
Une chronique qui se veut ironique – et qui l’est vraiment, fourmillant d’idées saugrenues et drôles. Parfois désopilantes. Moment de détente rafraîchissant dans le contexte politique sous tension. Une ironie parfois fondée sur des poncifs ou des options politiques sous-jacentes qui ne sont pas les nôtres, ou même y sont contraires. Même en un tel cas, Samuel Fitoussi rend compte de la situation avec esprit et intelligence des circonstances. Le lecteur de JSF en fera la critique si bon lui semble.
Par Samuel Fitoussi.
À propos de ces chroniques du Figaro, Christophe Boutin a écrit : « Fitoussi est toujours aussi bon. Mais là, c’est un vrai régal… Et le pire est qu’il n’est sans doute pas loin de la réalité ». Avis partagé. Cet article est paru le 10 février. JSF

CHRONIQUE – Une semaine sur deux, notre chroniqueur pose son regard ironique sur l’actualité. Aujourd’hui, il imagine un débat entre tous les candidats de la gauche plurielle à la présidentielle.
20 h 30. Le débat s’apprête à commencer. Le 11e arrondissement de Paris s’est figé dans le silence, le quartier retient son souffle devant sa télévision. Le moment est historique. Sur le plateau, quelques drapeaux palestiniens ondulent dans le public ; l’ambiance est chaleureuse, l’union de la gauche enfièvre. Avant de débuter, chacun des candidats va embrasser la main de Gabriel Zucman en signe d’allégeance. Tout d’un coup, la panique s’empare des candidats : 54 % des débatteurs sont des hommes. Pour atteindre la parité, on demande à deux femmes dans le public de participer.
21 h 15. Sur la laïcité, deux lignes s’affrontent. D’un côté, la ligne de la laïcité rigoureuse (quelques églises pourront rester ouvertes), et de l’autre, la ligne de la laïcité ouverte (elles devront toutes fermer afin d’être transformées en mosquées ou en centre d’accueil pour réfugiés). Jérôme Guedj, qui défend la première, est accusé par Christiane Taubira de faire le jeu du RN ; il présente ses excuses.
21 h 30. Sandrine Rousseau propose la gratuité des transitions de genre pour les animaux domestiques.
22 h 00. On passe aux sujets économiques. Là encore, deux lignes s’affrontent. La ligne libérale de Raphaël Glucksmann, qui prévoit de laisser ouvertes quelques entreprises privées (afin de pouvoir les taxer davantage que dans toute l’histoire de l’humanité) et la ligne sociale de François Ruffin, qui prévoit de toutes les nationaliser et de mettre leurs dirigeants en prison (puisque de toute façon, ce sont des gens qui pratiquent l’évasion fiscale). Finissons-en avec le capitalisme, renchérit Fabien Roussel, et mettons en place l’un des nombreux autres systèmes économiques qui ont fait leurs preuves partout dans le monde. Les riches, explique Lucie Castets, détiennent une partie disproportionnée de la richesse nationale et privent ainsi les classes populaires de ressources. C’est pourquoi l’on vit généralement beaucoup mieux dans les pays où il n’y a pas de riches.
22 h 00. Anne Hidalgo (dissidente PS) propose d’offrir à chaque Français un logement social à la naissance (un « coup de pouce pouvoir d’achat », cumulable avec le chèque énergie et le bonus réparation textile). La proposition indigne Olivier Faure. Le PS, le vrai, dit-il, ne réintroduira pas la préférence nationale mais offrira un logement à tous ceux qui le souhaitent, sans distinction de nationalité, de genre, d’ethnie, ou d’orientation sexuelle. Attention, l’interrompt Raphaël Glucksmann. Cela pourrait inciter des Hongrois à immigrer en France. Or cette population, qui vote pour Viktor Orban, est porteuse de valeurs aux antipodes des nôtres, et pourrait imposer chez nous des idées et des mœurs rétrogrades. Oui à l’ouverture des frontières, oui à la générosité, mais non à la naïveté. Restons vigilants face à la peste brune.
22 h 00. Philippe Poutou dénonce l’extrémisme de la droite, qui souhaite limiter l’immigration et construire des prisons. Son programme à lui est raisonnable : collectivisation des moyens de production, régularisations de 38 millions de sans-papiers, retraite à 52 ans, semaine de trois jours, fermeture des prisons, dissolution des forces de l’ordre, démilitarisation et dénucléarisation du pays.
22 h 15. Gilles Bouleau interroge les candidats : comment concilier réindustrialisation et transition environnementale ? Pour une fois, tous tombent d’accord : la France doit arrêter d’importer des fruits et des légumes et subventionner la construction d’un petit potager écologique dans chaque foyer (sauf chez les gens soumis à l’ISF qui devront se débrouiller seuls ces salauds).
22 h 45. Comment répondre aux défis de l’intelligence artificielle ? Il faudra s’assurer, répond Clémentine Autain, que les agents IA qui remplacent les employés ne soient pas exemptés de charges sociales et d’impôts. Soucieuse de montrer qu’elle aussi peut avoir de la hauteur de vue sur les sujets technologiques, Ségolène Royal effectue un petit calcul sur son pupitre : si l’on considère que ChatGPT a effectué 1 % du travail des employés français depuis deux ans, OpenAI doit à l’État Français 1 000 milliards d’euros de cotisations sociales. Si elle est élue présidente, elle enverra une lettre d’huissier à Sam Altman.
23 h 30. Il se fait tard, il reste cinq minutes pour parler d’immigration. Il existe, affirme Nathalie Arthaud, un grave problème migratoire en France : les Blancs n’émigrent pas assez vers l’Afrique. Un symptôme des ravages de l’occidentalo-centrisme, du désintérêt total pour la culture d’autrui. Si elle est élue présidente, elle mettra en place une politique incitative d’émigration. Reconnaissons tout de même, suggère Raphaël Glucksmann, qu’il existe parfois un problème avec les individus arrivant en France. Non pas un problème d’immigration, bien sûr, mais de composition des flux. L’immigration québécoise en particulier pose un problème, puisqu’une fois en France, les Québécois sont surreprésentés sur CNews. S’il est élu, il mènera une politique intransigeante vis-à-vis du Québec, promet-il.o ■ o SAMUEL FITOUSSI

Samuel Fitoussi, « Pourquoi les intellectuels se trompent » aux Éditions de l’Observatoire.













Le pire c’est que c’est à peine une caricature. La gauche ferait rire si elle ne faisait pas peur.