

L’OEIL DE BRUXELLES – À Bruxelles, les choses se disent rarement à haute voix. L’Œil de Bruxelles révèle ces coulisses où s’accumulent hésitations, compromis fragiles et dépendances politiques, loin du récit officiel — à partir de notes issues de sources et d’institutions françaises à Bruxelles.
Guerre au Moyen-Orient : malgré le “chantage” de Donald Trump, l’Europe exclut à ce stade de s’engager dans le conflit
Sommée par Donald Trump d’envoyer des navires pour sécuriser le détroit d’Ormuz, l’Union européenne lui a opposé un refus catégorique. Les ministres des Affaires étrangères réunis à Bruxelles lundi 16 mars veulent éviter l’escalade militaire et attendent une clarification des objectifs américains.
« Les Européens refusent d’être entraînés par Donald Trump dans sa guerre contre l’Iran« , titreLe Monde. C’est en substance le message adressé par les ministres européens de l’Énergie et des Affaires étrangères à Bruxelles, lundi 16 mars. « Les pays européens ont exclu l’envoi de navires de guerre dans le détroit d’Ormuz, malgré les menaces de Donald Trump« , note The Guardian.
Fermant le golfe Persique, cette voie maritime stratégique est désormais exposée aux tirs iraniens,« en représailles aux frappes menées par Israël et les États-Unis depuis le 28 février« , rappelle Ouest-France. « Environ 20 % du trafic maritime mondial d’hydrocarbures transitaient [jusque-là] par ce passage, et sa fermeture a fait grimper les prix du pétrole et du gaz depuis le début du conflit« .
Réponse au « chantage » de Donald Trump
Lundi, « Donald Trump avait appelé les autres pays à intervenir dans le conflit en envoyant des navires dans le détroit afin de protéger les navires marchands et de débloquer les livraisons de pétrole« , retrace The Guardian. « Il est tout à fait normal que les pays qui tirent profit de ce détroit contribuent à faire en sorte qu’aucun incident ne s’y produise« , affirmait dimanche le président américain, qui avait promis « des conséquences très néfastes pour l’avenir de l’Otan » en cas de réponse négative ou d’absence de réponse [Le Monde].
C’est pourtant la voie choisie hier par les Vingt-Sept. « Il n’y a pas d’appétit » pour une intervention, a résumé,« par un bel euphémisme », la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, qui préside le Conseil des Affaires étrangères [France info]. « Le vice-Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, est allé encore plus loin, soulignant que son pays ne céderait pas au ‘chantage’ de Washington. ‘Ne nous demandez pas ‘d’envoyer des troupes », a-t-il déclaré aux journalistes [Politico].
Éviter l’escalade militaire
L’une des principales interrogations porte sur la finalité de l’intervention américano-israélienne, y compris chez les États membres traditionnellement proches de Washington. En marge de la réunion à Bruxelles, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a déclaré que les États-Unis et Israël devaient préciser« à quel moment ils considèrent que les objectifs militaires de leur déploiement ont été atteints. Nous avons besoin de plus de clarté sur ce point’ » [AP News]. « Quel sera le plan ? » s’interroge également son homologue estonien Margus Tsahkna.
Les Européens souhaitent avant tout éviter de mettre les pieds dans une zone extrêmement dangereuse. « La crainte d’empirer la situation et de provoquer une escalade guerrière paralyse les débats« , confirme Le Temps. « Aujourd’hui, la menace des drones et des missiles reste trop forte. Longer les côtes iraniennes et parcourir les centaines de kilomètres séparant le détroit de la pointe nord du golfe persique, c’est devenir la cible d’un stand de tir au pigeon« , compare France info. La chaîne rappelle également qu’Emmanuel Macron « a en plus été refroidi par la mort d’un soldat victime d’un tir de drone en Irak vendredi 13 mars« .
Une réponse européenne sous conditions
L’Union européenne dispose pourtant de moyens dans la région. « Dans l’immédiat, Kaja Kallas a […] suggéré de renforcer la mission maritime européenne ‘Aspides’, présente dans la mer Rouge pour protéger la circulation des cargos face aux menaces des rebelles houthistes au large du Yémen« , relève Le Monde. Selon la cheffe de la diplomatie européenne, les ministres présents à Bruxelles lundi souhaitent bien « renforcer cette opération (Aspides), mais pour l’instant, personne ne semblait disposé à modifier le mandat » pour qu’elle puisse être opérationnelle également dans le golfe Persique [Ouest-France].
Autre option évoquée le 9 mars dernier par Emmanuel Macron lors de son déplacement à Chypre : « une coalition ad hoc de pays volontaires pour mener une mission ‘purement défensive’ afin de rouvrir le détroit d’Ormuz et d’escorter les navires ‘après la sortie de la phase la plus chaude du conflit’ au Moyen-Orient » [Le Monde].
En vue de cette éventuelle mission, « la France a indiqué qu’elle collaborait avec plusieurs pays« , évoquant notamment « des partenaires en Europe, en Inde et en Asie« , souligne AP News. Tout en insistant sur le fait que cette intervention ne « pourrait avoir lieu que lorsque ‘les circonstances le permettront’, c’est-à-dire lorsque les combats se seront apaisés« .o ■











