
« Contre la gauche, il faut empêcher que le droit de vote soit réduit à un formalisme administratif : être citoyen français doit correspondre le fruit d’une lignée, d’une histoire d’un engagement envers la Nation. Et contre le centrisme, il faut lutter contre l’utopie fédéraliste et la venue d’un futur citoyen européen. »
Par Rodolphe Cart.
Nos plus jeunes lecteurs – mais pas seulement eux – connaissent bien Rodolphe Cart. Il est bon de le connaître mieux encore. De jeunes générations nationalistes sont nécessaires à la France d’aujourd’hui et le seront, plus encore, à celle de demain. Cet article est paru le 10.2. o JSF
TRIBUNE. Cela fait des décennies que la gauche et le centre disqualifient le « national ». Les premiers le font au nom de l’internationalisme, les seconds au nom de l’européisme. Mais une enquête récente montre que les choses changent dans la jeunesse, souligne l’essayiste Rodolphe Cart.

Une récente enquête de Destin Commun nous donne les chiffres suivants : 78 % des Français se disent fiers d’être français, mais seuls 32 % sont nationalistes. Un taux qui monte jusqu’à 50 % chez les jeunes hommes. Lorsqu’un pays traverse une période de crise, l’ensemble des problématiques qu’ils rencontrent sont souvent liées. Trois actualités le démontrent : la révélation par le Congrès américain des ingérences commises par l’Union européenne (UE), la défiance croissante des Français pour cette organisation et le texte sur le vote des étrangers.
Dans les trois cas, le « nationalisme » est mis en cause. À la fois comme facteur d’empêchement du projet européen ou comme volonté de conserver une priorité aux seuls Français. On sait que la droite court après un mythe politique pour se rassembler. Mêlant à la fois la question de la souveraineté et de l’identité, le nationalisme est peut-être la clé de cette union.
La priorité nationale en tout
Il est faux de considérer que seule la République a le monopole de l’idée de nation. Évidemment, les Républicains rappelleront que c’est au cri de « Vive la Nation ! » que le général Kellermann harangua ses troupes – ces mêmes Républicains qui omettent souvent que c’était pour repousser une invasion étrangère. Ce fut en tout cas l’argument du député La France insoumise Antoine Léaument, lors de l’adoption de cette loi pour le droit de vote des étrangers aux élections municipales.
Or, qui se battrait aujourd’hui pour la « Nation » comme les soldats de l’an II ? Une autre enquête Ifop pour ELLE de février 2026 concernant les adolescents de 15 à 17 ans nous donne une réponse. Premier enseignement : la jeunesse tend à pencher plus à droite que dans le passé. Aujourd’hui, 56 % des adolescents se situent désormais à droite contre 44 % à gauche. Une autre donnée est intéressante sur le « sacrifice ultime en cas d’invasion du pays » : seuls 13 % des jeunes musulmans et 5 % des sympathisants d’extrême gauche seraient prêts à mourir pour la France, contre 38 % des jeunes catholiques et plus de 30 % des sympathisants de droite.
Pour revenir sur la question du vote des étrangers, le raisonnement de la gauche est utilitaire : ils invoquent l’intégration par la participation civique, la reconnaissance de populations qui vivraient, travailleraient et paieraient des impôts en France sans pouvoir peser sur les décisions locales qui structurent leur quotidien. Pourtant, tout contrat social repose sur la distinction entre le citoyen et le non-citoyen. C’est la discrimination fondamentale qui forme une communauté politique. Si on octroie les mêmes droits sans contrepartie à des citoyens d’une autre entité politique, on détruit la communauté politique dont fait partie le citoyen et surtout ses devoirs envers elle. Ici, le mythe nationaliste porte un aspect identitaire d’appartenance ou non à la nation française.
L’adversaire, c’est l’européiste
Un autre sondage publié dans l’Eurobaromètre confirme la défiance croissante des Français à l’égard de l’UE. Cette tendance s’est accentuée avec l’accord Mercosur, notamment avec un soupçon de favoritisme allemand au détriment des intérêts agricoles français. Dans ce sondage, la France compte parmi les plus sévères avec 29 % d’opinion négative de l’UE, un score en hausse par rapport au printemps dernier (25 %).
Les conceptions du « citoyen » entre un nationaliste, un européiste et un homme de gauche sont aux antipodes
Cette méfiance à l’égard de l’UE vient de loin. Déjà dans les années 1970, Raymond Aron jugeait qu’« il n’existe pas de citoyens européens, mais que des citoyens allemands, français ou italiens ». En 1992, le Traité de Maastricht n’a été approuvé par référendum que de justesse, et, en 2005, les Français rejettent le projet de Traité constitutionnel. L’idéal visant à faire de l’Europe une France en plus grand, avec comme capitale Paris, ne fait plus rêver personne à part nos élites. Plus grave, notre influence ne cesse de baisser. Économiquement, la France a dû céder devant le Mercosur ; géopolitiquement, l’Allemagne et l’Italie se sont rapprochées ; militairement, les pays européens ont choisi la protection américaine ; culturellement, l’Europe est devenue anglo-saxonne avec l’anglais comme lingua franca.
On le sait, c’est l’ennemi qui vous désigne. Et sur ce sujet, la fraction républicaine de la Chambre des représentants des États-Unis du Congrès a sorti les « EU Censorship Files ». Nous avons maintenant la preuve que l’UE est intervenue dans au moins 8 élections européennes en rencontrant des plateformes de médias sociaux pour les inciter à censurer les discours politiques. On retrouve comme type de discours politique censurés les contenus populistes, antigouvernemental/anti-UE, anti-élites, anti-migrants et islamophobe, anti-LGBTQI. Dans ce cas présent, le mythe nationaliste pose la question de la souveraineté.
Revendiquer la nation
Les conceptions du « citoyen » entre un nationaliste, un européiste et un homme de gauche sont aux antipodes. Contre la gauche, il faut empêcher que le droit de vote soit réduit à un formalisme administratif : être citoyen français doit correspondre le fruit d’une lignée, d’une histoire d’un engagement envers la Nation. Et contre le centrisme, il faut lutter contre l’utopie fédéraliste et la venue d’un futur citoyen européen.
Charles Péguy nous a prouvé que patriotisme et nationalisme ne se séparent pas
Comme Charles Péguy – qui mourra glorieusement à l’assaut de l’ennemi, lors de la Première Guerre mondiale –, il faut refuser de séparer patriotisme et nationalisme. Même s’il est vrai que les deux notions peuvent s’opposer – le patriotisme comme ancienne vertu et le nationalisme comme concept moderne –, Péguy nous a prouvé que ces deux concepts marchaient à la jonction du temporel (nationalisme laïc) et du spirituel (patriotisme traditionnel).
Écrivain nationaliste, Maurice Barrès nous a bien appris une chose : c’est l’appartenance organique à une famille, à une tradition, et à une patrie qui forment ces liens entre les morts, les vivants et ceux à naître. Si le peuple perd ce « sens de la communauté » à cause de l’invasion migratoire ou du développement d’une oligarchie xénolâtre, alors le nationalisme, comme art pour un peuple de lutter contre toutes les forces de désagrégation, doit être le sentiment de chaque membre du camp national. o ■ o ANTOINE FENECH












