
« Après la Cour des comptes, ces autres nominations sensibles qui vont focaliser l’attention«
Par Grégoire Poussielgue.
Cet article est paru le 10 février. Il donne le ton du climat actuel. Les lecteurs apprécieront, commenteront, s’ils le souhaitent. JSF

En nommant Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, le chef de l’Etat est accusé de vouloir placer des proches à tous les postes clés avant 2027. Plusieurs nominations importantes sont attendues dans les prochaines semaines.
Les réactions n’ont pas traîné et elles ont été virulentes. Le projet d’Emmanuel Macron de nommer la ministre des Comptes Publics, Amélie de Montchalin, à la Cour des comptes a immédiatement déclenché une polémique. « Ce n’est pas la qualité de la personne qui est en jeu, mais chacun comprendra du danger que courrait cette institution, une de celles en laquelle les Français ont confiance, si était nommée à sa tête quelqu’un qui ne peut garantir le minimum de neutralité et d’indépendance vis-à-vis du pouvoir en place que réclame cette fonction décisive », a dénoncé sur X le député LFI Eric Coquerel, président de la commission des Finances à l’Assemblée.
Il a reçu une réponse tiède de la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, qui a insisté, ce mardi dans l’hémicycle, sur « l’indépendance » d’Amélie de Montchalin et la collégialité de la Cour des comptes.
« Cette dérive est grave »
Même tonalité au Rassemblement national (RN). « Le régime agonisant d’Emmanuel Macron veut nommer une personne qui fera tout son possible pour maquiller la ruine des comptes publics dont il est responsable, ruine à laquelle Mme de Montchalin a d’ailleurs directement participé », a dénoncé le député Jean-Philippe Tanguy sur X.
Les critiques ont dépassé les rangs des deux opposants les plus irréductibles. « Quand le macronisme s’effondre dans le pays, il s’arc-boute sur les contre-pouvoirs. Nommer une ministre en exercice à la tête de la Cour des comptes, c’est transformer une autorité de contrôle en annexe du pouvoir. […] Après la Cour, la Banque de France ? Cette dérive est grave », ont dénoncé Les Républicains.
Les socialistes n’ont pas été en reste. « Quand le président de la République confond indépendance et subordination, ou donne l’impression de le faire, cela nous pose un problème et pose un problème plus largement à la démocratie », a dénoncé le député Arthur Delaporte. Les voix soutenant Amélie de Montchalin se sont faites plus discrètes. « J’imagine que si M. Mélenchon était président de la République, peut-être nommerait-il plutôt Eric Coquerel qu’Amélie de Montchalin », a ironisé Marc Fesneau, le patron des députés Modem.
Gouverneur de la Banque de France
Après avoir nommé Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel, Stéphane Séjourné à la Commission européenne ou encore l’ancienne ministre Emmanuelle Wargon à la présidence de la Commission de régulation de l’énergie, Emmanuel Macron est accusé de privilégier des proches pour les nominations.
« Tous ceux qui manifestent de la défiance à l’égard du pouvoir public, comment ne seraient-ils pas encouragés par ce type de décision ? C’est une forme de provocation de la part de l’Elysée », dénonce un poids lourd du Sénat. Les accusations de nominations « politiques » ne sont pas nouvelles, mais en cette période de fin de règne, elles retrouvent beaucoup de vigueur.
Plusieurs nominations importantes doivent avoir lieu dans les prochains mois. Il s’agit notamment de trouver un successeur à François Villeroy de Galhau après son départ surprise de la Banque de France annoncé lundi. Le nom de l’actuel président de l’Autorité de la concurrence, Benoît Coeuré, circule tandis qu’un autre successeur potentiel serait le secrétaire général de l’Elysée, Emmanuel Moulin.
Emmanuel Macron veut verrouiller toutes les nominations avant la présidentielle. Ça en dit long sur leur confiance dans la victoire en 2027.Un député du socle commun
Autre poste clé remis en jeu prochainement, celui – très stratégique – de la vice-présidence du Conseil d’Etat, véritable numéro un de cette institution constituant l’un des piliers de l’Etat de droit. L’actuel vice-président, Didier-Roland Tabuteau, aura 68 ans le 20 mai prochain et sera atteint par la limite d’âge. Un décret portant admission à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 21 mai a été publié fin janvier.
D’autres nominations sont dans les tuyaux, comme celles, attendues depuis de longs mois, à Business France, pour laquelle le nom de Louis Margueritte, ancien député macroniste et directeur adjoint du cabinet de Sébastien Lecornu, circule avec insistance. A la présidence de RTE, Emilie Piette, la secrétaire générale adjointe de l’Elysée, est favorite pour succéder à Xavier Piechaczyk.
« Emmanuel Macron veut verrouiller toutes les nominations avant la présidentielle. Ça en dit long sur leur confiance dans la victoire en 2027 », se désole un député du socle commun.
Préparer 2032
Comme les autres présidents de la République, l’actuel locataire de l’Elysée est très présent dans les nominations importantes et pratique le recasage. « Emmanuel Macron estime qu’il recase moins que ses prédécesseurs, mais il le fait. Il est très impliqué dans les nominations, recevant lui-même les candidats, et il l’assume. La question est de savoir s’il le fera dans sa dernière année de pouvoir », estime le journaliste Michaël Moreau, qui vient de consacrer un livre aux nominations par les présidents de la République (*).
Le chef de l’Etat est accusé par ses oppositions de penser à son retour en 2032, en distillant çà et là des petites phrases comme il l’a fait lundi à l’occasion d’une remise de décorations à plusieurs de ses fidèles, comme les anciens ministres Olivier Dussopt et Stanislas Guerini. « Il y a une tentation chez lui de préparer 2032 », décrypte un député. Si nommer des fidèles à des postes clés n’est pas une condition nécessaire, elle peut préparer le terrain.o■oGRÉGOIRE POUSSIELGUE
(*) « Sa Majesté nomme. Enquête sur un pouvoir exorbitant ». Chez Robert Laffont 19,90 euros.












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Echanger des socialos contre des macronos pérennise le système. Vive l’assiette au beurre