
Maire de Tirana entre 2000 et 2011, Edi Rama est le Premier ministre de l’Albanie depuis le 15 septembre 2013

L’OEIL DE BRUXELLES – En Albanie, la mobilisation contre un projet immobilier porté par Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump, et sa fille Ivanka, s’intensifie depuis la fin du mois de mai. Des tensions qui pourraient nuire à la trajectoire européenne du pays.
« Les Albanais dans les rues rêvent toujours d’Europe et de changement« , titre Courrier international. « Le pays des Balkans vit depuis des semaines au rythme des manifestations qui réclament la démission du gouvernement, coupable d’avoir permis la construction d’un complexe touristique de luxe [au coût estimé à 4,6 milliards de dollars] dans une lagune protégée« .

Ce projet, « lié à la fille du président américain, Ivanka Trump, et son mari, Jared Kushner » [RTBF] doit voir le jour dans une réserve naturelle de Zvernec, sur la côte sud-ouest du pays.
« Jusqu’ici, la mobilisation – qui s’est baptisée ‘révolution des flamants roses‘, en référence aux espèces d’oiseaux menacées par les projets immobiliers du gendre et de la fille de Donald Trump – avait tenu à garder un message pacifique : chaque soir à 18 heures, les rassemblements réunissaient plusieurs milliers de personnes sous les fenêtres des bureaux du Premier ministre [Edi Rama] » [Le Monde]. « Mais face à un dirigeant qui les accuse régulièrement d’être ‘manipulés par l’étranger‘, et refuse d’écouter leurs appels à cesser la bétonisation frénétique et opaque de la côte albanaise, les manifestants ont décidé, fin juin, de durcir leurs revendications« , constate le journal du soir.
La démission d’Edi Rama comme « seule solution«

Le 4 juillet, « des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Tirana, capitale de l’Albanie, lors de la plus grande manifestation en date du mouvement de protestation« , observe Nice-Matin. Il s’agit de la « 35e manifestation quotidienne » dans un pays en proie aux tensions.
« L’opposition au projet [de complexe touristique] est devenue le point de ralliement de la colère suscitée par ce qui est considéré par les manifestants comme de la corruption, ces derniers réclamant la démission du Premier ministre Edi Rama en raison de son manque de transparence » [HuffPost]. « ‘La démission d’Edi Rama est désormais la seule solution : c’est un autocrate avec qui le dialogue est impossible‘, affirme Sidorela Vatnikaj, une militante féministe et anticorruption de 27 ans, devenue une des principales figures de ce mouvement sans véritable leader et politiquement très disparate« , citée parLe Monde.
« Au pouvoir sans discontinuer depuis 2013 dans ce pays de 2,8 millions d’habitants, le social-démocrate Edi Rama [qui fêtait ses 62 ans ce samedi] n’a jamais été confronté à un tel mouvement« , poursuit le média. Le 2 juillet, « quinze agents ont été blessés et 25 manifestants arrêtés, selon la police« , note la RTBF.
Une épine dans le pied dans la trajectoire européenne de l’Albanie ?

La ‘révolution des flamants roses’ n’a pas échappé à Bruxelles, et « elle pourrait avoir des conséquences pour les ambitions de Tirana, qui se verrait bien intégrer l’UE » [HuffPost]. « La députée européenne néerlandaise, Tineke Strik, à la tête d’une commission d’enquête du Parlement européen sur le pays balkanique, a jugé que les dirigeants albanais ‘jouent avec le feu‘ avec le projet immobilier lié aux Trump« .
Edi Rama a déjà indiqué que l’Albanie restait « pleinement engagée dans le processus d’intégration à l’Union européenne, en respectant scrupuleusement les normes et les obligations découlant des négociations, en particulier celles du chapitre 27 consacré à l’environnement« , écrit la radio-télévision albanaiseRTSH. Celui qui « répète inlassablement qu’‘il n’existe pas encore de projet‘affirmant que les études environnementales préalables n’ont toujours pas été réalisées, […] tient à soigner son image de leader pro-européen » [Le Monde].
Sous la mandature d’Edi Rama, « beaucoup de choses ont changé en Albanie« , tempère la BBC. « Le paysage urbain de la capitale, Tirana, s’est transformé, avec une multitude de tours conçues pour la plupart par des architectes internationaux. Parallèlement, le secteur du tourisme a connu un essor fulgurant, transformant l’image internationale du pays et représentant désormais plus d’un cinquième du PIB« .
Mais ce qui est peut-être le plus impressionnant, estime la radio britannique, « c’est que l’Albanie a réalisé des progrès significatifs sur la voie de son adhésion à l’UE. Partie de zéro en 2022, elle est en bonne voie pour conclure les négociations d’ici la fin de l’année prochaine. Parmi les six pays des Balkans occidentaux, seul le Monténégro est plus avancé« .
Ingérences étrangères

Depuis le début des manifestations, Edi Rama accuse régulièrement et « sans preuve, les manifestants d’être manipulés [selon lui] par la Russie ou l’Iran » [Le Monde]. Le Premier ministre considère « qu’une grande partie des critiques formulées depuis l’étranger concernant les impacts environnementaux dans son pays ont moins à voir avec l’Albanie elle-même qu’avec une personne en particulier : le président américain Donald Trump« , explique la Deutsche Welle.
« Le fait que le gendre du président américain souhaite investir en Albanie semble déranger beaucoup de monde, note-t-il, et il estime que l’Albanie est devenue une tribune permettant aux forces anti-Trump d’exprimer leurs opinions« , complète le média. « Se revendiquant farouchement pro-américain, comme la plupart des Albanais » [Le Monde], Edi Rama se retrouve néanmoins dans une position inconfortable, dont il pourrait avoir du mal à s’extraire. ■ o J.-P. S.











