

Quentin est mort.
Ce jeune catholique nationaliste et proche des milieux royalistes a été lynché par des « antifas » à Lyon.
Cela rappelle malheureusement les assassinats de militants nationalistes et royalistes français dans les années 1920, motivés par la haine de quelques fanatiques descendants des sans-culottes de la première république.
Nous nous inclinons devant le cercueil de ce jeune militant politique et nous prions pour le repos de son âme.
Nous présentons toutes nos condoléances à sa famille et à ses proches.
Et maintenant, que justice soit faite !












Le titre dit strictement «que justice soit FAITE», il n’est pas écrit «rendue». Il s’agit de bien mesurer la nuance de l’alternative proposée entre les mots employés… Cependant, il s’agit de mesurer aussi jusqu’à quel point nous ne sommes pas de taille à «faire» justice. Devrait-on se satisfaire de cette incapacité, remercier Dieu de ne pas être pavloviennement disposés nous-mêmes à la tentation vengeresse, ou bien doit-on déplorer amèrement ce à quoi nous sommes réduits – par conscience ? Par éducation ?…
Cela tient à ce que le monde étant allé comme il est allé, jusqu’à l’aboutissement actuel, nous sommes fondés à nous demander si ce monde-là a bel et bien «abouti» ou s’il peut encore nous réserver de nouvelles sataneries. Car il s’agit bien de «sataneries»… Ce n’est pas tant la réduction de Quentin à cette «mort cérébrale» – socialement, émotivement, amicalement, intolérable – qui est effrayante que les conditions «environnementales» dans lesquelles elle a été produite.
Aux temps de la «guerre juste», la justice était présente à l’esprit de tous les camps, on combattait avec honneur – «pour l’honneur de ma dame et l’honneur de la chevalerie ! » –, un beau jour de 1789, on a entrepris de se battre «pour des idées». Ce qui a impliqué le «combat des idées», avec le corollaire qu’une nouvelle «valeur» apparaissait, «valeur» entendant se substituer à la Valeur guerrière. Cette nouvelle «valeur» est celle attachée à ce que telle «idée» pourrait légitimement conduire à ce que l’on adoptât des comportements humains justifiés par l’idée en question et non plus par l’honneur – qui est partout et chez tous exactement le même – ; il en a donc été déduit que telle idée pouvait rivaliser avec telle autre, ce qui rendait sémantiquement acceptable qu’un «principe» pût en concurrencer un autre, or, il y a là contradiction majeure : il n’existe pas plusieurs principes mais un seul, sauf à tout cartésianiser bêtement et à introduire comme logique suprême l’illogisme de «tous les goûts sont dans la nature», illogisme induit par le dualisme raisonneur «matière-esprit», dualisme ouvrant sur ce que j’appellerai le «scissiparitisme» car, au fond, pourquoi donc se limiter à ces deux seules notions philosophico-atomistes ? D’où, mulitiplication «de principe(s)» (dans les deux sens de la formule) pour l’élaboration transgenriste d’une foule de pseudo-principes divers et variés, chacun pouvant justifier une chose et son contraire, et ce, au nom de la «tolérance». Jusqu’à la tolérance «bien ordonnée», qui ne peut commencer que par soi-même ou, pour mieux dire, par «la haute idée» de soi-même que chacun s’entend à faire valoir… Et c’est ainsi que, le Principe premier ayant été décomposé, les fragments se recomposent par besogne de raison ; c’est ainsi que, la «morale» ayant été diluée, l’amoralisme se condense en ce que l’on appelle «manichéisme», etc. Jusqu’à aboutir – donc : ABOUTIR, bel et bien – à la plus idiote, à la plus compassée des idées selon laquelle le «moi» a raison et que, si «autrui» n’est pas comme je suis, il n’a pas lieu d’exister en cet «en dehors» que ses idées représentent aux yeux des miennes.
Les idées justifient alors tout ; ou, plutôt, une seule idée a fatalement émergé d’entre le marais des prétendues «idées» individuelles, celle-ci n’étant évidemment pas une «idée» au sens synthétique du terme (l’équilibre platonicien entre eidos et idea, «image mentale» et «forme intelligible») mais ce que l’on doit appeler «idéologie» et concevoir comme telle.
Les idéologies totalitaires du démocratisme se sont substituées à l’idée «maîtresse» dont procède tous les aspects distingué de celle-ci dans ce que l’on connaît sous le nom de Création, qui est ce que et dans quoi nous autres, «frères humains», vivons.
Pour «se faire une idée» du processus, (si l’on ose dire, ici) rappelons-nous que, doctrinalement, «l’idéal» communiste n’était pas atteint, mais continuellement en préparation ; le communisme se réservait comme aboutissement un «paradis» non plus même «artificiel», mais strictement matériel, affranchi de toute notion spirituelle, résolvant ainsi le dualisme cartésien par le «matérialisme dialectique» accompli dans cet «homme machine», vers lequel les sociétés actuelles tendent de mieux en mieux.
Les troupes d’hommes machines constituent une «avant-garde» – désormais, plus que révolutionnaire, car la révolution a été accomplie précédemment en maints lieux de la planète –, cette «Jeune Garde» bien nommée, instituée «gardienne de la Révolution», intrinsèquement conçue pour tuer, en «bandes organisées», dans les rues aussi bien que dans les administrations.
Et chacune de ces bandes est programmée selon l’abominable conviction forgée par Max Weber fondée sur la répugnante théorie de la détention admissible d’une «violence légitime», débouchant infailliblement sur le sentiment euphorisant de disposer d’un «droit de tuer».
La Justice se «fera» seule, car elle ne saurait plus être «rendue» avec honneur. Rendre la Justice est une prérogative exclusivement royale, c’est-à-dire GUERRIÈRE, or, la Guerre c’est l’instauration de la Paix, par la résolution des désordres, à commencer par nos désordres égocentristes, égotistes, égoïstes…
«Cherch[ons] d’abord le Royaume de Dieu et Sa Justice, tout le reste [n]ous sera donné par surcroît. »(Matthieu VI, 33.)
L’opposition inaugurale entre « justice faite » et « justice rendue » est décisive. Le texte opère ici une distinction ontologique et non simplement lexicale.
Rendre justice suppose une souveraineté, une capacité instituée à trancher avec autorité et honneur.
Faire justice, au contraire, relève d’un processus qui excède l’agent humain : la justice advient, parfois malgré nous, parfois contre nous.
Cette nuance introduit une anthropologie de l’humilité : l’homme moderne n’est pas tant coupable de ne pas rendre justice que incapable de la faire sans la pervertir. D’où la question centrale : faut-il se satisfaire de cette impuissance (comme garde-fou contre la vengeance) ou la déplorer comme symptôme d’une déchéance morale ?
Le texte répond implicitement : l’impuissance n’est pas vertu, elle est seulement le dernier reste d’une conscience encore vivante.
Le cas de Quentin n’est pas traité comme une tragédie individuelle mais comme un symptôme systémique. Le texte refuse l’émotion facile : ce qui est véritablement effrayant n’est pas l’issue (la « mort cérébrale » sociale), mais le milieu qui la rend possible, voire normale.
Le mal n’est plus accidentel ; il est environnemental. On ne tue plus seulement des corps, on neutralise des existences. Cette lucidité déplace la question morale : la justice ne peut plus viser seulement des actes, mais des conditions de possibilité du mal.
Le texte propose une généalogie de la violence moderne.
Dans l’ordre ancien (idéalisé mais opérant), la guerre était ordonnée par l’honneur, valeur universelle, immédiatement intelligible, non concurrentielle.
Avec 1789 s’opère une mutation radicale : on se bat pour des idées.
Or, les idées sont comparables, hiérarchisables, substituables. Dès lors, la violence devient sémantiquement justifiable. Ce n’est plus l’homme qui combat, mais un concept à travers lui.
Cette mutation introduit une contradiction majeure : si plusieurs principes sont possibles, alors plus aucun principe n’est absolu. Le texte dénonce ici la fausse pluralité des principes, issue d’un cartésianisme appauvri.
Le néologisme de « scissiparitisme » est l’un des apports conceptuels les plus forts du texte. Il désigne la division indéfinie du réel en fragments autonomes, chacun revendiquant une légitimité absolue.
Cette logique conduit à :
une inflation morale (tout est principe),
une dissolution de la morale (plus rien n’oblige),
et paradoxalement à un nouveau manichéisme, où le moi devient la mesure du bien.
La tolérance n’est plus ouverture à l’autre, mais auto-justification narcissique : je tolère tant que l’autre me ressemble.
Le texte opère une distinction rigoureuse entre :
l’idée (au sens platonicien : tension vivante entre forme intelligible et image mentale),
et l’idéologie, qui est une idée morte, fermée, autosuffisante.
Une seule idéologie émerge du chaos des idées individuelles : celle du démocratisme totalitaire, qui ne reconnaît plus de principe transcendant mais seulement des constructions humaines autoréférées.
Cette idéologie se substitue à l’idée maîtresse de la Création, c’est-à-dire à un ordre reçu et non fabriqué.
La référence au communisme est ici structurelle et non polémique. Ce qui est visé n’est pas un régime historique mais un horizon anthropologique : l’homme intégralement réductible à ses fonctions.
L’« homme-machine » est l’aboutissement logique du refus de toute transcendance. Les « bandes organisées », qu’elles soient militantes ou administratives, sont décrites comme les bras armés de cette anthropologie, non plus révolutionnaires mais gestionnaires de la violence.
La mention de Max Weber est ici décisive : la théorie de la violence légitime n’est pas rejetée comme analyse, mais comme norme intériorisée, produisant le sentiment délirant d’un droit de tuer.
La conclusion est théologico-politique au sens noble.
Rendre justice est un acte royal, c’est-à-dire guerrier.
Mais la guerre véritable n’est pas destruction : elle est restauration de l’ordre, instauration de la paix par la résolution du désordre, d’abord intérieur.
L’homme moderne ne peut plus rendre justice parce qu’il a renoncé à la royauté intérieure. Dès lors, la justice ne peut qu’advenir, comme jugement immanent de l’histoire ou jugement transcendant de Dieu.
La citation finale de Évangile selon Matthieu VI, 33 n’est pas ornementale : elle fonde tout le texte. La justice humaine ne peut être juste que subordonnée à la Justice divine. Sans cela, elle devient violence rationnelle.
Conclusion synthétique
Ce texte propose une critique radicale mais cohérente de la modernité idéologique, articulée autour de trois thèses fortes :
La justice ne peut plus être rendue sans honneur, donc elle ne peut plus être confiée à l’homme autonome.
La prolifération des idées détruit le principe, et avec lui toute morale réelle.
La paix ne peut être rétablie que par un retour au Principe premier, qui excède l’homme mais seul le fonde.
Loin d’un pamphlet, il s’agit d’une métaphysique de la responsabilité perdue, appelant non à la vengeance, mais à la conversion du regard.
Las! Un homme est mort pour notre cause. Je préfèrerais vous lire sur une posture plus efficace.