
Par Mayeul Aldebert.

Cet article, très factuel (Le Figaro de ce jour) et, en un sens, très conforme à l’esprit de la doxa encore dominante en Europe de l’Ouest, c’est-à-dire peu favorable à l’homme politique qui en est le sujet, nous renseigne néanmoins sur l’actualité de ce dernier. On sait, ou devrait savoir, l’influence qu’il exerce dans l’Amérique de Donald Trump. Nous le connaissions d’ailleurs déjà du temps du premier mandat de Trump, où l’on parlait beaucoup de lui, de ses idées, de ses lectures, qui inquiétaient et dérangeaient le camp progressiste, qui devait reprendre assez misérablement le pouvoir avec Joe Biden. Sans doute faut-il, avec ce genre d’article, faire la part de la caricature et des stéréotypes faciles. Nous devons néanmoins rester attentifs au basculement des hommes et des idées, radical, dans cette Amérique nouvelle. Nouvelle, au moins en apparence, et basculement lourd de conséquences pour nous, Français, à la fois bonnes et mauvaises, utiles ou fort inquiétantes. JSF

Le conseiller à la sécurité intérieure se déporte désormais sur les dossiers internationaux.
L’influent conseiller est apparu plus de 200 fois à la télévision en 2025. Depuis un an, son visage allongé et impassible, ses sourires narquois, son assurance insolente sont devenus le symbole de la politique migratoire radicale de l’Administration républicaine. On le savait investi, à la tête d’une équipe de plus de 40 personnes, des questions de politiques intérieures. Mais depuis quelques jours, Stephen Miller s’est aussi positionné sur les épineuses questions internationales.
Dans l’ombre du président américain lors des pourparlers pour la paix sur l’Ukraine à Mar-a-Lago le 28 décembre, le chef de cabinet adjoint s’est surtout distingué après la capture de Nicolas Maduro au Venezuela. « Nous sommes une superpuissance et, sous la présidence de Trump, nous allons nous comporter en tant que telle », a-t-il prévenu sur le plateau de CNN, deux jours après l’opération militaire américaine. « Nous vivons dans un monde, dans le monde réel, qui est gouverné par la force, qui est gouverné par le pouvoir », a ajouté Miller, s’adressant au présentateur. « Ce sont les lois d’airain du monde depuis la nuit des temps. »
Quelques instants avant, sa femme, une podcasteuse en vue de la magasphère, postait sur les réseaux sociaux une carte du Groenland recouverte du drapeau américain, jetant de l’huile sur le feu avec les partenaires européens des États-Unis. « Personne ne va combattre militairement les États-Unis pour l’avenir du Groenland », lance le quadragénaire, provocateur. Ses propos, prononcés contre la région autonome du Danemark, pays membre de l’Otan, ont suscité de la perplexité jusque dans son propre camp. Le sénateur républicain de Caroline du Nord Thom Tillis les a qualifiés d’« absurdes ». « Soit (il) se spécialise dans un domaine où il sait de quoi il parle, soit il quitte son poste. »
Stephen Miller n’a pas tenté d’expliquer les raisons qui poussent l’Amérique à changer de ton dans le nouvel ordre mondial. Il n’a pas disserté sur la nouvelle stratégie de sécurité nationale publiée par la Maison-Blanche début décembre. Il a simplement rappelé la vision du monde trumpiste, qu’il contribue à façonner et la sienne, faite de rapports de force. « On le présente souvent comme un idéologue… il est incroyablement pragmatique », veut croire le sénateur républicain Jim Banks.
Si Miller a gagné la confiance absolue de Donald Trump – le président « s’est déjà plaint de tout le monde, sauf de lui », selon Kevin McCarty, l’ancien président de la Chambre des représentants -, c’est d’abord grâce à son efficacité à traduire les décisions présidentielles les plus radicales en politique sur tous les fronts. Chaque jour, il commande aux principales agences fédérales. Il a piloté l’offensive de la Maison-Blanche contre des universités américaines jugées déviantes. Il a convaincu le Congrès d’adopter un budget de 150 milliards de dollars pour la sécurité intérieure.
Il a remis au goût du jour l’Alien Enemy Act de 1798 (loi sur les ennemis étrangers), permettant de détenir et d’expulser des citoyens de nations ennemies sans audience préalable. Le magazine The Atlantic raconte, dans une anecdote révélatrice, que Trump s’est plaint un jour des tentes de sans-abri qui s’entassaient devant le ministère des Affaires étrangères. Un murmure du président à son conseiller a suffi. Quelques heures plus tard, tous les campements avaient disparu.
Miller est le bras armé du président, à moins que ce ne soit l’inverse. Issu d’une famille d’immigrés juifs, il a forgé ses convictions dogmatiques dès son lycée en Californie, en luttant selon ses mots, « contre l’endoctrinement d’extrême gauche ». Il fait ses armes à la lecture de Guns, Crime and Freedom, écrit par le vice-président de la NRA, Wayne LaPierre en 1994, ou du Camp des saints, roman populaire dans les milieux conservateurs américains de l’écrivain français Jean Raspail, qui décrit la submersion de la civilisation occidentale par l’immigration venue du tiers-monde.
Après l’université, il travaille à la Chambre des représentants puis au Sénat. Dès l’été 2015, il rejoint l’équipe de campagne de Trump, encore boudé par l’establishment républicain. Pour lui, le milliardaire est « l’antidote à la corruption, aux échecs, aux manigances sinistres de notre classe dirigeante défaillante ». Stephen Miller intègre rapidement le cercle restreint du candidat puis du président. Il sert comme plume et fait promettre à Trump, lors de son investiture, l’« éradication complète de l’islamisme radical de la surface de la Terre ».
À la Maison-Blanche, il déniche dans les méandres de la bureaucratie administrative, des ressources ou des outils pour agir. Il est l’auteur du décret très controversé suspendant l’entrée aux États-Unis de ressortissants de six pays à majorité musulmane. Et pousse pour la « tolerance zero policy » qui suppose la séparation des familles de migrants à la frontière mexicaine, mesure qui a suscité un tollé avant que l’Administration Trump ne fasse marche arrière. Cent élus démocrates appellent à sa démission en 2019, l’accusant de suprémacisme blanc.
Après la défaite de 2020, Trump et Miller s’appellent presque tous les jours, « discutant de ce à quoi pourrait ressembler un second mandat, avant même que beaucoup d’entre nous n’envisagent cette possibilité », a aussi dit Jim Banks. Pour Miller, une partie des conservateurs a une « crainte viscérale de gagner » alors que, dit-il, « l’histoire est faite par les vainqueurs et Trump est un vainqueur ». Mais surtout, l’éminence grise conçoit son rôle comme celui d’un soldat en temps de guerre. « Nous triompherons des forces du mal », a-t-il martelé imperturbable après l’assassinat de Charlie Kirk, lors de l’hommage rendu en Arizona dans un stade comble. Il oppose volontiers, dans cette rhétorique, le peuple « noble et vertueux » à l’« organisation extrémiste » du Parti démocrate.
Ses adversaires le honnissent. Mais les caricatures d’architecte du diable, de nazi ou de Voldemort, que l’on retrouve dans les manifestations ou sur les murs de la capitale, semblent être pour lui des titres de gloire. Désormais porte-voix de la politique néo-impérialiste de Trump, Miller est plus que jamais le « premier ministre de la Maison-Blanche », selon les termes de Steve Bannon.o ■ o MAYEUL ALDEBERT
Des archives de JSF, on pourra exhumer cet article de 2017 :
Un « maurrassien » d’Outre-Atlantique qui n’est pas le premier venu











