
Par Aristide Ankou.
« …Mais, comme tout cela est une comédie, il est possible à ceux qui ne veulent pas les voir d’ignorer ces insinuations et de rire en toute correction politique ; tandis qu’il est possible à ceux qui les perçoivent de se moquer avec OSS117 du politiquement correct sur lequel celui-ci s’assoit si ostensiblement. »

Ce qui, à mon avis, fait l’essentiel de la saveur de la trilogie OSS117, c’est l’ambiguïté avec laquelle est présenté le personnage principal.
Le rire naît bien sûr, principalement, des énormités proférées par le célèbre espion français. OSS117 est, à première vue, un être intellectuellement borné et très content de lui-même (cela va souvent de pair), qui enfile les clichés comme d’autres les perles, en toute innocence et bonne conscience.
Mais il se trouve, et ce n’est nullement un hasard, que la plupart de ces clichés portent sur des sujets aujourd’hui plus explosifs que la nitroglycérine : les différences hommes/femmes, les différences raciales, l’inégalité des civilisations (et la supériorité de la civilisation occidentale), le chauvinisme décomplexé, les rapports avec les peuples anciennement « colonisés », etc.
De sorte que la seule manière de déclarer, par exemple : « l’égalité ? On en reparlera lorsqu’il faudra porter quelque chose de lourd » sans risquer la mort sociale, c’est d’attribuer ces propos à un personnage de fiction qui est manifestement un crétin.
Il est alors permis d’en rire, car il est entendu qu’en riant, on se moque de celui qui profère de telles stupidités.
Seulement, tout crétin qu’il soit, Hubert Bonnisseur de la Bath parvient immanquablement à ses fins : il réussit ses missions, ou du moins il les réussit suffisamment pour que ses employeurs soient contents de lui et que rien ne vienne ébranler son contentement de lui-même.
Ce que nous montrent les trois films, c’est donc qu’OSS117, ce sexiste franchouillard raciste et condescendant (entre autres), n’est jamais puni pour son sexisme, sa franchouillardise, son racisme, sa condescendance, et ainsi de suite. Bien au contraire.
Ce qui insinue l’idée que, peut-être, ces opinions dont le comique naît de leur absurdité supposée ne sont pas si absurdes que cela, pas si en contradiction avec la réalité que nous le supposons.
D’autant plus que, invariablement, Hubert finit par séduire la gironde partenaire que le scénario lui assigne à chaque fois et qui est, durant tout le film, l’objet d’un grand nombre de ces remarques condescendantes qui font tant rire le spectateur.
Ces partenaires commencent par être offensées par son sexisme, ses préjugés, etc., avant de lui tomber dans les bras. Ce qui insinue l’idée que, peut-être, le sexisme est sexy aux yeux d’une femme, même si jamais elle ne l’avouera.
Mais, comme tout cela est une comédie, il est possible à ceux qui ne veulent pas les voir d’ignorer ces insinuations et de rire en toute correction politique ; tandis qu’il est possible à ceux qui les perçoivent de se moquer avec OSS117 du politiquement correct sur lequel celui-ci s’assoit si ostensiblement (et peut-être aussi de rire sous cape de ceux qui croient que le film est une dénonciation du « beauf » alors qu’il est en réalité une justification de celui-ci).
Si l’on me demande si, à mon avis, cette ambiguïté est volontaire, je répondrais oui, sans hésitation, ce qui implique que les scénaristes se situent en définitive du côté de la deuxième catégorie de spectateurs, même si, comme les femmes qui trouvent le sexisme sexy, jamais ils ne l’avoueront.o ■o ARISTIDE ANKOU
* Précédemment paru sur la riche page Facebook de l’auteur, (le 17.1. 2026).
Aristide Ankou












