
Cet état des lieux selon la DGSI et la DGSE – services d’un sérieux incontestable – est paru ce matin dans Le Figaro de ce 6 février. Essentiellement informatif, naturellement bien informé, il nous paraît intéressant de le lire, le faire lire. Notamment à ceux qui, pendant des années, se sont employés, contre l’intérêt national et contre le sentiment populaire le plus instinctif, à minimiser l’importance du phénomène et sa dangerosité pour la substance, la source française. On n’échappe pas aux faits, au Réel, en politique ! o Je Suis Français
Par Jean Chichizola.

Entendus lors d’une récente commission d’enquête, les responsables des services ont souligné l’influence de l’idéologie islamiste sous toutes ses formes et le risque qu’elle fait courir à la démocratie.
Un coup de projecteur sur l’islamisme à la française. C’est ce qu’offre le site de l’Assemblée nationale reprenant les auditions, fin 2025, devant la commission d’enquête « sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ».
Le tableau, dressé par des responsables du renseignement et quelques autres hauts fonctionnaires au fait de la question islamiste, est à la fois attendu et préoccupant. Tout particulièrement dans certains secteurs géographiques. Ainsi, dans les Hauts-de-Seine, sur trente-quatre lieux de culte musulman recensés, un tiers est sous surveillance. Parce que leurs responsables sont connus pour islamisme ou en raison d’une gouvernance instable pouvant les exposer à une prise de contrôle islamiste. Concernant le département voisin de Seine-Saint-Denis, il est précisé qu’il y existe « une présence ancienne et avérée de la mouvance islamiste, notamment frériste » avec des écosystèmes particulièrement à La Courneuve avec le siège de Musulmans de France et la représentation du Conseil des musulmans d’Europe, instance de lobbying des Frères musulmans auprès de Bruxelles. Mais aussi avec l’implantation à Saint-Denis de l’un des six Instituts européens des sciences humaines (IESH).
Dans le Nord, « se trouve un écosystème très abouti autour de la grande mosquée de Lille mais aussi du lycée Averroès et du Centre islamique de Villeneuve-d’Ascq ». Une trentaine de personnes sont à la tête de cet écosystème, dont certaines ont été élues à des fonctions municipales, notamment dans l’arrondissement de Valenciennes.
Concernant Lyon et le Rhône, il est précisé que « la pression islamique séparatiste des Frères musulmans est très forte » avec l’influence du Centre islamique de Genève, fondé en 1961 par Saïd Ramadan. Un centre notamment en connexion avec le centre Tawhid de Lyon et le centre interculturel de Décines-Charpieu, regroupant une mosquée, une école, un centre de formation et le complexe al-Kindi. Au total, on compterait huit lieux de culte et une cinquantaine d’associations proches de la mouvance dans des domaines aussi variés que la formation religieuse, l’insertion socioprofessionnelle, la protection des consommateurs ou la lutte contre l’islamophobie. Au-delà des fréristes, le secteur ne compterait pas moins de 5 000 affiliés au salafisme, soit l’équivalent du nombre de salafistes que les RG repéraient en 2004 au niveau national. Sans oublier « l’importance des courants de l’islamisme turc » avec onze lieux de culte. Et les tablighis, mouvement fondamentaliste missionnaire d’origine indienne.

Enfin à Marseille, on observe dans certains quartiers, une vision plus rigoriste de l’islam, avec le port du voile, la non-mixité et le rejet des fêtes autres que musulmanes. Ainsi qu’une montée du salafisme, « un quart des mosquées de Marseille, c’est-à-dire seize d’entre elles » étant « d’obédience salafiste ». Deux écosystèmes islamistes se distinguent dans la Cité phocéenne : frériste avec le Centre musulman de Marseille et salafiste, autour de la mosquée des Bleuets. (Photo).
À Grenoble, « l’affaire du burkini » a été révélatrice d’un « entrisme, dans lequel des activistes qui défendent un agenda communautariste s’engagent dans une association de droit commun ». Fondée en 2010-2012, l’association à l’origine de l’affaire se concentrait au départ non sur des questions communautaristes mais sur des thèmes pratiques et sociaux comme l’accès aux aides, la réparation des ascenseurs… Puis les membres et les objectifs ont évolué avec la création d’une commission des femmes musulmanes exigeant le port du voile dans les services publics et le port du burkini à la piscine.
Les services de renseignements connaissent bien cette réalité islamiste et la suivent depuis longtemps. À Paris et en petite couronne, la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris, héritière des RGPP, suit depuis des décennies ces structures. La DRPP constate « la création d’écosystèmes séparatistes, essentiellement fréristes » avec le développement « autour des lieux de culte fondamentalistes, des associations communautaires de toute nature – écoles coraniques, lieux de formation pour adultes, aide à la recherche d’emploi, occupations périscolaires, associations caritatives, etc. – visant à encadrer, selon le respect des préceptes islamiques, tous les aspects de la vie de la population musulmane qui s’y trouve ». Un risque de voir se « déployer une emprise islamiste sur un quartier et de développer ainsi des stratégies d’influence ou d’entrisme dans des collectivités locales ».
Côté DGSE, on constate que « s’il y a bien une menace qui interagit et se diffuse sur le territoire national, c’est celle qui est constituée par la sphère frériste et la mouvance ou la confrérie – notion qui renvoie à des structures, à des organisations – des Frères musulmans ». Avec « l’Organisation internationale des Frères musulmans dont la structure faîtière, en Égypte, a été très affaiblie » et « une structure en Europe, dont les ramifications essentielles se trouvent en Turquie, le Conseil des musulmans d’Europe (CEM) ». Avec « une organisation hiérarchisée qui théorise une influence et diffuse la pensée frériste en Europe à différents niveaux – éducatif, cultuel avec des ramifications en France, en Allemagne, en Belgique et en Italie » et pratique « un entrisme politique, à la fois au niveau national mais surtout au niveau communautaire » avec « une capacité à peser à Bruxelles, via notamment la Femyso (Forum des organisations européennes musulmanes de jeunes et d’étudiants) ». La DGSE note également qu’un « certain nombre de cadres du CEM sont français et font des allers-retours réguliers entre la Turquie, l’Allemagne et la France pour faire vivre cette organisation ». Pour la sécurité extérieure, le frérisme nuit « de manière plus pernicieuse et plus discrète à la cohésion nationale et menace nos valeurs ».
Sur le plan national, le renseignement territorial et la sécurité intérieure partagent ce constat. À la Direction nationale du renseignement territorial, au rôle clé dans la lutte contre le séparatisme et l’entrisme islamistes, on constate que « sous toutes ses formes, l’idéologie islamiste et sa mise en œuvre constituent une menace majeure pour la sécurité et la cohésion nationales ». À l’école, le RT relève « des remises en cause croissantes par des élèves ou des parents d’élèves se revendiquant d’un islamisme séparatiste » avec « des atteintes aux principes de laïcité et de neutralité(qui)comprennent par exemple le port de signes ou de tenues ostensiblement religieux, la perturbation de cours intéressant de près ou de loin la morale islamique – cours de sciences et vie de la terre, de philosophie, d’histoire – voire leur boycott à certaines périodes de fêtes religieuses – cours de dessin, de musique, de sport, de natation ». Des « pics d’atteintes à la laïcité » sont constatés « à certains moments de l’actualité » ou « à l’occasion de commémorations des attentats contre les professeurs Samuel Paty et Dominique Bernard ». Dans le milieu médical, « il existe une association assez forte, qui recrute pas mal et qui propose que les femmes musulmanes ne soient vues que par des infirmières et des médecins femmes ».
Par ailleurs, pour le RT, il ne fait pas de doute que « les Frères musulmans ont l’ambition de faire évoluer la France, à terme, vers une société où s’appliquent la charia et des normes islamiques fondamentalistes, en profitant du cadre démocratique libéral français ». Avec l’intention de placer « des individus acquis à leurs idées à des postes stratégiques » : dans la recherche, des comités d’entreprise, divers conseils d’élus « non seulement ceux des municipalités ou des départements mais aussi dans des Crous (centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires) ou ce type de structures ».
Au-delà des domaines de l’enseignement, de la santé, du milieu scolaire et de la vie publique, le renseignement territorial recueille aussi des témoignages de chefs d’entreprise qui « ne peuvent pas placer une femme cadre à la tête de certaines structures parce que les salariés musulmans invoquent les règles de leur religion » ou qui voient « des femmes qui disent qu’elles ne peuvent plus exercer leur mission et demandent qu’on les change de poste ». « Dans le milieu des transports », des hommes « ne veulent pas prendre le volant d’un bus parce qu’une femme l’a conduit avant eux ». Pour le RT, il est temps de « passer à une vitesse supérieure, car la menace s’est développée ».
Même constat et même préoccupation à la DGSI où l’on souligne que l’islamisme, du djihadisme au frérisme, partage des « fondamentaux comme l’instauration d’un califat et de la charia ». Mais la confrérie des Frères musulmans et le frérisme « dissimulent leur stratégie ». D’où « un vrai enjeu de sensibilisation du grand public et des décideurs, donc des élus » et la nécessité de « trouver des leviers » contre « une idéologie politique qui vise à s’installer sans recourir à la violence, mais qui n’en porte pas moins atteinte aux principes républicains fondamentaux que sont la laïcité, la liberté de choisir son culte ou de ne pas en avoir, ou encore l’égalité entre les hommes et les femmes ». o ■ J. C.











