
Les nouvelles techniques génomiques modifient le génome des plantes sans introduction d’ADN étranger

L’OEIL DE BRUXELLES – Adoptée définitivement par le Parlement européen le 17 juin après des mois de débats, la réforme sur les nouvelles techniques génomiques (NGT) assouplit fortement les règles d’évaluation et de traçabilité. Ses partisans y voient un progrès agricole, ses opposants une victoire des lobbys semenciers.
« Les nouveaux OGM ont le champ libre en Europe« , titre Mediapart. Le 17 juin, l’institution a donné son ultime feu vert à « des nouvelles techniques génomiques (NGT) dans l’agriculture » [Le Temps]. Celles-ci « peuvent rendre des plantations plus résistantes à la sécheresse ou aux maladies mais inquiètent des défenseurs de l’environnement et des petits exploitants« , poursuit le média suisse.

« Variétés moins gourmandes en eau ou en pesticides, blé pauvre en gluten… Ces NGT permettent de modifier le génome d’une plante mais sans introduire d’ADN étranger, contrairement aux OGM de première génération« , observe La République des Pyrénées. « Les semences obtenues par NGT sont donc bien des organismes génétiquement modifiés mais ne sont pas ‘transgéniques‘ », précise Sud Ouest.
Débat tendu en Europe
Le débat sur ces biotechnologies divise le monde agricole européen. « C’est peut-être l’un des textes les plus clivants de cette mandature concernant l’agriculture« , avance Public Sénat. « Au Parlement, la rapporteuse de la loi, l’eurodéputée suédoise Jessica Polfjärd (PPE, droite), vante une technologie qui ‘permettra de cultiver des plantes résistantes au changement climatique et d’obtenir des rendements plus élevés sur des surfaces plus réduites‘ » [Le Monde]. Leur autorisation « était réclamée par la puissante organisation agricole Copa Cogeca ainsi que les grands semenciers, au nom de la compétitivité européenne face aux États-Unis et à la Chine, qui y ont déjà recours« , complète le journal du soir.

En face, « nombre de scientifiques, syndicats paysans et associations écologistes pointent des risques importants pour l’environnement, la viabilité de l’agriculture biologique (qui interdit les organismes génétiquement modifiés – OGM) ou encore l’information des consommateurs » [Vert].
Ces dernières semaines, la société civile s’était fortement mobilisée, « avec des manifestations devant le Parlement européen à Strasbourg, des centaines de milliers de signatures recueillies [sur une pétition] et des dizaines d’organisations engagées pour défendre la transparence alimentaire« , rapporte le magazine italien TerraNuova.
« Le Parlement européen, la droite et l’extrême droite se sont couchés face aux lobbys agrochimiques américains et chinois, c’est une véritable capitulation« , a réagi dans les colonnes de Vert Christophe Clergeau (S&D) à l’issue du scrutin. Le député européen avait « déposé une quinzaine d’amendements – tous rejetés« . « Nous avons créé un modèle européen souverain des nouvelles techniques génomiques qui servira nos agriculteurs. […] Il ne s’agit pas d’importer le modèle américain ou brésilien« , fait quant à lui valoir l’eurodéputé centriste Pascal Canfin [La République des Pyrénées].
Des évaluations réduites à néant ?

Jusqu’à présent, « les contrôles environnementaux étaient si complexes et coûteux que l’autorisation de mise sur le marché n’en valait souvent pas la peine. Les variétés génétiquement modifiées devaient faire l’objet d’analyses approfondies afin d’évaluer leurs risques potentiels pour l’environnement. Après la réforme, ces évaluations de risques devraient disparaître« , analyse la Tagesschau.
Concrètement, « l’accord voté par le Parlement européen sépare les NTG en deux catégories : la première, où les végétaux modifiés sont autorisés au même titre que toute plante conventionnelle ; la deuxième, pour les mutations complexes (plus de 20 opérations), où les plantes sont considérées comme des OGM ‘classiques‘, avec un processus de surveillance, de traçabilité et d’étiquetage » [Vert].
« Les NGT résistantes aux herbicides ou produisant des insecticides ne seront pas autorisées sur le marché, au nom de la durabilité. Et dans l’agriculture biologique, aucune NGT ne sera autorisée« , souligne le quotidien suisse Le Temps, qui rappelle que « l’autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) s’était montrée favorable à l’approche de Bruxelles visant à autoriser une partie des NGT« .
Pas d’incidence à court terme

S’agissant de la propriété, « l’Union européenne souhaite à l’avenir autoriser les brevets sur ces nouvelles variétés et technologies, contrairement aux semences conventionnelles« , explique la Tagesschau. Ses institutions tablent sur « une base de données publique dans laquelle tous les brevets portant sur les méthodes de génie génétique et les semences seront enregistrés« .
Par ailleurs, « entre la phase de test des nouvelles variétés et leur commercialisation, il faudra plusieurs années avant que des aliments produits avec des NGT arrivent dans les assiettes des Européens« , tempère Sud Ouest. Mais des organisations environnementales comme Pollinis s’alarment déjà « de l’absence d’étiquetage sur les produits finaux, le moment venu« , ajoute le quotidien régional.
Selon le média espagnol Demócrata, « le règlement entrera en vigueur 20 jours après sa publication au Journal officiel de l’Union européenne, mais son application effective sera reportée de deux ans ; les nouvelles dispositions devraient donc s’appliquer à partir de 2028« . ■ o J.-P. S.











