
Par Eugénie Bastié.

Cet article, que nous reprenons sans commentaire – les lecteurs s’y emploieront, si besoin est –, est paru dans Le Figaro de ce jour (15.1.2026). Disons simplement qu’Eugénie Bastié a raison d’élargir au Système les supposées « pathologies », sûrement bien réelles, d’Emmanuel Macron. À telle enseigne que les croyants dudit Système, et de l’idéologie qui le sous-tend, n’agissent qu’en vue de sa perpétuation, sous la houlette d’un dirigeant supposé plus « normal ». JSF

IDÉES – Dans Néron à l’Élysée, les journalistes ex-macronistes Domenach et Szafran dressent un réquisitoire impitoyable et fouillé sur le second quinquennat Macron et font le portrait d’un président pathologiquement narcissique. L’art de flinguer un homme pour sauver un système ?
Léché, lâché, lynché. » Cette règle d’or de la vie politique française (et du pouvoir en général), établie par feu Jean-François Kahn, semble être l’épitaphe d’un Emmanuel Macron en fin de règne. Journalistes, intellectuels, conseillers qui ont pavé l’accession au pouvoir de Jupiter en 2017 se retournent aujourd’hui impitoyablement contre lui, maintenant qu’il a perdu son foudre et qu’il vit en reclus, impuissant, à l’Élysée.
Le livre de Nicolas Domenach et Maurice Szafran, Néron à l’Élysée (Albin Michel), en est l’illustration la plus frappante. C’est le réquisitoire le plus impitoyable et le plus cruel qu’on ait pu lire sur le macronisme et ses illusions. L’actuel locataire de l’Élysée est comparé à l’empereur psychopathe et pyromane resté dans la postérité comme le pire empereur de Rome, tout comme Emmanuel Macron fut le « pire président de la Ve République », dixit Alain Minc, cité abondamment dans le livre. « Néron ne pouvait s’arracher au spectacle enivrant des flammes qui dévoraient Rome, comme Macron s’exaltait de réduire en cendres les forces politiques, y compris les siennes. »
Si jamais président n’a à ce point suscité la haine, y compris chez ses anciens supporteurs, c’est parce qu’aucun avant lui n’avait à ce point employé la séduction pour attirer à lui les forces éparses du centrisme. « Don Juan » politique qui a laissé sur son passage, sans remords, des cœurs brisés. Envoûtés par le pipeau du leader d’En marche qui chantait « Progrès ! Europe ! Unité ! », ils ont marché comme des somnambules. En 2017, Maurice Szafran, alors directeur de Challenges, avait subi une révolte de sa rédaction qui l’accusait d’ouvrir un « boulevard au macronisme » dans ses colonnes.
« On est plus dur encore quand on a aimé », admettent les deux journalistes. C’est sûr, et ils ne sont pas les premiers amoureux déçus à se retourner contre leur créature. Après tout, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. « Mauvais éloge d’un homme que de dire : son opinion politique n’a pas varié depuis quarante ans… c’est louer une eau d’être stagnante, un arbre d’être mort », écrivait Victor Hugo lui-même, qui s’y connaissait en matière de changements de veste. On trouvera cependant un peu culotté que nos deux auteurs qualifient d’« ouvriers de la vingt-cinquième heure » les lepénistes ralliés à la lutte contre l’antisémitisme, quand eux-mêmes sont les ralliés opportunistes de l’antimacronisme désormais dominant. Reste que le livre est passionnant, fouillé, comportant de nombreux témoignages inédits sur les trois années chaotiques du second quinquennat Macron.
Avec deux fautes originelles : la réélection ratée de 2022, avec un président obsédé par la guerre en Ukraine, refusant de faire campagne, ce qui a donné l’impression aux Français de s’être fait voler un moment démocratique cathartique ; et la dissolution, encore plus ratée, de 2024, caprice inexplicable, suicide politique inouï qui ne trouve son explication que dans la psyché particulière du président. Domenach et Szafran se sont réveillés de leur envoûtement le 9 juin 2024, lorsque le président a appuyé sur le bouton nucléaire de la dissolution, plongeant dans la panique et le traumatisme toute l’intelligentsia centriste.
Emmanuel Macron lui-même aurait eu cette phrase à propos de lui-même : « Au début, ils m’ont pris pour un génie, puis pour un génie un peu fou, et plus tard ils me prendront pour un fou. » Les deux journalistes osent aller sur le terrain psychologique. Après tout, ce n’est pas interdit ; et qu’il s’agisse de Donald Trump et de sa mégalomanie, ou de Macron et de son narcissisme, la dimension psychologique a toujours été essentielle pour comprendre les grands de ce monde.
Notons cependant que ce qui était autrefois réduit à une forme de complotisme populiste – à savoir la folie supposée du président de la République – est aujourd’hui interrogé par des centristes raisonnables. Alain Minc, l’inventeur du « cercle de la raison », qui avait vanté en 2017 chez Emmanuel Macron le « seul candidat européen », « partisan de la construction européenne avec des abandons de souveraineté », se demande à voix haute : « Ce type au narcissisme pathologique doit être en dépression, il en a tous les signes cliniques. » Quant à Gérald Bronner, sociologue un temps proche de l’Élysée, il diagnostique un président légèrement autiste, souffrant de lacunes en « métacognition », « la faculté de percevoir les réactions que l’on peut provoquer chez autrui ». Szafran et Domenach vont jusqu’à interroger plusieurs psychologues sur la santé mentale du président ; l’un d’entre eux diagnostique un syndrome de « pervers narcissique ». François Hollande se montre extrêmement dur avec celui qui fut son poulain : « Il n’est pas très respectueux des autres et il ne prodigue pas d’affection. Il embrasse d’autant plus physiquement qu’il n’embrasse pas du cœur. »
Un narcissisme qui l’empêche de bien s’entourer. Le « plus mauvais des DRH » est incapable de faire émerger des personnalités fortes et décapite inlassablement tous ceux qui pourraient lui faire concurrence, à commencer par ses trois premiers ministres : Édouard Philippe, Élisabeth Borne et Gabriel Attal. Contrairement à de Gaulle, qui avait su, par exemple, laisser à Malraux le soin de faire entrer Jean Moulin dans un discours resté célèbre pour l’histoire, Macron s’approprie inlassablement toute la dimension verticale et mémorielle de son règne.
Enfin, l’absence de convictions profondes transparaît dans un « en même temps » devenu cacophonique et insupportable. L’inspecteur des finances, le « Mozart de l’économie », s’est révélé d’une incroyable indifférence sur la question du retour à l’équilibre des comptes de l’État. Szafran et Domenach révèlent une conversation inédite avec Bruno Le Maire, où celui-ci rappelle qu’il avait très clairement averti le chef de l’État que la situation budgétaire était devenue incontrôlable. En vain.
Dans un chapitre hagiographique, ils font de Laurent Berger le super-héros du dialogue social qui aurait pu sauver la France et dépeignent Élisabeth Borne comme une martyre du machisme élyséen. Domenach et Szafran rappellent avec un enthousiasme naïf de « midwit » les saillies prophétiques de leur poulain de 2017, qui proclamait : « Je défends un projet patriote là où Marine Le Pen défend un projet nationaliste. » Ils ont cru à la nécessité de « retrouver un imaginaire commun », de « réunir la France des nomades heureux et des sédentaires qui subissent », et autres billevesées progressistes. « Il nous a perdus comme il s’est perdu », soupirent-ils, sans jamais remettre en question leur propre responsabilité. Comme si l’échec du macronisme n’était que celui d’un seul homme, et non celui d’une idéologie. Comme si le système pouvait continuer sans problème avec un autre personnage, moins fou et plus raisonnable, du genre Raphaël Glucksmann. Comme si la psychopathologisation du « cas Macron » servait avant tout à sauver les idées qui l’ont porté au pouvoir. o ■ o EUGÉNIE BASTIÉ













C’est pas changer de système ni de personnel politique, c’est changer de régime ! VLR.
« Léché, lâché, lynché. »… et blanchir ses complices pour vite les resservir, comme on le fait pour la viande avariée.
Il y a bien longtemps (2020 ?) que, comme la majorité du Peuple de France, j’ai passé le « Couillon de l’Elysée » par pertes et profits.
L’ancienne génération avait coutume de dire: « Je ne parle pas aux khons car ça les éduque » – Je la paraphrase en écrivant : » Je ne parle pas des khons car ça les maintient inutilement dans la lumière ».
Autrement dit, moins on parle du « Couillon Débile Squatter de l’Elysée », plus vite la France et les Français se retrouveront sur le chemin de la convalescence. Le livre commenté est donc parfaitement inutile et ne devrait pas se vendre à plus de 10 000 exemplaires (soit en moyenne une centaine par département: 500 à Paris et 5 dans la Creuse !)
C’est le principe du bouc émissaire, sacrifier un coupable pour sauver le système
Eugénie Bastié imagine que «la psychopathologisation du “cas Macron” [pourrait servir] avant tout à sauver les idées qui l’ont porté au pouvoir»… Mais elle n’a pas la présence d’esprit de pointer du doigt que les fameuses «idées qui l’ont porté au pouvoir» sont le symptôme manifeste d’une psychopathologie du pouvoir lui-même tel qu’il est conçu.
On voudrait pathologiser Trump, ce qui est une absurdité, car Trump est ce qu’il est, sans doute, mais il jouit d’une parfaite santé mentale, alors que des choses comme Macron et TOUS ceux qui l’ont accompagné sont bel et bien des cas pathologiques, à commencer par Alain Minc, Szafran et Domenach. La pathologie essentielle et, d’ailleurs, exclusive, de ces gens-là consistant à prendre tout ceux qui ne sont pas eux-mêmes – ou, tout du moins, de leur ridicule coterie – pour des demeurés mentaux. Et ce n’est pas «façon de parler» que de dire ce que je dis, il s’agit bien de la réalité. Autrefois, on aurait parlé de cas paranoïaques, tout simplement, mais, en politique, on a voulu réserver un tel cas au Führer, sans voir que, si le Führer était bien tel, en ce cas exactement précis, alors, les Macrons actuels aspirent à être un nouveau Führer, mais en bande organisée, cette fois.
Je me rappelle parfaitement mon opinion du Macron candidat de 2016-17 : je me réjouissais à l’idée qu’un tel guignol caricatural n’allait évidemment pas pouvoir emporter plus de 3 ou 4% des suffrages… Comme quoi, si je suis un impeccable psychologue, je n’ai aucun sens de la politique moderne…
Que l’on ose se repasser – à coups de fer à défriser, tant qu’à faire – quelques-uns de ses mitinges et que l’on ose me dire si l’imbécillité vibrillonne n’avait jamais connu un aussi égosillé représentant. Et pensons à tous ces mélomanes sourds comme des pots qui lançaient le nom de Mozart sur le ton de la rengaine publicitaire – gageons qu’il n’a jamais effleuré personne d’imaginer de louer un «Rotschild de la musique», et ce, pour cette excellente raison qu’il ne saurait y avoir la moindre communication entre partition et portefeuille d’actions, sauf à ce que des scies faites tubes dégoulinent en spots obligatoires sur toutes les chaînes de radio, dans les supermarchés, et jusque dans les salles d’attente des merdecins – il en est ainsi au cabinet de celui de par chez moi !!!! – ce qui me rend fou de rage, évidemment…
Macron est une abomination, non tant pour ce qu’il est que pour ceux qui l’ont fait, qui lui ont léché le train et ont accepté de se faire mettre et remettre insatiablement.
Et, encore aujourd’hui, j’en entends qui répugnent à médire, sous prétexte que ce serait porter atteinte à la dignité du Président de la République, alors que ce sont les présidence et république qui n’ont jamais cessé de porter atteinte à la grandeur de la France, jusqu’à la caricature insupportablement actuelle.