
Par Marc Le Chevalier.

Dans cette tribune publiée ce matin par Le Figaro, Marc Le Chevallier propose de penser les prochaines élections municipales comme un moment propice à l’affirmation d’une écologie conservatrice et enracinée. Sans reprendre ici le détail de son argumentation, il nous a semblé intéressant de porter ce texte à l’attention du lecteur : il esquisse une voie qui tente de réconcilier la préoccupation écologique avec l’attachement aux territoires, aux paysages et aux héritages locaux. Cette perspective mérite d’être lue et discutée. Que la gauche ait usurpé le souci écologique, qui relève en réalité de la Tradition, ne doit pas nous conduire à le dénigrer ni à nous en détourner. Ce souci est le nôtre. – JSF
TRIBUNE – Tout en rejetant le dogmatisme des Verts et l’approche technocratique d’une écologie imposée par en haut, une majorité d’élus locaux affichent la préservation de leur environnement proche comme une priorité, analyse le chercheur au UCL Policy Lab*.
* Doctorant en science politique à University College London, Marc Le Chevallier est chercheur au UCL Policy Lab.

L’écologie est-elle en déclin ? À l’échelle nationale, le constat est difficile à contester. La question environnementale ne cesse d’être reléguée au second plan du débat national par des thématiques toujours plus anxiogènes : insécurité, violence politique, conflits mondiaux. À cela s’ajoute un manque de renouvellement politique au sein du mouvement écologiste, réduit d’un côté à une frange contestataire, de l’autre à une élite technocratique. D’apparences opposées, ils partagent en réalité une même approche dogmatique et peu rassembleuse. Pourtant, la perspective semble tout autre à l’échelon local. Selon un récent sondage du think-tank The Shift Project auprès de 3000 élus municipaux de tous bords politiques, 70 % citent la préservation de l’environnement comme enjeu prioritaire de leur prochain mandat, contre 29 % seulement pour la sécurité. À la veille des municipales, le local représente-t-il l’opportunité d’un renouveau pour l’écologie ?
Pour le philosophe conservateur britannique Roger Scruton – auteur de Green Philosophy, bientôt traduit en français, la réponse relève presque de l’évidence. Selon lui, l’écologie est d’abord une réflexion sur la manière dont nous habitons la nature, dont nous l’aménageons par l’agriculture, dont nous apprenons à en contempler la beauté à travers nos traditions locales et notre patrimoine. Le sens de l’écologie se trouve dans son étymologie : « éco » vient du grec « oikos », qui signifie « habitat », « chez-soi », ou en anglais « home ». Pour la vaste majorité des citoyens, la motivation écologique procède d’un attachement à leur « chez-soi », à ces paysages familiers qu’ils affectionnent parce qu’ils leur sont familiers.
Alerter les citoyens à coups de vidéos sur la fonte de la banquise ne produit qu’une masse de spectateurs légèrement inquiets et profondément passifs
Scruton nomme cette disposition l’« oikophilia » : l’amour de l’oikos. Il la définit comme « une loyauté enracinée dans le foyer, la terre et l’habitat, où le sentiment de responsabilité prend racine ». À l’heure du « backlash écologique » au niveau national, Scruton montre que c’est par l’amour de son chez-soi local que l’on peut raviver une responsabilité écologique. Comme il l’explique, « nul n’a su identifier de ressort plus puissant pour servir la cause environnementale que celui-ci : l’amour partagé de notre habitat ». Alerter les citoyens à coups de vidéos sur la fonte de la banquise ne produit qu’une masse de spectateurs légèrement inquiets et profondément passifs. Les alerter sur la dégradation de leur parc local ou de leur forêt communale, c’est réveiller leur sentiment de responsabilité envers leur environnement proche et leurs devoirs de citoyens.
Cette responsabilité n’est donc pas seulement un moteur moral : elle est aussi un principe d’action. L’écologie est un sujet trop vaste et complexe pour devenir le monopole d’un État toujours plus centralisé et dysfonctionnel. Si c’est par le local que nous comprenons la nature, c’est aussi par le local que nous pouvons agir sur elle. Scruton le rappelle : « Aucun projet d’envergure ne réussira s’il n’est pas enraciné dans notre raison pratique à petite échelle. Car, en définitive, ce sont les citoyens qui doivent agir, accepter et coopérer aux décisions prises en leur nom, et consentir aux sacrifices nécessaires pour les générations futures. »
Une écologie locale et enracinée est à la fois plus démocratique et plus efficace
Ce bon sens politique se vérifie empiriquement. Une méta-analyse de 2021 par l’Union internationale pour la conservation de la nature, basée sur 169 projets de conservation à travers le monde, a montré que 56 % des cas gérés localement ont produit des résultats positifs à la fois sociaux et écologiques, contre seulement 16 % des projets contrôlés par l’État. Ce constat n’a rien d’académique : il se vérifie déjà chez nous. En France, l’écologie locale et citoyenne constitue une réalité vivante. Des millions de citoyens agissent déjà pour défendre leur habitat : agriculteurs attachés à leurs terres, chasseurs et pêcheurs gestionnaires de leurs milieux, jeunesse engagée dans le scoutisme, initiatives de circuits courts ou d’énergies locales, sans oublier nos 35 000 maires. Leur action est efficace parce qu’elle s’appuie sur une connaissance directe des équilibres naturels et des besoins de leur environnement.
À la veille des élections municipales, le local représente donc une opportunité inédite de renouvellement intellectuel, politique et social pour l’écologie. Au lieu d’éloigner le citoyen de la question environnementale par des approches trop technocratiques et autoritaires, une écologie locale et enracinée est à la fois plus démocratique et plus efficace. Au lieu de fabriquer par le haut une politique nécessairement artificielle, l’écologie devrait commencer par les racines : accompagner, soutenir et irriguer la pluralité d’initiatives locales, culturelles et citoyennes qui contribuent déjà à la préservation de la nature. L’écologie ne se planifie pas comme une production industrielle. Elle se cultive. Il est temps, pour le mouvement écologique, de réapprendre à jardiner.o ■o MARC LE CHEVALIER












La gouvernance (!?) étant à Paris, ou dans les métropoles et de ce fait totalement étranger à la nature naturelle, il n’y a aucun espoir pour les bois et les ruraux (les pieds dans la boue). Les députés citadins et les villotins sont irresponsables.
En son temps le parti CPNT en a fait les frais.