
La formule « France libre » n’est-elle pas, d’ailleurs, une sorte de pléonasme, le nom de France signifiant, selon ses racines germaniques, « le royaume des hommes libres » ?
Par Jean-Philippe Chauvin.
Ainsi, ce sera « France libre » ! Tel est le nom du futur porte-avions français qui sera opérationnel dans une douzaine d’années et qui prendra la suite du Charles-de-Gaulle, pour l’heure bien utile pour représenter la France en sa puissance maritime et diplomatique. Ce nom ne peut que plaire au vieux royaliste que je suis, d’ailleurs persuadé qu’il n’y a de France que libre et souveraine. « De toutes les libertés humaines, la plus précieuse est l’indépendance de la patrie », s’exclamait Maurras. La formule « France libre » n’est-elle pas, d’ailleurs, une sorte de pléonasme, le nom de France signifiant, selon ses racines germaniques, « le royaume des hommes libres » ?
Bien sûr, en nommant ainsi ce nouveau navire, le président de la République souhaite aussi se rattacher à l’histoire gaullienne, et l’on peut y voir aussi une continuité (ce n’est absolument pas un hasard, si l’on en croit le propos présidentiel) destinée à préciser les intentions géopolitiques présidentielles. Faut-il y voir un de ces fameux intersignes chers à Léon Daudet ? C’est en effet au moment même où la France se sent de moins en moins à l’aise dans une Union européenne dominée par les ambitions allemandes et la Kaiserin Ursula von der Leyen, qu’elle cherche, peut-être encore maladroitement et inconsciemment, à retrouver une véritable marge de manœuvre et d’action. La guerre favorise ce dessein français, et la poussée belligène actuelle, de l’Ukraine au Moyen-Orient, impose à la France de réarmer, autant militairement que politiquement, mais non pour faire la guerre ou la déclencher, mais pour s’assurer, autant que faire se peut, la paix et le respect des puissances et des adversaires possibles.
Dans un monde dominé par le retour des empires, des impérialismes et des rapports de force permanents et pas forcément bienveillants, se réarmer n’est pas une option facultative, mais bien un devoir politique : les grandes épreuves connues par la France et subies par ses peuples durant « l’Âge des extrêmes » (selon la terrible expression d’Eric Hobsbawm pour spécifier le court XXe siècle, de 1914 à 1991) sont autant de douloureuses leçons qu’il s’agit de ne pas oublier au risque d’en être les victimes prochaines.
Mais la République sait-elle faire autre chose que des discours ponctués de grandes déclarations de principe ? L’époque gaullienne semble révolue, même si son imitation peut, parfois (mais de plus en plus rarement) faire illusion. Sur quelles fondations solides la France peut-elle appuyer un réarmement concret et crédible quand ses populations vieillissantes n’aspirent qu’au confort (aspiration d’ailleurs tout-à-fait légitime mais qui ne doit pas faire oublier l’essentiel, la liberté et la pérennité de la nation et de ses citoyens) et s’inquiètent des dépenses militaires à faire et à venir ? Il importe de rappeler, envers et contre tout, que, si la liberté n’a pas de prix, elle a un coût qu’il faut savoir supporter, au risque sinon de perdre, et la France et la liberté : il n’est pas certain que la République soit capable d’assumer cette exigence… o ■o EAN-PHILIPPE CHAUVIN













La notion de «France libre» ne peut censément intervenir que dans l’alternative où ladite France est «occupée» ou soumise à un pouvoir extérieur.
Dans l’hypothèse d’une espèce de «célébration» de l’idée opposée par le général de Gaulle à l’armistice de 1940, on ne peut alors envisager qu’une falsification délibérée de l’Histoire, dans le but de continuer à faire, non pas même le singe espéré mais la mimique dépassée d’un cabri sautillant sur son séant.
D’ailleurs, il y a lieu de se rappeler les motifs d’armistice qui se sont imposés au maréchal Pétain, et de comparer ceux-ci aux motifs qui mènent le Maqueron par le bout du nez jusqu’à la méchante stupidité d’une «nation européenne», sous Bruxelles, celle-ci, d’ailleurs, tout à fait conforme à cette «Europe nouvelle», sous Berlin, voulue par Adolf Hitler.
Si, comme le remarque très opportunément le chapô, la formule «France libre» est pléonastique (jusques et y compris aux temps du 18 juin), dans la bouche du Maqueron, celle-ci devient une telle antiphrase que je me prends à imaginer qu’il se figure le bâtiment envisagé, en réalité, comme un navire aéroporté, avec tout ce que cela peut impliquer de confusion, entre les hélices, les réacteurs et les moulinets, dans l’amateurisme de cette dramaturgie d’air, dont l’histrion suppose pouvoir ainsi donner le spectacle dans les chantiers de Saint-Nazaire.
Sans vouloir corriger une phrase de notre maitre mais plutôt la compléter, j’oserais dire « l’indépendance de la patrie est la condition de toutes les libertés humaines »