
Par Aristide Ankou.
« … toute augmentation des droits des individus se paie par une augmentation des devoirs de ces mêmes individus et, plus souvent qu’à son tour, par une augmentation des droits de la puissance publique vis-à-vis de tous. »

Ce jeudi, Clémence Guetté, députée LFI, va déposer à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à « accorder de nouveaux droits » à l’amitié.
Par exemple en créant un nouveau statut juridique, celui de « partenaire social », statut qui, bien évidemment, serait lié à un certain nombre de droits, en matière de succession (testament facilité, fiscalité alignée sur la ligne directe) ; en matière de congés payés : vous pourriez prendre un congé de deuil si votre ami, pardon votre « partenaire social », venait à mourir, et ainsi de suite.
Le but tout à fait transparent de cette proposition de loi est de dévaloriser un peu plus les liens familiaux – ces liens qui découlent de la différence des sexes et que l’on appelait autrefois, de manière métaphorique mais très parlante, les liens du sang – au profit des relations choisies. Bref, de dévaloriser la nature pour exalter la volonté de l’individu.
Tout ceci est parfaitement cohérent avec le communisme à peine déguisé de LFI (j’allais écrire : à peine voilé, sauf que, précisément, LFI, c’est le communisme plus le voile islamique, mais passons) et n’appelle donc que peu de commentaires.

Mais ce qui m’intéresse en l’occurrence, c’est la manière dont dame Guetté répond à ceux qui critiquent son initiative : « Pour moi, tout ce qui permet d’obtenir plus de droits est bon à prendre », explique-t-elle bêotement.
C’est là en effet le piège habituel, l’appât destiné à faire avaler l’hameçon fatal aux petits poissons démocratiques que nous sommes. Car le langage du droit, ou plutôt des droits, a un effet proprement magique sur nous : l’homme, pensons-nous, est l’être qui a des droits et, par conséquent, plus l’ordre social lui reconnaît de droits, meilleur est cet ordre. Il ne peut jamais y avoir trop de droits. Donc, en effet, « tout ce qui permet d’obtenir plus de droits est bon à prendre ».
Sauf que… nous négligeons ce petit fait incommode : derrière tout droit, il y a inévitablement un devoir, droits et devoirs ayant le même rapport que le convexe et le concave ou que l’avers et le revers d’une médaille.
C’est d’ailleurs la seule et unique raison pour laquelle nous proclamons publiquement des droits : pour rappeler leurs devoirs à certaines catégories de nos semblables.
Si, par exemple, nous affirmons que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi », cela signifie que, tous autant que nous sommes, nous avons un devoir : celui de laisser nos voisins parler, écrire, imprimer librement, sans chercher à les faire taire, sans réagir autrement que par la parole libre à leur parole libre. Chose très difficile lorsque nous estimons que lesdits voisins propagent des opinions dangereuses, offensantes, pernicieuses, stupides, etc., ce qui, par la nature des choses, doit inévitablement nous arriver souvent.
De même, les pouvoirs publics ont un devoir : protéger ceux qui exercent leur droit à la libre communication des opinions contre ceux qui voudraient les faire taire, et également le devoir de ne réprimer que les abus manifestes de cette liberté, bref de définir légalement les « abus » d’une manière qui soit cohérente avec l’affirmation initiale selon laquelle la libre communication des opinions est « un des droits les plus précieux de l’homme ».
De même, si nous affirmons le droit à un « enseignement primaire gratuit », cela signifie que les pouvoirs publics se trouvent à l’instant chargés d’un nouveau devoir : celui de bâtir suffisamment d’écoles et d’embaucher suffisamment d’instituteurs pour que tous les enfants de France et de Navarre puissent avoir accès audit enseignement. Cela impliquera nécessairement, toutes choses égales par ailleurs, d’augmenter les impôts, et donc de rogner – un peu ou beaucoup – le droit de propriété d’un grand nombre de gens. Cela finira aussi, presque à coup sûr, par générer pour les parents un devoir nouveau : celui de confier leurs enfants aux bons soins des instituteurs de la République.
On pourrait multiplier les exemples à l’infini.
La conclusion de ce rappel élémentaire est que toute augmentation des droits des individus se paie par une augmentation des devoirs de ces mêmes individus et, plus souvent qu’à son tour, par une augmentation des droits de la puissance publique vis-à-vis de tous.
En somme, plus l’État nous octroie de droits et moins nous avons de libertés. La conséquence est fatale.
Petit poisson, petit poisson, prends garde à ne pas te jeter goulûment sur les droits nouveaux qu’on agite sous ton nez si tu ne veux pas te retrouver le ventre ouvert, prêt à déguster, sur l’étal du Grand Poissonnier. o ■o ARISTIDE ANKOU
* Précédemment paru sur la riche page Facebook de l’auteur, (le 28.1. 2026).
Aristide Ankou












