
Par Annie Laurent.
Cette étude, concernant l’avenir et l’identité d’une Europe confrontée à la présence croissante de populations musulmanes sur son territoire, est consacrée aux obstacles structurels à l’européanisation de l’islam.

C’est le problème de l’assimilation des musulmans qui est ainsi posé. Être pleinement européen suppose de leur part le renoncement aux principes et au système de valeurs qui fondent l’anthropologie et l’organisation de la vie sociale dans l’islam. À défaut, il est utopique d’espérer une européanisation de l’Islam. Voici les principaux sujets d’incompatibilité entre les deux cultures.
La personne humaine : identité et dignité
Le concept de personne humaine et tout ce qui s’y rattache est une réalité inconnue en islam. Cette notion, d’origine biblique, se réfère au récit de la Création : « Dieu créa l’homme à Son image, à l’image de Dieu Il le créa, Il les créa homme et femme » (Genèse 1, 27). Elle a été précisée par l’Incarnation, Révélation de Dieu en Jésus-Christ : un Dieu trinitaire, Un en trois Personnes, qui instaure une relation personnelle avec ses créatures humaines.
Il convient de souligner que le mot « personne » est absent du vocabulaire arabe, langue qui sert de référence aux musulmans du monde entier (selon la croyance islamique, c’est l’arabe qu’Allah a utilisé pour dicter le Coran à Mahomet). Confrontés à cette lacune de langage, les chrétiens du Proche-Orient, arabisés lors des conquêtes islamiques, à partir du VIIème siècle, ont d’ailleurs conservé le mot araméen ouqnoum, la langue que parlait Jésus, pour traduire « personne ».
L’absence du mot « personne » en arabe implique celle du concept équivalent. Il y a certes des individus, des gens (ahl), ce qui est une évidence, mais ils n’ont pas une dignité de « personne » dans le sens ontologique, c’est-à-dire inhérente à leur nature humaine d’êtres créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le Coran combat le dogme de la Trinité ainsi que la paternité et la filiation divines : « Ne dites pas Trois […]. Dieu est unique […]. Comment aurait-il un fils ? » (4, 171). Et il précise : « Dieu, rien ne lui est semblable » (42, 11). Ce disant, il adresse un reproche aux chrétiens, coupables selon lui, d’avoir divinisé Jésus.
L’islam est présenté comme la religion que Dieu a inscrite dans la nature humaine (Coran 30, 30) et qu’Adam, le premier homme, a acceptée. Cet échange constitue le « pacte primordial » (mithâq) (7, 172) qui n’est en rien l’alliance biblique. Tout être humain qui vient au monde est donc considéré comme musulman. Il lui est demandé de suivre cette religion constitutive, sous peine de se trouver dans un « profond égarement » (4, 136).
En fait, selon l’islam, l’identité et la dignité de l’homme lui viennent de son état de musulman, c’est-à-dire d’être « soumis » à Dieu, ce que signifie le mot « musulman », et de son appartenance à l’Oumma (la communauté des croyants musulmans), dont la racine Oum signifie mère ou matrice. C’est la « matrie » qui fait les frères et qui prévaut sur eux. L’individu est dépendant de l’Oumma qui lui assure protection et sécurité, mais ne lui consent ni liberté ni responsabilité. Elle est présentée dans le Coran comme « la meilleure communauté suscitée parmi les hommes » (3, 110).
Il convient de noter le sentiment de supériorité qui résulte d’une telle affirmation, si bien que dans les sociétés musulmanes, il n’y a en principe pas de place pour l’examen de conscience, comme c’est le cas dans les sociétés chrétiennes, ou pour l’autocritique admise dans les sociétés laïques. Cette attitude se vérifie dans les rapports des musulmans avec le monde non islamique. La responsabilité de ce qui ne va pas chez eux (par exemple, retard ou stagnation en matière de créativité technique ou culturelle) est le plus souvent attribuée aux « autres ».
Quels droits de l’homme ?

De tout ce qui précède, il résulte que le musulman n’est pas sujet de droits fondamentaux attachés à sa nature, même si Dieu, dans sa souveraineté absolue et sa condescendance, lui en octroie certains. Ces droits découlent de l’arbitraire divin. En l’occurrence, le concept de « droits de l’homme » est juridique mais pas inhérent à la nature profonde de l’être humain.
Cette conception diverge des principes hérités de l’enseignement biblique et chrétien dont s’inspire la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’ONU en 1948 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité » (art. 1).
Parmi les pays dont l’islam est religion d’État ou qui fondent leur droit sur la charia, la loi divine transmise par le Coran et la Sunna (Tradition inspirée par les paroles et les actes de Mahomet, considéré comme le « beau Prophète »), deux États arabes n’ont pas ratifié la Déclaration de 1948 (Arabie-Séoudite et Yémen).
Mais ceux qui l’ont fait ont émis des réserves sur certains points. En outre, la plupart d’entre eux n’ont pas modifié leurs législations pour les mettre en conformité avec la Déclaration. Ils ont élaboré leurs propres documents et ceux-ci comportent des discriminations religieuses, sociales et juridiques. Ils constituent donc des textes confessionnels. En voici quelques exemples.
Supériorité des musulmans et liberté religieuse.
Comparons la Déclaration de 1948 avec l’enseignement du Coran.
« Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites » (art. 18). L’islam est la religion inscrite par Dieu dans la nature de l’homme (fîtra). C’est la religion innée. D’où cet avertissement : « Celui qui désire une autre religion que la soumission, son choix ne sera pas accepté par Dieu et il sera, dans la vie dernière, au nombre des perdants » (Coran 3, 85).
« Pas de contrainte en religion » (Coran 2, 256), affirment souvent les musulmans. Pour les commentateurs, ce verset ne concerne que les musulmans entre eux. Dieu leur demande de ne pas se disputer sur des questions liées à la pratique religieuse. Il aurait en outre été abrogé par cet ordre attribué à Allah : « Après que les mois sacrés se seront écoulés, tuez les associateurs (ou polythéistes), partout où vous les trouverez ; capturez-les, assiégez-les, tendez-leur des embuscades. Mais s’ils se convertissent, font la prière et acquittent l’impôt légal, alors laissez-les aller librement » (9, 5, appelé le « verset du sabre »). o ■ o (À suivre)
Annie Laurent – La Petite Feuille Verte
Déléguée générale de CLARIFIER
115 rue de l’abbé Groult 75015 Paris
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LA PETITE FEUILLE VERTE N°110, AVRIL 2026












