
« La France (…) se trouve indéniablement confrontée à une crise de cohésion qui n’a fait que s’accentuer depuis l’arrivée au pouvoir du Président Emmanuel Macron (2017) dont la seule préoccupation, pour ses détracteurs le plus virulents, a été de dissoudre progressivement la nation au sein d’une vaste Europe, transformant le pays dont il avait la charge gaullienne en satrapie sans souveraineté.«
Par Frédéric de Natal.
Le décès de Quentin, 23 ans, survenu à Lyon ce 14 février 2026, reste une tragédie humaine avant tout. En marge d’une manifestation organisée la veille par le Collectif Némésis, protestant contre une conférence de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan, ce jeune catholique aux idées nationalistes et royalistes a été roué de coups et lynché à mort par des nervis d’extrême-gauche.

Cette mort dépasse désormais le cadre judiciaire pour devenir un symbole politique que chacun tente d’interpréter. Entre émotion légitime, instrumentalisation et inquiétudes en tout genre, ce drame s’inscrit dans un climat national particulièrement inflammable à l’approche des échéances électorales majeures.
Depuis plusieurs années, la société française se fragmente, se divise profondément, marquée par une défiance à l’égard de ses élites politiques, plus préoccupées par leurs ambitions personnelles que le Bien commun, où chaque parti s’invective violemment sur les bancs de l’Assemblée nationale. Les lignes de fracture, longtemps latentes, s’ouvrent aujourd’hui sur les questions identitaires, sécuritaires et sociétales. L’affaire lyonnaise, par sa brutalité et par les réactions qu’elle suscite, agit désormais comme un révélateur, le symbole d’un malaise plus profond : celui d’un pays qui peine à maintenir un socle commun.
Une violence devenue politique
Chaque fait divers grave, relayé et analysé par les médias, semble désormais se transformer en affrontement idéologique. Ce phénomène illustre une mutation préoccupante : la disparition progressive d’un consensus national autour de la condamnation unanime de la violence. À peine ce drame survenu, les réseaux sociaux et certains responsables politiques se sont empressés d’y projeter leurs propres grilles de lecture en fonction de leur propre idéologie, s’accusant mutuellement de favoriser la montée des tensions en l’alimentant par des discours radicaux et la polarisation du débat public.
La France traverse une période où la conflictualité sociale et politique atteint un niveau rarement observé depuis plusieurs décennies. La multiplication des manifestations violentes, l’exacerbation des tensions identitaires sur fond de crise économique et sociale, la montée des radicalisme religieux, le rejet des institutions et de son premier dirigeant, la radicalisation du débat public nourrissent un sentiment diffus de pré-guerre culturelle. Si parler de guerre civile relève sans doute encore de l’exagération, en dépit d’une atmosphère qui en tous les signes, l’expression traduit néanmoins une angoisse collective. Une partie croissante de l’opinion publique estime que deux visions du pays s’opposent désormais frontalement : d’un côté, une conception attachée à l’ordre, à l’identité nationale et à l’autorité de l’État ; de l’autre, une vision davantage axée sur la transformation sociétale, la diversité et la contestation des structures traditionnelles.
Cette opposition, autrefois cantonnée au débat intellectuel, semble aujourd’hui se déplacer sur le terrain émotionnel, voire physique, ce qui nourrit un sentiment d’instabilité politique.
Une fracture nationale qui interroge l’avenir
Le calendrier politique renforce cette tension. À l’approche des élections municipales (mars 2026) puis de la prochaine présidentielle (avril 2027), chaque camp cherche à mobiliser son électorat en exploitant les peurs et les indignations des Français épuisés par la situation, agissant sur les réseaux sociaux, caisse de résonnance ou la violence verbale n’a plus aucune limite.
Chaque fait divers, chaque scandale, deviennent alors des marqueurs politiques puissants, capables d’influencer durablement l’opinion. Dans ce contexte, le risque est double. D’une part, la surenchère sécuritaire ou sociétale peut nourrir une spirale de radicalisation du discours public. D’autre part, l’émotion collective peut fragiliser l’analyse rationnelle des enjeux réels, transformant le débat démocratique en confrontation passionnelle, largement appuyée par certains médias, influenceurs ou politiques.
Au-delà du drame lui-même, l’affaire lyonnaise pose une question fondamentale : la France dispose-t-elle encore des mécanismes culturels et politiques capables de préserver son unité ? L’histoire nationale a souvent été traversée par des conflits idéologiques intenses, mais elle s’est longtemps appuyée sur un récit collectif fédérateur. Ce récit semble aujourd’hui s’effriter, martelé par des communautarismes qui exploitent chaque brèche ouverte par une République qui apparait plus faible que jamais.
La tentation de lire chaque tragédie comme l’annonce d’un affrontement généralisé est grande, mais elle pourrait devenir une prophétie autoréalisatrice. Le véritable enjeu réside peut-être moins dans l’opposition entre droite et gauche que dans la capacité des institutions et des responsables politiques à restaurer un climat de confiance et d’autorité.
Car si la France n’est pas au seuil d’une guerre civile, elle se trouve indéniablement confrontée à une crise de cohésion qui n’a fait que s’accentuer depuis l’arrivée au pouvoir du Président Emmanuel Macron (2017) dont la seule préoccupation, pour ses détracteurs le plus virulents, a été de dissoudre progressivement la nation au sein d’une vaste Europe, transformant le pays dont il avait la charge gaullienne en satrapie sans souveraineté.
« Les Rois ont fait la France ! Elle se défait sans Roi » depuis 156 ans. L’adage, extrait des paroles de « La Royale », n’en a jamais été aussi bien illustré qu’aujourd’hui
L’histoire nous enseigne que les nations ne se fragmentent jamais brutalement : elles se fissurent lentement, sous l’effet conjugué des peurs, des incompréhensions, l’absence d’un leader charismatique et de la perte du sentiment d’appartenance collective. Le drame de Lyon, tragique et irréparable, pourrait alors constituer moins le signe d’une guerre imminente que l’avertissement d’une fracture qu’il devient urgent de réparer avant que la France ne finisse par sombrer dans l’inéluctable à laquelle elle n’est pas préparée moralement.o■oFRÉDÉRIC DE NATAL
Article précédemment paru dans Politique magazine.














Article intéressant; mais qui oublie, il me semble, le jeu de la satrapie au pouvoir. La Jeune Garde n’est-elle pas le bras armé de la Macronie? Rappelonss que Attal est venu soutenir le chef de la Jeune Garde aux élections à Avignon.
«Sentiment d’instabilité politique» … La formule laisse rêveur quand elle succède à celle énoncée par le Dupont-Moretti ministre, quant à l’insécurité vécue…
N’en déplaise à Frédéric de Natal, l’opposition qu’il observe du haut de sa sociologie de bazar ne s’est jamais «cantonnée au débat intellectuel [pour sembler] aujourd’hui se déplacer sur le terrain émotionnel, voire physique», ce qui nourrirait donc le «sentiment»… Nous autres, qui sommes émus par la mort de Quentin, apprécions beaucoup…
Depuis que l’on a collé «judiciairement» les opposants sur la bascule à Charlot, alors nous avons «changé de paradigmes», pour jacasser à la manière psittacique des âneries sociologiques.
Il faut bien se mettre «dans la courbure» que 1789, 1830, Karl Marx, Bakounine et Proudhon […], la grande boucherie mécanique de 14-18, 1917, le Komintern et autres adjuvants spartakistes ne furent que les prémices de la révolution de 1945, qui a instauré le totalitarisme démocratique absolu, dont nous ne subissons que les ultimes sursauts avant la chute – chute antéchristique dont ne savons «ni le jour ni l’heure», cependant, conformément à ce que l’on trouve en Mattjieu (XXV, 13).
Derniers sursauts de très méchante violence, nullement «déplacer sur le terrain émotionnel voire physique» mais très effectivement émotionnelle physique, parce que ¢’est justement le terrain de sa manifestation, fait pour «impacter» (selon le terme de Mélenchon), et l’émoi et le corps, car il s’agit de réduire la haute sensibilité à une vulgaire sensiblerie réflexe, télécommandée par les slogans et l’insulte.
Rappelons-nous les «réactions» après la mort de Clément Méric – on a pu revoir deux ou trois images d’archives – : quelques régiments de jeunes gens à la mine méchamment compassée, le poing levé très haut, jusqu’à lever le menton par l’épaule, et suggérant une brutale vengeance en perspective ; comparons cette image à celle du «Je Vous salue Marie» prié place de la Sorbonne pour favoriser le voyage de Quentin vers la lumière.
Comparons jusqu’aux deux événements : Clément Méric prend un coup qui envoi sa nuque heurter un poteau métallique, durant une bagarre de rue entre des «gros bras» amateurs des mêmes tenues vestimentaires dont le commun goût pour celles-ci fit qu’ils se croisèrent dans la même boutique à la même heure et que la rencontre fit qu’ils tinrent à se mesurer du poing. Ce fut un combat quasi «à la loyale», mais il y a eu le truchement fatal d’un poteau… Avec Quentin, aucune équivalence ne saurait être établie ; il est aveuglant que l’on ne peut comparer une bagarre de rue et un lynchage en règle.
De plus, ce qu’il s’est produit pour Quentin et ses camarades relève rigoureusement de la «loi du plus fort» appliquée par des brutes épaisses, et épaissies par l’entraînement. Ce n’est d’ailleurs en rien une nouveauté ; je peux l’affirmer catégoriquement parce que je l’ai vécu personnellement, il y a maintenant 57 ans sonnés (je viens de calculer). Que je rapporte :
Alors, après quelques déconvenues, je me croyais candidement «anarchiste», sauf que, ce jour que je vais dire, j’ai observé que je ne pouvais en rien m’assimiler à cette «mouvance», et que je n’en fus plus jamais – l’année suivante, ébahi, je me découvrais royaliste de toujours (!!).
Que je dise en deux mots la mésaventure : Manifestation contre la guerre du Vietnam aux abords du bois de Vincennes ; dans le cortège, je hisse sur un bout de bois trouvé à terre mon manteau noir, par manière de drapeau ; surgit incontinent un mastodonte du service d’ordre de la CGT ou du PC, qui m’enjoint fermement : «Descends ton torchon !» Moi : «Non!»… Le phénomène porcin m’attrape par le col d’une main, me soulève du sol en plantant son œil menaçant dans le mien… Je lâche donc l’oripeau, évidemment. Sur quoi le toujours même macaque monumental, m’enlace gentiment et commence à me tenir exactement ce langage : «Tu dois comprendre, camarade…» Je l’interromps derechef en me dégageant de l’aimable étreinte : «Je ne suis pas ton camarade !» Et je me débine vite fait. Sur quoi, cinquantaine d’anars que nous étions là au milieu, nous mettons à sautiller en entonnant le provocateur «Ploum-ploum, tralala, anarchie vaincra!» Ce qui ne plaît pas du tout ; et nous voilà encerclés par les divers services d’ordre, qui de la CGT/PC, des diverses coteries de la trotskardise, du PSU, de quelques autres et, plus loin, les flics, à boucliers ronds d’alors et longues matraques… Ni une ni deux, nous optons pour la probable charge des flics. Sauf que trois ou quatre d’entre nous se font attraper au vol de la belle façon que voilà : quatre pour un, saisie des jambes et des bras et fracas répété de la face sur le capot des autos stationnées dans la contre-allée – c’était méchamment méchant, méchamment violent, et ils étaient méchamment contents d’eux, qu’on se le dise. Plus heureux que ceux-là, nous fûmes une vingtaine à nous retrouver un peu plus loin, après avoir su échapper à la charge des CRS. Et nous voilà partis écumer Paris de nos cris d’anarchie. Jusqu’ au quartier Latin. Là, rue de Buci, j’avise soudain mes petits copains qui rouent de coups de pied un malheureux quidam allongé dans le caniveau ; horrifié, je me jette parmi eux, hurlant après eux, empoignant ce qui passe à ma portée jusqu’à réussir à interrompre l’odieuse menée ; je les insulte, les engueule. On m’objecte : «C’est un faf !» Et moi : «J’men fous ; vous n’êtes que des salauds !» De son côté, le gars d’en-dessous en a profité pour filer. Et moi aussi, peu après, ayant ici rompu à jamais avec toute la satanée «camaraderie» de qui que ce soit qui fût «de gauche».
Quentin est mort des faits et gestes de cette même gent, et cela n’a rien d’un «sentiment d’instabilité politique» ; il s’agit réellement du réel sens de la mort donnée et reçue, selon des processus effectivement «politiques» et particulièrement STABLES, particulièrement solides, par le sacré Nom de Dieu, que je n’entends pas invoquer en vain : nomo de Dieu ! encore une fois !
Et voilà que j’ai entendu de mes oreilles, une frénétique raisonnable de derrière les fagots médiatiques, coutumière du ricanement aviné et auto satisfaite de sa propre bien-pensance arborée comme un drapeau «disruptif» (comme dit son semblable Macron) – j’évoque l’Élisabeth Lévy de la Céniouserie –, j’ai donc entendue celle-ci énoncer doctoralement : «Il ne faudrait tout de même pas que certains en fasse un martyr» – que d’élégance, comme de juste…
Quoique sachant ces autres gens-ci capables, au fond, d’à peu près toutes les infamies épisodiques, je ne suis pas revenu du propos aussi gaillardement lancé… Comme si se scandaliser du scandale devait respecter certaines limites d’une bienséance interdisant que l’on pleurât, en somme, et que l’on communiât, et que l’on compatît, et que l’on fût dans la même dolence…
Il y a de ces brutes durablement confites dans l’alcool qui singent la douceur de manière plus dégoûtante encore que dégoûte la brute brutalité. Et de ces analystes sociologues qui s’en vont avec même gaillardise pointer du doigt le «risque double» de – attention bien, s’il vous plaît ! – «la surenchère sécuritaire ou sociétale» capable de «fragiliser l’analyse rationnelle des enjeux réels, transformant le débat démocratique en confrontation passionnelle, largement appuyés par certains médias, influenceurs ou politiques» – les bras m’en tombent ! –, lance textuellement et sans faux-col, ce Frédéric de Natal – dont je me demande bien de quoi il a pu naître … SDauf que, cherchant à savoir un peu, j’apprends à l’instant qu’il collabore à la feuille de choux «Causeur» de l’Élisabeth Lévy dont, sans connaître leur accointance, je «causais» justement, il y a un instant. Et, dans le même temps informatif, j’apprend ce qui désole, savoir qu’il aurait commis de la prose dans «Politique magasine»…
«Et que les hommes plus nombreux que les poux fassent de longues prières !» (Comte de Lautréamont.)
Là, c’est clair. Grand merci.