
Par Pierre Marcellesi.
Cet article d’un vrai et excellent connaisseur du cinéma est paru le 16 oxtobre, dans Boulevard Voltaire. On le lira avec intérêt, ce dimanche, jour où JSF a toujours parlé de films, anciens ou en salles. — Je Suis Français
Évocation piquante et malicieuse d’une réalité alternative dans laquelle Isabelle Huppert n’aurait pas réussi à percer…

Faute d’avoir pu percer en tant qu’actrice, Corinne Maclou, septuagénaire, est aujourd’hui figurante professionnelle au cinéma et à la télévision. Obstinée, pour ne pas dire tenace, elle a pour habitude de disséminer ses CV sur le moindre plateau de tournage et de vouloir se vendre auprès des célébrités dans l’espoir de leur taper dans l’œil. Elle fait ainsi la rencontre de Sandrine Kiberlain (la comédienne joue son propre rôle) qui, sans grande conviction, parcourt un soir son curriculum vitae et découvre le lien vers une vidéo de captation théâtrale dans laquelle Corinne Maclou l’impressionne et l’émeut par ses talents d’actrice.
Quand une figurante devient coach d’une star
Les mois passent. La figurante s’aperçoit que Sandrine Kiberlain joue à présent sur les planches le rôle qu’elle tenait autrefois dans la captation et décide d’aller lui jeter des tomates sur scène. Cependant sous le charme, au cours de la représentation, elle renonce à provoquer cet esclandre et retrouve l’actrice à la sortie du théâtre. Les deux femmes sympathisent enfin et, au fil des semaines, commencent à nouer une amitié profonde dont les ressorts échappent à l’entourage mondain de Sandrine Kiberlain : Corinne Maclou devient, en effet, son mentor, son coach, tandis que l’actrice essaie (insuffisamment) de lui renvoyer l’ascenseur en lui trouvant des petits boulots…
Ces figurants anonymes, au talent parfois inconnu
Récit d’une amitié en dents de scie, avec son lot d’encouragements, de promesses non tenues, de déceptions et de réconciliations, Ni vue, ni connue, du cinéaste Marc Fitoussi (Copacabana, Les Apparences), s’inscrit dans la continuité du documentaire Des figurants, qu’il avait réalisé en 2009. Poursuivant ainsi son hommage à ces professionnels anonymes, au talent parfois inconnu, qui occupent habituellement le fond du cadre sans demander leur reste et n’obtiennent aucune gratitude, Fitoussi choisit de faire appel à Isabelle Huppert, notre comédienne française la plus solide et la plus reconnue à l’international, pour lui faire jouer le seul type de rôle qu’elle n’a jamais campé jusque-là, celui d’une actrice non révélée dont tout le monde – excepté Sandrine Kiberlain – ignore le talent caché.
Des atouts certains mais une direction d’acteurs aléatoire
Cette évocation piquante et pleine de malice d’une réalité alternative dans laquelle Isabelle Huppert n’aurait pas réussi à percer a de quoi nous réjouir ; le dispositif fonctionne plutôt bien, en dépit de sa durée excessive d’une heure et cinquante-cinq minutes. Le film a pour lui trois atouts majeurs : un tandem principal dont l’amitié ne semble pas feinte, une critique au vitriol des superficialités du show-biz et la capacité d’autodérision de Sandrine Kiberlain, d’Anne Marivin, d’Ana Girardot, de Diane Kruger et de Vincent Dedienne qui jouent ici leurs propres rôles sous des aspects parfois peu glorieux.
On regrette tout de même que Marc Fitoussi, sans doute impressionné par tout ce beau monde, ne lui mette suffisamment la bride et laisse ses comédiens secondaires en faire un peu trop dans leur jeu.o ■oPIERRE MARCELLESI
3 étoiles sur 5.
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l’Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l’Université de Paris Nanterre













