
Cette chronique est parue hier (25.2) dans Le Figaro. La réaction d’Emmanuel Macron a été, une fois de plus, ridicule. Cela dit, nous ne commenterons pas cet article, car nous estimons être sur la même ligne. Deux idées simples, pourtant : 1. La France n’a aucun intérêt à se brouiller avec les dirigeants italiens. Ils sont plus compétents et plus habiles que les nôtres à défendre leurs intérêts, parfois au détriment des nôtres. 2. Les agissements de Raphaël Arnaud s’étant également déployés en Italie, l’enquête en cours en France sur la mort de Quentin ne peut que s’y intéresser, en lien avec l’enquête italienne. Sur ce sujet crucial, Macron préfère-t-il l’obscurité à la lumière ? Ce n’est ni impossible ni improbable. JSF
Par Vincenzo Sofo.
TRIBUNE – En s’agaçant des commentaires de Giorgia Meloni sur la mort de Quentin, Emmanuel Macron passe à côté de l’essentiel : ce drame touche directement l’Italie, du fait de son histoire et de son climat politique actuel, explique Vincenzo Sofo, ancien eurodéputé Fratelli d’Italia.
Contrairement à ce que pense Emmanuel Macron, la mort de Quentin touche profondément l’Italie pour de multiples raisons. Il y a tout d’abord un élément que le président français n’a pas pris en considération : le processus d’internationalisation du débat politique au sein du camp occidental est désormais accompli. L’écho international suscité par le meurtre de Charlie Kirk ou encore la polémique liée à l’action de l’ICE aux États-Unis, nous l’ont démontré. Mais après tout, n’est-ce pas précisément ce que la gauche, depuis le XIXe siècle, a toujours recherché ? N’est-ce pas aussi la base idéologique de la création de listes électorales transnationales, soutenue par le parti européen «macroniste» Renew ? On peut donc difficilement reprocher à la droite de prendre acte de cette globalisation du débat. C’est la conséquence logique de la mondialisation du champ social tant convoitée par les progressistes : l’information ayant une diffusion internationale, la réaction l’est aussi.
Le meurtre de Quentin touche particulièrement la sensibilité de l’Italie pour des raisons liées à son histoire récente. La période dramatique de la fin des années 1960 au début des années 1980 : les Années de plomb. Une société meurtrie par un terrorisme politique transversal laissant derrière lui des centaines de morts. Cinquante ans plus tard, de nombreuses commémorations sont encore organisées à droite comme à gauche en hommage à ces victimes. De nombreux efforts sont déployés des deux côtés pour les intégrer dans une mémoire commune, dépassant les affrontements passés.
Que le lynchage de Quentin ait eu lieu en France est tout sauf anodin pour les Italiens. Le pays est devenu depuis des décennies le refuge pour des centaines de terroristes rouges auteurs de crimes odieux, protégés en vertu de la «doctrine Mitterrand». Une affaire toujours d’actualité, puisque en 2021 Emmanuel Macron lui-même concluait un accord avec le chef du gouvernement italien de l’époque, Mario Draghi, pour l’arrestation et l’extradition de dix terroristes italiens d’extrême gauche condamnés à de lourdes peines pour meurtres et terrorisme. Ils n’ont finalement jamais été remis à l’Italie, la Cour de cassation française statuant contre leur rapatriement en 2023.
Ce plongeon dans le passé intervient à un moment où certains semblent vouloir remettre en œuvre la stratégie de tension des Années de plomb. Quelques jours avant le meurtre de Quentin, Turin était le théâtre de manifestations antifascistes qui avaient donné lieu à de nombreux affrontements avec les forces de l’ordre. Des policiers ont été brutalement agressés à coups de marteau par un groupe d’extrémistes. Immédiatement après ces événements, et compte tenu de l’augmentation constante de ces actes, le gouvernement italien a été contraint de mettre en place des mesures spéciales pour lutter contre la violence organisée. Au cours de la même période, le ministère italien de l’Intérieur a attiré l’attention sur un autre phénomène en forte croissance ces derniers temps en Italie, celui des attentats contre les lignes ferroviaires. Ces actes étaient inexistants il y a encore trois ans, lorsque le gouvernement n’était pas de droite. Ils ont déjà atteint le nombre de cinquante cette année, alors que Meloni est présidente du Conseil et Matteo Salvini ministre des Infrastructures et des Transports.
La violence politique est un phénomène transversal, mais c’est dans le milieu « antifa » qu’elle prend sa forme la plus organisée, coordonnée et internationale.
Raphaël Arnault et des membres de la Jeune Garde ont d’ailleurs participé à des initiatives sur notre territoire, en compagnie de réseaux antifas italiens. Ils ont été vus à Rome lors d’un rassemblement antifasciste en marge duquel quatre jeunes sympathisants de Fratelli d’Italia ont été agressés par des militants d’extrême gauche (dont le groupe n’a pas encore été identifié). S’il est vrai que la violence politique est un phénomène transversal, c’est dans le milieu «antifa» qu’elle prend sa forme la plus organisée, coordonnée et internationale. L’extrême-gauche adopte d’ailleurs comme base commune une question géopolitique par excellence : la cause palestinienne. La dimension structurée de la violence d’extrême gauche par rapport à celle d’extrême droite est certifiée par les données d’Europol pour la période 2022-2024 : sept attaques terroristes menées à terme, échouées ou déjouées à l’extrême droite contre 71 à l’extrême gauche.
Les crimes doivent être poursuivis quelle que soit leur origine politique, mais l’ampleur du phénomène antifa mérite une coordination des enquêtes entre les différents pays concernés, à commencer par l’Italie et la France. Deux agences européennes, Europol et Eurojust, doivent être chargées de favoriser cette coordination. Il ne s’agit donc pas d’ingérence dans les affaires de chacun, mais d’une attention constante pour empêcher que les uns et les autres ne se retrouvent à subir de nouvelles Années de plomb.o ■ o VICENZO FOSO












L’une est un « homme d’Etat », l’autre est un homme de clan.