, comme pour chaque liturgie, cette Babel orthodoxe prouvait la résilience des liens civilisationnels forgés par des siècles d’un destin historique partagé.
Mais voilà où je voulais en venir.
Il faut d’abord rappeler qu’il n’y a pas d’orgue ou autres instruments de musique dans les célébrations orthodoxes. Seul le chœur accompagne la liturgie. Or, quand elle se termine, juste avant la communion, il y a une pause de quelques minutes durant lesquels le chœur est libre de chanter ce qu’il veut. Cette nuit là, traditionnellement, ce sont évidemment des comptines de Noël, dans toutes les langues possibles. En particulier, un chant traditionnel ukrainien « Bonsoir à toi, cher hôte », est presque toujours chanté dans les églises du patriarcat de Moscou. Quatre ans de conflit n’y ont rien changé.
Mais ce soir là, un paroissien ukrainien, soit qu’il ait été distrait, soit qu’il fût sorti à l’instant précis, ne l’avait pas entendu. Après la célébration, qui se termine entre 1h et 2h du matin, ceux qui sont restés jusqu’au bout se retrouvent autour d’une grande table, chargée de mets. On se restaure, le vin coule, et le chœur, le verre à la main, se remet à chanter. Il reprend le chant ukrainien, car il est connu de tous, et toute la tablée le reprend, suivant le choeur. Alors notre Ukrainien se lève, l’air offensé, et clame au dessus des voix : « Ah enfin, vous avez retrouvé la partition ou quoi ? Pourquoi vous ne l’avez pas chanté plus tôt, dans l’église. C’est Noël, la fête qui nous réunit. Tous frères, un seul peuple, Biélorusses, Russes, et Ukrainiens ».
S’il s’agissait d’une occurrence exceptionnelle, il n’y aurait aucun sens à l’évoquer. Mais je me souviens aussi de cette veille de nouvel an, réunissant quelques dizaines de Russes et Ukrainiens, où l’on écoutait successivement les vœux de Loukashenko, Zelenski, et Poutine.
Ou encore, cette soirée où devant un public à 80% ukrainien, était exécutée une chorégraphie sur la musique d’un chant traditionnel russe qui proclame l’amour de la terre russe.
La liste n’est pas exhaustive. Il faut une énorme ignorance, et une arrogance superlative pour imaginer qu’on puisse biffer, du trait d’une révolution de couleur, 1000 ans d’Histoire.
Je ne nie évidemment pas les plaies du conflit qui dure depuis 4 ans. Leur cicatrisation prendra du temps. Mais le fait même que de tels moments de partage existent, montre que les populations sont conscientes que l’origine du drame est largement exogène.
Puisque j’ai évoqué deux chants traditionnels, en voici deux :
Le chant ukrainien: « Bonsoir à toi, cher hôte »
Le chant russe: « Le cheval »
Puisque l’on dit souvent que la musique est l’âme des peuples, je voudrais, pour conclure, inviter le lecteur à écouter ces deux chants, et à méditer ce que cet univers sonore, et mon petit témoignage contiennent d’espoir de réconciliation future. Peut-être il y a-t-il là une vérité toute aussi importante, toute aussi fondamentale que celle que nous, avec Régis de Castelnau, essayons, avec difficulté, à faire émerger du brouillard de la propagande. o ■o DANIEL ARNAUD
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