
L’Occident, Empire défait, impuissant et corrompu, est également complètement dépravé
La tiédeur n’est pas un reproche qu’on puisse adresser à Régis de Castelnau. Il vient de publier, le 3 février, ce formidable réquisitoire contre l’état déliquescent de ce qu’on appelait autrefois l’Occident, dont on pouvait encore revendiquer la puissance et la civilisation. Le tour d’horizon géopolitique auquel se livre Castelnau peut paraître discutable sur tel ou tel point. Mais on ne saurait contester la pertinence du constat global, qui se conclut par la réémergence de l’affaire Epstein, scandale qui, des deux côtés de l’Atlantique, prend des proportions d’une ampleur sans équivalent. Les soi-disant élites des pays concernés y gagneront un discrédit plus grand encore que celui, abyssal, qui les frappe déjà. Le dégagisme s’imposera sans doute, avec, parmi les peuples, une conscience accrue de l’ampleur du naufrage. JSF

Rubrique : Défaite
Dans un contexte d’accélération vertigineuse de l’Histoire, l’Occident multiplie les occasions qui illustrent les diagnostics que tous les observateurs sérieux sont contraints d’effectuer. Ce fut d’abord, avec l’étincelle russe de février 2022 qui mit le feu à la plaine, imposant l’évidence de l’immense virage historique qui s’amorçait : celui de la fin de l’ère de la domination occidentale et de la globalisation comme forme moderne de cette domination. Nous avons, dans un article précédent, rappelé que nous avions, dès ce moment-là, pointé cette réalité. Il ne s’agissait pas du fruit d’une capacité d’analyse exceptionnelle, mais une telle position relevait simplement de l’évidence.
Au-delà du constat des processus déclenchés par l’intervention russe, les événements imposaient de regarder le monde tel qu’il était. Et d’y voir le bond en avant de la Chine, l’émergence du Sud global, la puissance retrouvée de la Russie, les faiblesses occidentales, l’impéritie effarante de ses élites incapables de simplement comprendre ce qui se passait. Avec, comme conséquences, un refus obstiné du réel, des erreurs sans nombre, des stratégies suicidaires, accompagnées de discours de propagande ineptes, le tout donnant le spectacle de l’impuissance et du ridicule.
Toutes les prévisions de ceux qui, en Occident, gardaient la tête froide se sont réalisées. Dès le printemps 2022, la « victoire » de l’Ukraine contre la Russie, fût-elle totalement soutenue et financée par l’Occident et son bras armé de l’OTAN, était considérée comme impossible. Que l’économie russe, qui se préparait aux sanctions depuis 2014, supporterait parfaitement le choc, que l’offensive ukrainienne de 2023 serait un échec sanglant, que la stratégie méthodique russe d’attrition de l’OTAN et de son proxy ukrainien aboutirait inéluctablement à leur défaite.
L’Occident et son hégémon, confrontés à la défaite
Celle-ci est consommée. Entre-temps, les États-Unis ont élu un président accompagné d’une équipe qui a au moins pris la mesure d’une partie du changement du monde. Et qui a, par conséquent, décidé d’essayer de s’y adapter, en conservant à l’Amérique sa place première dans le monde. Il fallait pour cela démontrer une puissance économique à base de protectionnisme et de réindustrialisation, une puissance militaire permettant de rester en partie le gendarme du monde, et imposer ses désirs en démontrant une force intacte.
Le constat est dramatique. De l’Ukraine à la Chine en passant par le Yémen, le Venezuela et l’Iran, les États-Unis vont d’échecs en échecs militaires et diplomatiques. Impossible pour l’instant de se débarrasser du boulet ukrainien, capitulation commerciale devant la Chine, maintien du régime bolivarien à Caracas, et échec de la révolution de couleur à Téhéran. Les rodomontades bizarres autour du Groenland débouchant sur un piteux recul, celles concernant l’Iran qui semblent prendre le même chemin, les gesticulations internes dans un pays au bord de la guerre civile, tout cela témoigne non seulement d’une grande faiblesse, y compris militaire, mais donne à voir les symptômes de quelque chose qui commence à ressembler, pour l’empire, à une dislocation.
Nous avons qualifié ce moment « d’Empire romain devenu fou ». Sachant aussi, avec le néolibéralisme triomphant, que cet empire était désormais totalement corrompu. Avec un fonctionnement même de la démocratie américaine qui l’est dans des proportions vertigineuses. Rejointe sur le podium par une Union européenne, et l’indéboulonnable caricature germanique à sa tête. Accompagnée par la France dirigée par un psychopathe grotesque qui démembre méthodiquement le patrimoine national en gavant ses amis au passage.
Et voilà maintenant qu’avec l’affaire Jeffrey Epstein agissant comme un révélateur, nous constatons que cet Occident impuissant et corrompu est également complètement dépravé.
Je n’ai pas grand-chose à dire sur cette affaire, ne m’étant guère passionné pour toute cette histoire. Malgré une conviction sur le caractère fantaisiste de l’information selon laquelle Epstein se serait suicidé. Tous les éléments semblaient attester d’une élimination même pas discrète. Une vision générale sur l’aspect sexuel de toutes ces aventures, où la dimension de proxénète de luxe du personnage m’apparaissait évidente dans un contexte de corruption généralisée.
Quant à l’aspect « service secret » où le Mossad l’aurait instrumentalisé pour organiser massivement des « kompromat », il me semblait plus obscur et peut-être jugeais-je inutile d’en passer par là pour me convaincre de l’influence du lobby israélien sur la politique américaine. Je trouvais plus convaincante l’analyse de Pascal Clérotte qui y voit « avant tout de la très grande criminalité financière. Entre haute finance, shadow banking, crime organisé, fraude fiscale, blanchiment d’argent, circuits offshore, corruption politique, élites mondiales, réseaux d’influence, services de renseignement, commerce d’armes, et la systématique connexion avec l’État d’Israël ».
Cependant, pour ce qui me concerne, la publication, promise depuis longtemps, de ces millions de documents a changé la donne et, malgré le verrouillage indigne de la presse système française, le scandale éclate enfin dans toute son ampleur. Celui du spectacle d’une dépravation généralisée des élites occidentales.
Quelques pitoyables domestiques s’essaient bien à la diversion avec leurs slogans habituels « Antisémites ! Complotistes ! Conspirationnistes ! Célérus, célérus, célérus », mais c’est peine perdue : l’incendie commence à s’étendre à toute la plaine. À la française en particulier.
Le propos n’est pas ici de fournir informations, révélations, analyses, jugements sur cette affaire, on laissera ce soin à d’autres. Mais simplement, avec ce qui ressemble à un voile que l’on déchire, de faire le constat d’un état de pourriture.
L’Occident, Empire défait, impuissant et corrompu, est également complètement dépravé
Parce que ce que ce scandale donne à voir, c’est la profonde gangrène de tout un système. Celui où les élites incompétentes et corrompues, non seulement se permettaient tout, donnaient libre cours à leur cupidité, leur cynisme, leur absence de morale, leur nihilisme. Mais ça, on le savait.
Et voilà qu’on réalise qu’ils ont également basculé dans des comportements qui ont aboli les limites de la décence à base de luxe effréné, de consommation massive de stupéfiants, de sexualité débridée, de proxénétisme, et le pire, de prostitution enfantine (!!!).
Soyons clairs : l’orientation sexuelle relève de la vie privée, de la même façon que les pratiques entre adultes consentants. Mais il ne s’agit absolument pas de ça. Et avec cette publication massive et les polémiques qui l’accompagnent, avec les révélations de ces connivences parfois écœurantes, on réactive des souvenirs, on change de regard sur certains événements, et alors on renonce à la naïveté, à l’ingénuité, on renoue les fils et tout s’éclaire.
C’est l’impunité accordée à un être tel que Pierre Bergé. Alors qu’on savait tout. Mais comme il était riche et finançait la fausse gauche avec l’argent de son compagnon mort, toute la caste s’est répandue, Nicolas Sarkozy en tête, en lamentations horriblement hypocrites.
Ce sont les conditions de la mort du très corrompu Richard Descoings, destructeur de Sciences Po. Bénéficiaire des mêmes déplorations de la part des mêmes. C’est la sinistre affaire Duhamel-Kouchner prestement remisée sous le tapis, la complaisance vis-à-vis de l’imposteur Cohn-Bendit, c’est le député qui propose de la cocaïne à son fils, un autre qui se fournit auprès d’un client de 14 ans (!), sans aucune espèce de conséquence pour les deux délinquants.
C’est l’impunité d’un Jack Lang alors que l’on sait tout. C’est la complaisance protectrice de Saint-Germain-des-Prés pour des dévoyés sexuels sous prétexte qu’ils seraient écrivains. C’est ce ministre de la Culture qui revendique son goût pour les prostituées asiatiques mineures et raconte complaisamment dans des livres son tourisme sexuel dans les pays pauvres.
Ce sont même les amis politiques de Bruno Retailleau qui maintenant meurent dans les chemsex. Ou le sénateur poursuivi pour tentative de viol qui reconnaît un trafic de drogue que l’on nous dit massif dans les assemblées.
On s’arrêtera ici car l’on pourrait dérouler une litanie qui serait interminable mais qui est en fait le révélateur d’un véritable effondrement moral. Les faits qu’elle décrirait, pris isolément, sont vieux comme le monde, mais au moins Gilles de Rais finira pendu et brûlé.
Aujourd’hui, le phénomène semble généralisé, y compris dans les pires excès, comme le montre l’affaire Epstein. Il n’y a, semble-t-il, manifestement plus aucune limite, avec l’ensemble du système désormais gangrené. Et bénéficiant d’une garantie d’impunité.
Le ministère de la Justice des États-Unis a confirmé que, malgré toutes les révélations qu’implique cette publication, il n’y aurait aucune autre poursuite judiciaire dans cette affaire. On se doute bien que la justice française fera de même. Jack Lang, qui « assume », et sa fille, qui profitera de ce qu’Epstein a légué, peuvent dormir tranquilles.
Comme je l’ai déjà indiqué, pour la chute de l’Empire romain je me réfère souvent à l’œuvre d’Edward Gibbon, le fameux « Decline and Fall ». Pour décrire la dépravation romaine, Gibbon, soucieux d’épargner les chastes lecteurs, avait trouvé une astuce. Celle-ci consistait à rédiger en latin les passages relatifs à la vie privée des acteurs, et en grec lorsqu’il fallait aborder les parties sexuelles parfois débridées de leurs activités dans un empire en décomposition.
Aujourd’hui, inutile d’apprendre le latin et le grec : tout est sur la table. o ■o RÉGIS DE CASTELNAU
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Régis de Castelnau…
est un avocat français à la retraite, devenu une figure identifiée du débat public via son blog et sa chaîne YouTube.
Il s’inscrit dans une tradition de critique politique et médiatique assumée, revendiquant une lecture souverainiste et républicaine des affaires publiques.
Son propos se distingue par une solide culture juridique et historique, qu’il mobilise pour analyser institutions, conflits internationaux et fonctionnement des médias.
Il adopte un ton volontairement polémique, cherchant moins le consensus que la confrontation argumentée.
Cette posture lui vaut une audience fidèle, sensible à son discours de rupture avec les narratifs dominants.
Ses analyses, même contestées, participent à la pluralité des points de vue dans l’espace public. Il apparaît ainsi comme un observateur engagé, plus commentateur critique que prescripteur politique.
Note établie par recours aux archives sur la toile.













Les Yankees ont fait muter leur fumeux «rêve américain» depuis le puritanisme moral de leur origine au puritanisme politique, ce qui a produit le «politiquement correct». Celui-ci a pu entamer son processus hégémonique lorsque, à la «chute du Mur» (comme on dit), la collusion capitalo-communiste a pu se lancer dans la contre-Révélation des doctrines libérales-socialistes et la nouvelle religion que cela supposait… Les contre-prêtres de celle-ci pouvaient se repérer à ceci qu’ils feignaient d’adoucir leur radicalité saint-simonienne (lire impérativement Stello d’Alfred de Vigny), leur inclination libertaire antérieure, dans l’approche dite «sociétale» (quel vilain mot ! du reste) des questions vulgairement qualifiées d’«existentielles» ; quelles qu’elles soient, il n’y a de réponses que celles subordonnées à la conception d’une «société telle que l’on veut qu’elle soit» ; et chacune de ces réponses devient «pavlovienne», faisant peser sur la méchante «opinion publique» toute l’obésité cérébrale d’un tout frais émoulu impératif «moral».
Mais voilà, cette introduction du puritanisme dans la sphère dite «politique» a impliqué le contrepoids de la lubricité intrinsèque à toute «raison» raisonnable qui ne veut plus que raisonner , et ce, dans un dualisme qui appelle à cors et à cris une résolution quelconque.
C’est ainsi que les contre-prêtres de cette religion reposant sur la révélation révolutionnaire des «Droits d’l’Homme» ont pu officier en toute «liberté, sermonnant le dogme des «libérations», jusqu’à la «libération» fondamentale, celle qui concerne essentiellement le «corps» physique, auquel il est accordé la primauté; primauté inéluctable, quand l’âme est alors réduite au seul processus psychique de somatisation (c’est-à-dire qu’elle n’est plus à considérer qu’en tant qu’elle affecte le corps) et que, plus «diabolique» encore, le sens de l’esprit est absolument nié.
Le corps gouverne alors, immanquablement. Ainsi résumé à l’état corporel, l’humain ne peut plus connaître aucun autre ressort que ceux des réflexes, lesquels, comme on le sait pertinemment depuis Pavlov, peuvent être scientifiquement conditionnés, et ce, d’autant plus efficacement que, comme dans le dressage des animaux, on y fait intervenir la «récompense».
Or, quelle «récompense» l’emporte-t-elle sur toutes les autres ? Celle de la jouissance, sans conteste, et «sans entraves», qui plus est… D’où la fameuse «exaltation de tous les sens» (d’après le «dérèglement de tous les sens» rimbaldien), qui est l’euphémisme pseudo-poétique pour dissimuler le dégoûtant prosaïsme de la lubricité.
ET c’est ainsi que – d’un côté, la sclérose étant politisée, et, de l’autre, les instincts étant socialement exploités – l’entrain des hommes est conduit à ces bassesses bestiales que sont les appétits matérialistes de la sexualité et de la fiduciarité, tous objets strictement mortifères (la «seconde mort» de l’Apocalypse) – le répugnant et diabolique cérébralisme de Georges Bataille affectionnait l’allégorique formule «petite mort» pour désigner l’orgasme.
Or, le salingue personnage de Jack Lang, dont on parle en ce moment, est très exactement la figure française la plus représentative de toutes ces dépravations ; et c’est dans ce genre de figure, m’est avis, que passera le châtiment. Moyennant quoi, je me prends à espérer que son exposition au pilori puisse donner le signe du commencement d’un renversement.
Il reste seulement à souhaiter qu’un bon cancer des testicules aille se déclarer dans les caleçons de ce cancrelat, de ce cancre-là, et que ce chancre-là gagne sa postérité corporelle, pour que nous puissions commencer à voir se dessiner à l’horizon merveilles et enchantements.