
La dénonciation de « l’illusion postnationale », le constat du retour des nations — comme si, de fait, elles avaient jamais cessé d’exister —, la redécouverte, avec une certaine forme de délectation, du réalisme politique : tout cela parcourt cet article du JDD (24/1), comme beaucoup d’autres rédactions… JSF
Par Antoine Fenech.
TRIBUNE. Le retour de l’impérialisme américain sonne le glas de l’ordre mondial fondé après la chute de l’URSS et inflige une violente cure de réalisme à l’Europe. Pour le journaliste Antoine Fenech, cette rupture historique marque la fin de l’illusion post-nationale.

L’élection américaine de novembre 2024 restera comme une date de rupture historique. Elle n’est pas seulement une alternance politique à Washington, mais le signal visible de la fin de l’ordre international né de l’après-guerre froide. Durant trois décennies, l’idée s’était imposée qu’un monde post-national, organisé par le commerce, le droit international et les institutions supranationales remplacerait la vieille logique des puissances. Cette parenthèse se referme.
Le basculement était engagé depuis longtemps. La Chine s’est affirmée comme le centre de gravité de l’Asie, la Russie a repris l’initiative en Europe orientale, le Moyen-Orient se réorganise autour de l’Arabie saoudite et de la Syrie face à l’Iran, tandis que l’Inde et le Pakistan demeurent des pôles rivaux en Asie centrale. Partout réapparaît la même grammaire géopolitique : intérêts vitaux, frontières, zones d’influence. Le monde que l’on croyait dépassé n’était qu’en sommeil.
La fin du modèle bruxellois
Le mondialisme des années 1990-2010 apparaît désormais comme une construction idéologique fragile. Il a créé des dépendances industrielles, accentué les fractures sociales et désarmé les démocraties face aux régimes autoritaires. Les États reviennent donc à leur fonction première : protéger leurs peuples et défendre leurs intérêts stratégiques. Dans ce contexte, la doctrine Monroe retrouve une actualité inattendue, tandis que l’Union européenne, conçue pour dépasser les souverainetés nationales, semble aller à contresens de l’époque. L’avenir du continent ne pourra vraisemblablement reposer que sur une confédération d’États-nations coopérant par pragmatisme plutôt que par injonction normative.
« Le retour du monde des puissances impose de retrouver la maîtrise des frontières, l’indépendance de la justice, la souveraineté agricole »
Le reflux du modèle bruxellois est déjà perceptible. De la Suède à la Hongrie, de l’Autriche à l’Allemagne, plusieurs gouvernements contestent l’interprétation extensive de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, notamment en matière d’immigration familiale. Au-delà de cette question, c’est le principe même d’une tutelle juridique supranationale qui est mis en cause. L’Europe institutionnelle découvre qu’il est difficile de gouverner durablement contre les volontés nationales.
Le retour des nations
La rupture la plus spectaculaire concerne l’Otan. La nouvelle administration américaine voit dans l’Alliance un facteur d’entretien du conflit ukrainien et un système d’assistance militaire devenu coûteux pour Washington. Sa stratégie semble articulée autour de trois axes : mettre fin à la guerre afin de favoriser un rapprochement avec Moscou et d’éloigner la Russie de la Chine ; sécuriser les ressources stratégiques ukrainiennes, en particulier les terres rares ; contraindre les Européens à assumer eux-mêmes le financement de leur défense. Qu’il s’agisse d’un effritement progressif de l’Alliance ou d’un retrait unilatéral américain, le parapluie atlantique paraît destiné à se refermer.
Les conséquences pour l’Europe seront considérables. À court terme, la poursuite des combats en Ukraine risque d’ajouter des centaines de milliers de morts à une tragédie déjà immense et d’aggraver l’inflation énergétique ainsi que le déclassement industriel du continent. À moyen terme, l’Union européenne pourrait se fragmenter, chaque État reprenant sa liberté stratégique. L’Allemagne s’oriente déjà vers un réarmement massif et une politique commerciale plus autonome, tandis que plusieurs pays redécouvrent la nécessité d’un dialogue avec la Russie, partenaire géographique et économique incontournable.
Pour la France, cette période ouvre une phase de vérité. Le retour du monde des puissances impose de retrouver la maîtrise des frontières, l’indépendance de la justice, la souveraineté agricole, l’autonomie énergétique, la réindustrialisation et une liberté budgétaire réelle. Le temps des illusions s’achève ; celui des responsabilités commence. L’ordre international qui s’esquisse sera plus rude, mais il aura au moins le mérite de la clarté : les nations devront de nouveau assumer leur destin sans se réfugier derrière des constructions juridiques devenues impuissantes. o ■ o ANTOINE FENECH













Toutes les portes ouvertes depuis longtemps sont passées en revue ! Exercice futile; perte de temps; ce Fenech est comme le porte-parole des y-aurait-qu’à qui ne vont même pas jusqu’au faut-qu’on. Ils ont peur de l’ombre d’une décision, d’un engagement clair. Une telle litanie de poncifs suffit à pomper toute leur énergie, à nourrir leur bonne-conscience. Pourquoi ne pas étudier ce qui pourrait résulter, en bien et en mal, de l’article 50 , le seul levier juridiquement clair et incontestable à notre disposition ? Au fond, M. Fenech est un bavard résigné, un plumitif sans bec, ni serres, ni ergots pas un journaliste. On pense à la fameuse image du coq chantant sur son tas de foutaises. Il le dit : « les nations devront de nouveau assumer leur destin sans se réfugier derrière des constructions juridiques devenues impuissantes » que ne donne-t-il l’exemple !
Je n’ai rien contre le fait d’enfoncer des portes ouvertes. Si elles le sont, c’est qu’il faut insister.
Mais ne nous la jouons pas : ni les journalistes, ni les commentateurs, ni même les responsables politiques favorables au Frexit n’ont aujourd’hui le pouvoir de mettre en œuvre l’article 50 et de sortir de la satanée UE.
De Philippe de Villiers à François Asselineau, de Charles Gave à Florian Philippot, tous y sont favorables. Aucun n’est en position de le déclencher.
Alors à quoi bon sommer Pierre ou Paul d’agir sur-le-champ, comme si cela dépendait d’un simple coup de menton ?
@ Di Guardia : Sur la situation immédiatement présente, vous avez raison. Mon exigence serait de lire et d’entendre des propositions concrètes, des réflexions tactiques et stratégiques: l’UE, comment s’en débarrasser ? comment briser le silence des uns et mettre en sourdine les vaines jérémiades des autres ?
Antoine Fenech demande aux nations « d’assumer leur destin, » face aux dérives de l’Europe de Bruxelles. Il existe souvent une tentation de fuir notre propre histoire, et non de l’assumer, en nous enracinant dans celle de notre « communauté de destin » C’est ainsi que Piere Boutang voit la nation.
Ne s’agit-il pas ici du refus de nous laisser imposer notre destin de l’extérieur, ici une machine bureaucratique, qui tourne à vide, au détriment de notre liberté, et de notre vocation ? N’est-ce pas là aujourd’hui l’enjeu essentiel ?
N’est-ce pas le souhait du « Grand Inquisiteur » ( de Dostoïevski) : celui de nous faire renoncer à notre liberté, à son poids, pour sauvegarder un confort hypothétique, nous conduisant ainsi à une euthanasie douceâtre et générale, celle qui nous menace directement si nous observons les lois annoncées.
Finalement Antoine Fenech par son exigeante lucidité nous redonne courage. Certes, à notre échelon, nous ne sommes pas tous en situation de prendre, tout de suite, les mesures de salut nécessaires, mais nous pouvons par notre lutte, notre réflexion, notre conscience ( éclairée) les inspirer : le refus indéfectible de nous laisser circonvenir, en affirmant notre foi à un destin librement assumé, et non imposé.
Alors comme dans le film « Andreï Roublev » sonneront les cloches de notre délivrance, c’est ainsi que je vois aussi notre soutien à la famille de France.