
Quand « vivre» et « ensemble » ne s’accordent plus du tout…
Par Lucien Rabouille.

Cet article, écrit avec intelligence et talent, est paru dans Causeur le 9 avril. Nous n’y ajouterons rien. Nous connaissons tous trop bien les écrits, la pensée et la manière des auteurs du livre qui s’y trouve évoqué, pour ne pas laisser le soin d’en débattre, s’il y a lieu, aux lecteurs toujours sagaces de ce quotidien. — Je Suis Français
Jean-Christophe Buisson et Jean Sévillia publient Les Guerres civiles, de la Renaissance à nos jours[1]. Un ouvrage hautement recommandable.

Londres, le 4 janvier 1642. Charles Ier Stuart, souverain encore sûr de son droit, vient arrêter en personne quatre parlementaires en pleine chambre des communes, déclenchant la première guerre civile de son pays.
Charleston (Caroline du Sud), le 12 avril 1861. Le canon sudiste fait feu sur Fort Sumter et ouvre le plus sanglant conflit intérieur de l’histoire américaine.
Beyrouth, le 13 avril 1975. Une fusillade dans un bus du quartier chrétien d’Ain El Remmaneh précipite le Liban dans d’interminables hostilités inter-religieuses.
Kigali, le 3 avril 1994. Après avoir annoncé que l’avion du président Habyarimana a été abattu, Radio Mille Collines invite ses auditeurs Hutus à prendre les armes contre les Tutsis et diffuse des listes de personnes à exécuter. Un génocide vient de débuter.
Ainsi commencent les guerres civiles : par un geste, un incident, une escarmouche, un coup de feu, parfois une simple maladresse qui fissure soudain le vernis du vivre-ensemble. Ce sont ces instants inauguraux, ces drames fondateurs où une nation se défait que traquent Jean-Christophe Buisson et Jean Sevilla dans la somme qu’ils viennent de faire paraître.
Avec une vingtaine d’études, chacune confiées à un spécialiste, l’ouvrage balaie large : guerres religieuses (Huguenots en France, Christeros mexicains, affrontements libanais), guerres dynastiques (la Fronde quand Louis XIV avait cinq ans, l’Angleterre des Stuarts, les guerres carlistes espagnoles), guerres civiles révolutionnaires (la Grèce en 1947, la Vendée, la Russie de 1917), guerres civiles coloniales (Algérie, Irlande), décoloniales (Angola, Algérie des années quatre-vingt-dix) sans oublier les guerres de partition, comme la Sécession américaine ou l’éclatement yougoslave.
Mais qu’est-ce exactement qu’une guerre civile ? Le concept, reconnaissent les auteurs, est presque un oxymore. Guerre entre civils, sans militaires ? Guerre sans armée ? Guerre intérieure, sans véritable frontière, uniforme distinct ou ligne de front lisible ? Les mots eux-mêmes hésitent ou bégaient. On parlait pudiquement « d’évènements » en Algérie hier, de « troubles » en Irlande du Nord aujourd’hui encore.
Les guerres les plus cruelles
Comment naissent ces fractures ? Rarement par surprise.La mèche ne prend que si le baril est bien plein ; souvent rempli par des décennies de rancunes, de divorces culturels, d’impasses politiques et d’affrontements diffus…
La guerre de Sécession fut certes celle de l’esclavage, mais d’abord l’échec d’un compromis fédéral entre deux Amériques devenues étrangères l’une à l’autre: un sud pastoral qui confondait féodalité et servilité et rêvait d’Arcadie médiévale sous le soleil de Géorgie ; un Nord convaincu d’incarner le progrès moral, industriel et marchand de l’humanité.
En Algérie, dans les années 1990, derrière la guerre civile se profilait le conflit entre nationalisme arabe issu du FLN et réislamisation militante. C’est souvent la même mécanique: des peuples qui pensaient vivre dans le même pays découvrent qu’ils n’habitent plus le même monde, ni le même univers mental.
A qui profite alors la guerre civile ? Souvent à ceux qui restent officiellement (et hypocritement) hors du conflit. Les guerres de religion françaises ont permis à l’Espagne d’affronter les puissances protestantes sur le terrain de jeu hexagonal. La Guerre froide se joua largement par guerres civiles interposées en Grèce, en Chine ou en Angola. Jean Sévillia formule une logique simple : « les guerres civiles naissent souvent de la faiblesse des Etats. » Faiblesse extérieure notamment quand l’Etat est impuissant à empêcher les puissances de s’en servir comme terrains de jeu.
Pourquoi ces guerres sont-elles souvent les plus cruelles ?Vertiges des chiffres : près de 10 millions de Russes sont morts à cause de la révolution d’Octobre entre 1917 et 1924. Le monceau de cadavres est, lui, difficilement quantifiable en Chine. Quant à la guerre de Vendée, elle fut un tel carnage qu’on hésite encore à la qualifier de génocide. Et la Commune : « elle entre dans l’histoire de France comme l’évènement qui a concentré le plus de violence massive dans un minimum de temps et d’espace. »
Pourquoi tant de haine ? Si tirer sur l’envahisseur peut relever d’un instinct défensif, il faut une bonne dose de conviction pour tuer son voisin, son cousin, son frère… injectée après une opération mentale subtile et terrible. On oublie la ressemblance du voisin, du frère, du beau-frère, du cousin, de l’épicier. Et on ne voit plus le proche mais l’hérétique, le traître, le renégat, le parjure, l’ennemi du peuple, le saboteur de l’humanité radieuse.
Les soldats réguliers peuvent conduire la guerre sans haine ; les francs-tireurs la font toujours avec passion. Et puis il y a tout le prosaïque : au prétexte de tuer le parangon d’une idée mauvaise, on abat le mauvais payeur, le créancier mal réglé, l’amant adultère voire le voisin bruyant… Souvent des jalousies, haines ou rivalités anciennes qu’une bonne guerre civile autorise à solder. Quand l’Etat s’effondre et qu’il n’y a plus d’arbitre, l’arbitraire reprend son bon droit. Chacun devient son propre flic, son propre juge, son propre bourreau.
Comment se termine une guerre civile ? Le plus souvent par l’écrasement de l’adversaire. Vendée crucifiée entre deux colonnes infernales, Commune fusillée au Père Lachaise, Confédération sudiste capitulant à Appomattox… Les guerres civiles ne s’arrêtent jamais totalement. La politique redevient parfois la continuation de la guerre civile par d’autres moyens, notamment mémorielles : les statues confédérées continuent d’enflammer l’Amérique, le gouvernement socialiste espagnol n’arrêtera pas avant d’avoir débaptisé la dernière impasse « Primo de Rivera », l’Algérie indépendante reste prisonnière de la légitimité guerrière de la caste FLN.
Le pays des guerres de religion
Alors la France est-elle spécifiquement un pays de guerre civile ? On pourrait le croire oui. Villages gaulois, guerres féodales, Armagnacs contre Bourguignons,Saint Barthélémy, Fronde, Révolution et Vendée, Commune, guerre d’Algérie… Peine perdue que le sage Georges Pompidou ait appelé « à jeter un voile sur ces temps où les Français ne s’aimaient pas », le collectif réserve quatre entrées aux affrontements franco-français.
Ces conflits ne furent peut-être pas les plus meurtriers et n’atteignent pas les chiffres de la Chine, du Rwanda, ni même de la Sécession américaine. Mais leur qualité propre n’est pas dans le qualifiable : en France on ne s’y entretue moins pour la tribu que pour l’absolu : Dieu, le roi, la liberté ou l’humanité.
L’Algérie rappelle que les absolus ne meurent jamais tout à fait : après le nationalisme, le divin est revenu en force. D’abord avec la décennie noire algérienne ; peut-être demain importé sur l’hexagone. On se souvient de Gérard Collomb quittant Beauvau en 2018 : « Aujourd’hui, on vit côte à côte, moi je crains que demain nous vivions face à face. J’ai peur que nous soyons devant des problèmes immenses. » Le maire de Lyon parlait des banlieues. Prophétie terrible et vite oubliée ; l’actualité de sa ville lui redonne un étrange relief. o■o LUCIEN RABOUILLE
Lucien Rabouille
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Les Guerres civiles. De la Renaissance à nos jours, dirigé par Jean-Christophe Buisson et Jean Sévillia, avec Geoffroy Caillet, Stéphane Courtois, Emmanuel Hecht, Rémi Kauffer, Arnaud de La Grange, Joseph Macé-Scaron, Lorraine de Meaux, Jean-Christian Petitfils, Isabelle Schmitz, Jean-René Van der Plaetsen…, Perrin/Le Figaro Magazine, 378 p., 22 €.













S’il y a un jour des conflits violents en France, ils ne relèveront pas de la guerre civile mais de la guerre avec des allogènes qui ne sont français que sur le papier et dont bon nombre disent de plus en plus haut leur détestation de notre pays, qui n’est pas le leur. Le « vivre-ensemble » est un mythe, les sociétés multiculturelles sont des sociétés fragmentées et multi-conflictuelles. Quiconque connait un peu les USA sait que dans cette société, ça ne marche vraiment pas, il suffit pour le montrer de prendre n’importe quelle grande ville américaine, comme Los Angeles, où si vous êtes chicanos, il n’est pas prudent de prétendre s’installer dans le quartier noir de Compton, mais si vous êtes noir, vous ne serez pas le bienvenu à Koreantown et toujours si vous êtes noir, si vous circulez dans les ghettos blancs et richissimes ( et votant massivement démocrate ) de Beverly Hills, Bel Air ou Pacific Palissades, vous avec intérêt d’être au volant d’une voiture de luxe, signe de votre appartenance à la bobocratie, sinon, vous être contrôlé dans les cinq minutes par une voiture du LAPD ou d’une compagnie privée de sécurité. Les seules hispaniques qui peuvent y circuler à peu près tranquillement sont les domestiques de la riche bourgeoisie de gauche qui peuple ces quartiers. Si vous êtes blanc et si vous voyez s’installer des noirs ou des hispaniques dans votre quartier, vous pratiquez le « white fly » pour rester entre vous. Le centre de Washington à la nuit tombée est peu sûre, les blancs aisés vivent dans les banlieues résidentielles et protégées. Le prétendu melting-pot américain, c’est une société où les communautés vivent séparées les unes des autres en se regardant en chiens de faïence d’une façon plus ou moins hostile, où par exemple l’ancienne maire noire de Chicago refusait d’être interviewée par des journalistes blancs. C’est vers cela que nous nous acheminons en France avec l’émergence du « nouveau peuple » selon Mélenchon. Les seuls Etats américains paisibles sont ceux qui ethniquement homogènes comme le Vermont. Le prétendu vivre-ensemble c’est aussi la croyance qu’un simple bout de papier, en l’occurence une carte d’identité suffit à un allogène pour qu’il devienne miraculeusement français, alors qu’il ne partage ni notre histoire, ni notre culture ni les traits les plus marquants de notre civilisation occidentale. C’est le mythe par excellence du juridisme républicain et libéral, qui croit que le droit a le pouvoir de changer le réel. Je connais une française installée au Japon depuis plus de quarante ans, ayant épousé un japonais, étant parfaitement japonisante, bi-nationale, enseignante dans une université privée de Tokyo, mais elle sait très bien qu’elle n’est pas ni ne sera jamais japonaise, elle ne l’est ni par la race, ni par des moeurs et coutumes intériorisées dès l’enfance et qui confère aux japonais de naissance leur identité, pas plus que je ne pourrais devenir gabonais ou ivoirien. Le communautarisme que nous voyons s’installer en France au détriment de notre pays révèlera très rapidement ses contradictions comme on peut le voir entre noirs gauchistes et maghrébins gauchistes ou entre immigrés algériens et marocains en conflit à propos du Sahara Occidental. Nous risquons de voir aussi importés les multiples conflits inter-ethniques qui caractérisent l’Afrique. Ce qui nous attend, c’est une société de plus en plus déchirée et non le monde hallucinatoire créolisé et pacifié riche de ses différences que le wokisme et l’extrême-gauche et l’oligarchie mondialiste veulent nous faire avaler. Regardons l’Angleterre ou certaines parties de la Belgique pour comprendre ce qui nous guette.