
Cette chronique de Mathieu Bock-Côté, parue dans Le Figaro ce 21 février, nous propose une réflexion qui va bien au-delà du cas de Sarah Knafo… Elle met en lumière cette forme de sourd complot du clan mondialiste, moral et diversitaire qu’incarne le malheureux Macron, contre toute opposition, toute opinion politique, sociale ou même personnelle s’écartant des dogmes de leur religion nouvelle. Mathieu Bock-Côté n’est évidemment ni le seul ni le premier à marteler cette analyse. Son talent, sa notoriété, son audience dans les grands médias lui confèrent néanmoins une efficacité redoutable face à ceux qu’il vise et dénonce. JSF
Par Mathieu Bock-Côté.
CHRONIQUE – Entre ceux qui attribuent la dynamique électorale de Sarah Knafo à des ingérences étrangères et Emmanuel Macron qui veut condamner à l’inéligibilité les candidats reconnus coupables de propos haineux ou racistes, la persécution juridico-politique des candidats a de beaux jours devant elle.

Comment expliquer le succès d’estime et la grande visibilité sur les réseaux sociaux de la campagne à la mairie de Paris de Sarah Knafo ? Le commun des mortels, spontanément, dira qu’elle mène une bonne campagne, créative, inattendue, déstabilisante, même, et qu’elle a su capter l’attention de l’électeur qui rêve d’un renouvellement de la classe politique. Mais ce n’est pas l’avis des complotistes sophistiqués de l’extrême centre, qui s’appuient sur une étude étonnante de la firme Arago pour affirmer que sa candidature serait propulsée de l’étranger, probablement par Elon Musk, autrement dit, par les suppôts de l’internationale réactionnaire. C’est pour cela, par exemple, que ses vidéos de campagne attireraient davantage que celle de ses rivaux. Sarah Knafo serait donc, indirectement, un agent de l’étranger.
On peut rire, mais aussi s’inquiéter de la diffusion de cette rhétorique. Car assimiler une candidature française à une manœuvre étrangère consiste à se donner le droit, si les circonstances l’exigent, de la neutraliser juridiquement, selon ce qu’on appellera la jurisprudence roumaine. D’ailleurs, la rhétorique assimilant les progrès électoraux et médiatiques de la mouvance nationale, identitaire, conservatrice, à une ingérence étrangère est de plus en plus présente. L’extrême centre annonce déjà qu’une éventuelle victoire de cette mouvance à la présidentielle serait le fruit d’une intervention russe ou américaine. Il ne peut s’empêcher d’y voir la manipulation malveillante d’un peuple de moutons mal gardés.
Ce discours ne saurait être détaché des plus récentes déclarations du président de la République, radicalisées par ses principaux lieutenants, voulant condamner à l’inéligibilité ceux qui seraient reconnus coupables de propos haineux ou racistes. La manœuvre manque un peu de subtilité. On sait, depuis une quarantaine d’années, la critique de l’immigration massive a été assimilée à l’intolérance, au racisme, à la haine. Selon la formule consacrée, le racisme n’est pas une opinion, mais un délit – on passe sous silence ici l’extension de la définition du racisme, comme de la haine, d’ailleurs. Sachant que le régime diversitaire fait de l’immigrationnisme son dogme, et que s’y opposer relève du blasphème, ne cherche-t-on pas à bannir juridiquement l’opposition, à l’anéantir par le droit ?
Marquer les opposants
La transformation du dissident idéologique en délinquant ouvre un nouveau chantier pour la persécution juridico-politique. Qu’arrivera-t-il à celui qui aura soutenu la thèse de l’incompatibilité entre certaines civilisations et la France ? Qu’en sera-t-il de celui rappelant que telle culture prédispose à la violence contre les femmes, ou contre un autre, qui soutiendra que toutes les cultures ne favorisent pas autant la réussite individuelle et que toutes les inégalités statistiques ne seraient pas le fruit d’un système discriminatoire ? Quel sort sera réservé à celui qui assimilera l’islam et l’islamisme ? Faudra-t-il aussi condamner celui qui affirmera que l’Europe est victime d’un processus de « grand remplacement » ? Que faire, aussi, de ceux qui s’entêtent à voir un lien entre immigration et insécurité ? Risquent-ils tous l’inéligibilité ?
Nous n’avons pas pris conscience de la mise en place d’un appareil répressif à grande échelle de l’opposition. Les lois sur la haine créent un climat de censure et permettent de marquer juridiquement les opposants. La mise en place d’un système de délation généralisé à travers le financement d’associations militantes chargées de patrouiller l’espace public pour y traquer les propos coupables confirme par ailleurs la mise en place d’une société de surveillance. Les militants identitaires sont particulièrement ciblés. L’opposition nationale évolue dans un environnement qui la pousse à l’autocensure permanente et dans laquelle elle cherche à donner des gages. Elle oublie toutefois la loi d’airain de la peine de mort sociale : la diabolisation ne dépend pas d’abord du diabolisé mais du diabolisateur. Celui qui veut diaboliser diabolisera.
À l’échelle de l’histoire, nous sommes devant une caste décidée à mater une rébellion, ce qui est arrivé si souvent au fil des siècles. De ce point de vue, le bannissement juridique de l’opposition, la multiplication des obstacles pour empêcher ses leaders de se présenter aux élections, le harcèlement judiciaire ou les procès à répétition pour la ruiner financièrement, l’utilisation de la presse pour multiplier contre elle les procès médiatiques et l’accusation de trahison, au profit d’une puissance étrangère, ne surprennent en rien. Peut-être est-ce même terriblement banal. Le régime frappe, l’opposition est mise en déroute, les privilégiés se maintiennent et la nomenklatura poursuit ses agapes, la conscience tranquille, fière d’avoir à nouveau vaincu les extrêmes et le racisme.o ■ o MATHIEU BOCK-CÖTÉ

Les Deux Occidents, Mathieu Bock-Côté, La Cité, 288 p., 22 €. sdp











