

Cette prise de position significative nous paraît typique de la politique allemande, qui a au moins cette qualité : son réalisme de fond, évidemment nourri par un sens aigu et pragmatique de ses intérêts, rarement en défaut, qu’elle défend sans souci de trop de limites. À cet égard, on aimerait lui ressembler, sans que les dirigeants de notre République en aient la volonté ni les moyens, une fois épuisés les éléments de puissance dont pourrait jouir notre pays. C’est ainsi que, pour un faisceau de raisons géostratégiques et d’intérêt propre à l’Allemagne, Merz vient de rejeter l’entrée de l’Ukraine dans l’U.E., la renvoyant à plus tard — ce qui veut sans doute dire à jamais, ou du moins à très long terme. Faut-il l’en féliciter ? En un sens, oui, car il met ainsi fin à des illusions ukrainiennes et européistes, au premier rang desquelles celles d’Emmanuel Macron, qui auraient coûté très cher à tout le monde. C’est le site de référence Toute l’Europe qui en a, nous semble-t-il, parlé parmi les rares premiers à avoir relayé l’information. o Je suis Français

Publié le 29.01.2026 Florian Chaaban.
Le chancelier allemand a déclaré le 28 janvier qu’il jugeait « impossible » d’accueillir l’Ukraine dans l’Union à cette date, tout en plaidant pour un rapprochement progressif de Kiev avec les Vingt-Sept. Berlin met désormais l’accent sur les réformes et les négociations de paix avec Moscou.
C’est ce qui s’appelle opposer un refus clair et net. Après des discussions entre les dirigeants du SPD (Parti social-démocrate) et de la CDU (Union chrétienne-démocrate), Friedrich Merz a indiqué le 28 janvier qu’il ne voyait pour l’heure aucune possibilité pour l’Ukraine d’adhérer à l’UE en 2027.
« Une adhésion au 1er janvier 2027 est exclue. Ce n’est pas possible« , a déclaré le chancelier allemand, précisant qu’il était toutefois important d’offrir à Kiev une perspective lui ouvrant la voie vers l’UE. « Nous pouvons progressivement rapprocher l’Ukraine de l’Union européenne. C’est toujours possible, mais une adhésion aussi rapide n’est tout simplement pas envisageable« . La veille, le chef de l’État ukrainien, Volodymyr Zelensky, avait exprimé son souhait de voir son pays adhérer à l’Union européenne dès cette date.
Ancienne république de l’Union soviétique, l’Ukraine s’est peu à peu tournée vers l’Union européenne après l’effondrement de l’URSS en 1991. L’offensive lancée par l’armée de Vladimir Poutine en février 2022 – qui aurait déjà fait près de 2 millions de victimes en quatre ans – a ensuite accéléré le processus en vue d’une possible adhésion du pays à l’UE.
Objectif ambitieux
Après un avis positif de la Commission européenne, le Conseil européen a validé à son tour la candidature ukrainienne le 23 juin 2022. Les États membres ont ensuite annoncé officiellement l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Ukraine le 14 décembre 2023, avant la première conférence d’adhésion de l’Ukraine entre ministres européens et ukrainiens, en juin 2024.
Dans un rapport publié le 4 novembre 2025, la Commission européenne rappelait que « le gouvernement ukrainien a signalé son objectif de clôturer provisoirement les négociations d’adhésion d’ici la fin de 2028« . L’exécutif européen juge que cet « objectif ambitieux » nécessitera « une accélération du rythme des réformes […], notamment en ce qui concerne les fondamentaux, en particulier l’état de droit« .
Depuis, aucun chapitre de négociation n’a pu être ouvert en raison du veto systématique de la Hongrie, qui bloque l’unanimité requise des États membres. Malgré cela, un plan d’action en 10 points a été convenu en décembre 2025 entre l’UE et Kiev pour poursuivre les réformes techniques (état de droit, lutte anticorruption, justice).
Respect des critères de Copenhague
Comme le relaie l’agence de presse DPA, Friedrich Merz a tenu à rappeler que tout pays souhaitant adhérer à l’UE doit d’abord satisfaire aux critères de Copenhague, un processus qui prend généralement plusieurs années.
Au nombre de quatre, ces critères stipulent que le pays candidat doit disposer d’institutions démocratiques stables, d’une économie de marché solide et être capable d’appliquer l’ensemble des règles et politiques de l’Union européenne. Ils exigent aussi que l’UE puisse intégrer ce nouveau membre sans compromettre son fonctionnement, ses politiques communes ni son équilibre institutionnel.
Les négociations de paix comme priorité
Selon le Stuttgarter Zeitung, le chancelier allemand a également évoqué l’état des négociations de paix visant à mettre un terme à la guerre avec la Russie. Un plan de paix jugé essentiel, mais qui peine à avancer.
« Nous sommes en contact très étroit avec les délégations américaine et ukrainienne. Nous avons également rédigé les documents ensemble, et il [serait] bon qu’il y ait désormais surtout des échanges directs entre l’Ukraine et la partie russe« , a-t-il confié, précisant que l’Allemagne accompagnait ces discussions avec « beaucoup d’espoir qu’elles puissent aboutir bientôt à une conclusion« . o ■











