
« Année après année, ces pratiques s’enracinent et se transmettent aux générations montantes, qui voient dans ces dates, autant d’occasions de mettre le « zbeul » (le « bordel ») à peu de frais (la proportion des interpellés écopant de peines étant très faible) et d’affronter la police ou de piller, pour les plus déterminés d’entre eux. »
Par Jérôme Fourquet.

COMMENTAIRE – Cette tribune de Jérôme Fourquet est parue dans Le Figaro ce 1er juin. Elle traduit en termes factuels l’expansion du domaine du chaos dans tout le pays et, en contrepoint, l’affaiblissement d’un Régime de plus en plus insuffisant à garantir la simple sécurité des citoyens, forces de l’ordre incluses au premier chef, et à assurer la vie normale de la communauté nationale, s’il en existe encore une, à proprement parler. Après avoir tant parié sur un libre-échangisme sans limites, tant vanté la chance que devait être pour la France l’immigration massive, tant écouté les sirènes européistes, elles aussi immigrationnistes et mondialisées, tant recherché, voulu, réclamé une main-d’œuvre à bon marché et déshabitué les Français du travail, tant « déconstruit » la société, la famille, l’école, la culture et la religion, on en vient aujourd’hui à se lamenter des conséquences. « Paris ne peut plus être une fête », constate l’éditorial de Vincent Trémolet de Villers dans la même livraison du Figaro. C’est hélas vrai. Mais comment ne s’en est-on pas douté plus tôt, y compris au Figaro, quand tant d’alertes, d’avertissements et tant de pressentiments du simple bon sens se sont exprimés depuis des décennies et ont été au mieux ignorés, au pire voués à la vindicte de ce que Jean-Marie Le Pen, prophète, appelait l’Établissement, et nous le Régime ? Les circonstances, sans doute, viendront se charger d’imposer les mesures qu’il eût fallu prendre en temps voulu à différents niveaux du corps social français. Et il faudra les y aider ! — JSF
TRIBUNE – Le hooliganisme des années 1990 a laissé place à un rituel de violences urbaines et gratuites lors des événements sportifs et des grandes dates festives comme Halloween ou le 14 Juillet, analyse le sondeur* après les violences qui ont accompagné la victoire du PSG en Ligue des champions.
* Directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop, Jérôme Fourquet a notamment publié « Métamorphoses françaises » (Seuil, 2024).

Années 1990 et 2000 : une violence endémique dans les tribunes du PSG
Comme d’autres grands clubs de football européens, l’histoire du PSG a été marquée par le hooliganisme. Ses supporteurs les plus violents se sont régulièrement illustrés dans des affrontements contre d’autres supporteurs ou des membres des forces de l’ordre présents dans les stades. Ainsi, par exemple, le 23 août 1993, à Caen, des ultras du PSG chargèrent très violemment des CRS, dans les tribunes et en blessèrent dix. Ces images largement reprises par les médias contribuèrent à installer la légende noire des supporteurs du PSG. Le 13 août 2001, au Parc des Princes, ces mêmes ultras se heurtèrent dans une gigantesque rixe à des supporteurs du club turc du Galatasaray, dont une cinquantaine terminèrent à l’hôpital. Cinq ans plus tard, le 23 novembre 2006, à la fin du match PSG-Hapoël Tel-Aviv, des hooligans parisiens coursèrent un supporteur adverse et un policier qui tentait de le protéger. Cerné par une foule hostile, le gardien de la paix fit feu et blessa mortellement un des assaillants.Publicité
Mais, spécificité parisienne, les hooligans du PSG s’affrontaient également entre eux, deux bandes de supporteurs, regroupées à deux endroits bien distincts des tribunes se faisant face. Les membres du virage d’Auteuil, parmi lesquels se trouvaient notamment des jeunes de banlieue et des supporteurs revendiquant leurs convictions de gauche et antiracistes, en décousaient régulièrement, dans et aux abords du stade, avec ceux du kop de Boulogne, dont une partie ne faisait pas mystère de sa proximité avec l’extrême droite. Les épisodes de violence émaillaient régulièrement les matchs, mais ils atteignirent leur acmé le 28 février 2010, quand un membre du kop de Boulogne trouva la mort dans une bagarre.
Face à cette situation hors de contrôle, le président du PSG, Robin Leproux, finit par se résoudre à prendre une série de mesures énergiques : dissolution des associations historiques de supporteurs, placement aléatoire dans les tribunes (pour éviter le regroupement des ultras), multiplication des interdictions de stade. Ce « plan Leproux », entré en vigueur en 2010, changea en profondeur l’ambiance dans le stade et éradiqua la violence des tribunes.
Le 13 mai 2013 : le passage de l’affrontement entre hooligans aux violences urbaines en marge des matchs
Si l’instauration de ce plan a constitué un tournant dans l’histoire du club, la date du 13 mai 2013 en constitue un autre. Ce jour-là, le PSG avait donné rendez-vous à ses supporteurs place du Trocadéro, pour célébrer son troisième titre de champion de France. Mais les joueurs ne purent rester que quelques minutes sur la tribune. Très rapidement, en effet, le chaos s’empara de la place. Des supporteurs s’en prirent aux forces de l’ordre, qui ripostèrent par des jets de gaz lacrymogène, tandis que des casseurs dégradaient du mobilier urbain, vandalisaient boutiques et cafés avoisinants et pillaient un bus de touristes pris dans la circulation.
Les tensions récurrentes entre la direction du PSG et les anciens clubs de supporteurs, dissous par le plan Leproux, ne furent pas étrangères à ces violences, certains ultras étant venus à la cérémonie avec l’intention de régler leurs comptes avec la direction. De la même façon, le choix de la place du Trocadéro, alors en travaux, et l’insuffisant dimensionnement du dispositif de sécurité, tant par le club que par la Préfecture de police, contribuèrent à favoriser les débordements, puis les affrontements et les dégradations.
Mais l’élément qui fit basculer la cérémonie en violences urbaines fut la présence de nombreux casseurs et émeutiers, non issus des rangs traditionnels des supporteurs, mais attirés par la possibilité de créer du désordre, d’affronter les policiers en relative impunité et de se livrer à des vols en plein cœur des beaux quartiers parisiens.
Les témoignages de supporteurs ultras recueillis par So foot illustrent la bascule du hooliganisme aux violences urbaines qui s’est opérée ce jour-là : « La plupart des personnes de nos groupes ont quitté la place environ trente minutes après ces événements. En retournant à nos voitures on a vu des centaines de jeunes briser des vitrines, brûler des poubelles, vandaliser des dizaines de voitures sur toute une rue… », « Il y a eu de sévères embrouilles entre la sécurité et les ultras. Mais, à partir d’un moment, ça ressemblait plus à des groupes de casseurs faisant tout péter dans tous les sens. »
Instauration et diffusion d’une nouvelle tradition émeutière
À partir de cet épisode fondateur, les affrontements entre hooligans vont progressivement disparaître – le 15 septembre 2015, une bagarre opposera des supporteurs du PSG à des fans de l’équipe de Malmö en marge d’un match – pour laisser place à des épisodes de violences urbaines. Ainsi, à l’occasion d’un match PSG-Bayern, le 23 août 2020, des pillages de commerces, des incendies de voitures et des affrontements avec les forces de l’ordre se dérouleront autour du Parc des Princes et dans le quartier des Champs-Élysées. 152 personnes seront placées en garde à vue. Parmi elles, des délinquants au casier judiciaire déjà bien chargé, mais aussi de jeunes individus inconnus des services de police, grisés par l’ivresse de l’émeute.
Le 31 mai 2025, à l’issue de la victoire du PSG en finale de la Ligue des champions, le déchaînement fut plus spectaculaire encore à Paris et en région parisienne, où 64 véhicules seront incendiés, le commissariat de Clichy-sous-Bois attaqué et des magasins pillés. Les chiffres communiqués par la Préfecture de police attestent de l’ampleur des violences urbaines et de leur transformation en un phénomène sociologique de masse. 30 policiers et sapeurs-pompiers furent blessés et 491 personnes interpellées à Paris et en région parisienne, Laurent Nuñez, alors préfet de police, évoquant « des milliers de personnes venues pour commettre des exactions ». Mais, fait nouveau, du fait de la visibilité grandissante du PSG au plan national et par effet de mimétisme et de contagion, ces scènes de violences se diffusèrent partout dans l’Hexagone ce soir-là. On recensa plusieurs centaines de voitures brûlées sur l’ensemble du territoire national et à Coutances, en Normandie, à 330 kilomètres de Paris, un policier fut plongé dans le coma artificiel après avoir été touché à la tête par un projectile, alors qu’il tentait de ramener l’ordre.
Les matchs du PSG ne sont, hélas, pas les seuls à servir de prétexte à ces explosions de violence gratuite et à ces exactions et déprédations de masse. L’instauration et l’enracinement de cette tradition émeutière s’observent également à l’occasion d’autres rencontres de football. Ainsi, le sacre des Bleus à la Coupe du monde, le 15 juillet 2018, se soldera par des affrontements dans de nombreuses villes (Rouen, Beauvais, Lyon, Marseille, Menton, Nice, Béziers, Nancy…) et le Drugstore des Champs-Élysées sera pillé. Un an plus tard, jour pour jour, l’équipe d’Algérie se qualifiait pour la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), performance qui s’accompagna de scènes de liesse dans plusieurs villes françaises, mais aussi d’exactions et de pillages, à Paris, à Lyon, à Roubaix ou à Marseille, où les affrontements avec les forces de l’ordre ne prirent fin qu’au petit matin. Au total, le ministère de l’Intérieur recensa 282 interpellations sur l’ensemble du territoire. La dernière CAN, qui s’est déroulée en fin d’année 2025 et au début de 2026, a de nouveau été le théâtre de tels épisodes de violence urbaine. 227 interpellations eurent également lieu à l’issue du match France-Argentine en finale de la Coupe du monde le 18 décembre 2022.
14 Juillet, Halloween et jour de l’An : l’institutionnalisation calendaire des violences urbaines
Selon une chronologie assez similaire, les violences urbaines se sont également instituées en nouveau rituel lors de la fête de Halloween. C’est en novembre 2016, qu’on note les premières voitures brûlées, les premiers feux de poubelles et les premiers affrontements avec les forces de l’ordre, dans différentes régions : Bretagne, région parisienne (notamment les départements des Yvelines et de l’Essonne) et agglomération lyonnaise. Le phénomène a ensuite rapidement pris de l’essor, à tel point que le ministère de l’Intérieur mobilisa 15 000 policiers et gendarmes pour la nuit du 1er novembre 2018, qui se soldera par 116 interpellations, concernant essentiellement des jeunes adultes et des mineurs, cette date tombant au début des vacances de Toussaint. Après quelques années de relatives accalmies, on enregistrera 138 voitures incendiées lors de la soirée de Halloween en 2022.
Ainsi, depuis le milieu des années 2010, les soirs de matchs de football et de Halloween se sont invités sur le calendrier des commissariats et des gendarmeries, comme « journées à risque » nécessitant une mobilisation des effectifs pour faire face à des violences urbaines récurrentes. Mais l’instauration de ces rituels émeutiers lors de ce type d’événements ne constitue qu’une étape dans un processus de plus grande ampleur. Dès le début des années 1990, une autre tradition, celle des voitures brûlées et des violences afférentes pour la nuit de la Saint-Sylvestre, fut ainsi instaurée, d’abord à Strasbourg, puis, progressivement, dans toute la France. Et, à partir du début des années 2000, cette pratique allait ensuite être reprise à l’occasion du 14 Juillet, d’abord dans les banlieues franciliennes, avant de se métastaser dans l’ensemble de l’Hexagone.
Année après année, ces pratiques s’enracinent donc et se transmettent aux générations montantes, qui voient dans ces dates, autant d’occasions de mettre le « zbeul » (le « bordel ») à peu de frais (la proportion des interpellés écopant de peines étant très faible) et d’affronter la police ou de piller, pour les plus déterminés d’entre eux. Certains y verront une soupape nécessaire à l’expression d’une énergie juvénile qu’il a toujours été difficile de canaliser, d’autres une extension progressive du domaine de l’émeute et de la loi des bandes face à un État qui peine, voire rechigne, à exercer son monopole de la violence physique légitime. o ■ o JÉRÔME FOURQUET












