
Alors qu’entre Israël et le Liban la guerre fait rage, cet article de fond, réalisé à l’automne dernier et traitant de l’histoire des relations entre ces deux pays, est particulièrement utile afin d’éclairer nos lecteurs sur l’actualité au Proche-Orient, région plus que jamais compliquée.
Par Annie Laurent.

Optant pour une neutralité de facto, le Liban ne participa pas aux autres guerres arabo-israéliennes de 1956, 1967 et 1973, mais il en subit les retombées douloureuses après l’accord du Caire qui lui fut imposé par la Ligue des États arabes en 1969 conférant aux réfugiés palestiniens, nombreux à avoir été accueillis au pays du Cèdre, toute liberté de lancer des opérations militaires contre l’État hébreu. Or, cette disposition contrevenait à l’armistice qui interdisait à chacun des signataires tout acte de guerre ou d’hostilité contre l’autre. Et l’accord prenait soin d’inclure les attaques qui seraient commises par des « forces non régulières ».
LES CONFLITS ISRAÉLO-PALESTINIENS AU LIBAN
C’est sur ce texte que l’État hébreu a fondé sa politique de représailles hors de ses frontières, le plus souvent dirigées contre les positions palestiniennes au Liban-Sud, mais aussi dans la banlieue de Beyrouth et des régions plus lointaines (le Nord et la Bekaa). Ces offensives se sont d’abord produites en 1970, 1972, 1973 et 1974 (il s’agissait là d’actions préventives). Elles se sont développées à partir de 1975, suite au début de la guerre déclenchée par les combattants de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) qui visait les institutions et les populations libanaises. Au début de ce conflit, Israël estimait que le modèle libanais est « un pays aux tendances suicidaires » (A. L. et A. B., op. cit., p. 163).
En mars 1978, Tsahal a lancé une offensive d’envergure, atteignant les rives du fleuve Litani. Baptisée « Pierre de Sagesse », elle était destinée à repousser les Palestiniens au nord du fleuve Litani, mais elle visait aussi à créer « une zone de sécurité dans le Liban-Sud en collaboration avec les forces chrétiennes » de l’officier dissident melkite Saad Haddad. Chargé d’interdire l’accès de ce territoire, qu’il a constitué sous le nom d’« État du Liban libre », Haddad s’opposait aussi à la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), composée de 6 000 « casques bleus », chargés d’aider l’État libanais à recouvrer sa souveraineté sur cette région (résolutions 425 et 426 du Conseil de sécurité). Tsahal s’est retirée du secteur en juin de la même année et a été remplacée par une milice appelée « Armée du Liban-Sud » (ALS) commandée par S. Haddad et inféodée à l’État hébreu.

LA PAIX MANQUÉE DE 1982
« Pays à visage chrétien », le Liban ne pouvait, sous peine d’être mis au ban du monde arabe, conclure une paix formelle avec Israël tant qu’un État arabe sunnite n’aurait pas franchi le Rubicon. Sans complexe, Beyrouth s’apprêtait à emboîter le pas à l’Égypte en paix avec Israël depuis 1979, mais la Syrie qui occupait son territoire depuis 1976 s’y est opposée en ruinant le projet envisagé en juin 1982 lors de l’offensive israélienne « Paix en Galilée », destinée à anéantir l’OLP et ses bases militaires. En échange de l’aide qu’il accordait à la résistance chrétienne, le Premier ministre Menahem Begin espérait aussi signer un traité de paix avec le Liban comme le laissait entrevoir l’élection de Béchir Gemayel, chef des Forces libanaises, principal mouvement anti-palestinien. Ce sera une paix manquée : ayant succédé à Béchir, assassiné juste après son élection à la tête de l’État, son frère, Amine, refusa de ratifier l’accord israélo-libanais signé le 17 mai 1983 (A.L. et A.B., op. cit., p. 191-223).
C’est à partir de 1982 que le Hezbollah se révéla au grand jour en s’implantant au Liban-Sud d’où il entreprit la lutte armée à la fois contre Tsahal qui occupait cette région et contre le territoire israélien (cf. PFV n° 101). En 1996, Israël riposta à ces attaques en lançant l’opération « Raisins de la colère », qui se termina avec la signature d’un cessez-le-feu (26 avril 1996) confié à un « groupe de surveillance » formé des Etats-Unis, de la France et de la Syrie. Satisfait, le Premier ministre libanais, Rafic Hariri, déclara : « Le Hezbollah a le droit de combattre les troupes israéliennes dans la zone occupée, mais il n’a absolument pas le droit de tirer une seule roquette vers le territoire israélien » (OLJ, 13 février 2024).

Quant à Tsahal, elle maintint son occupation du Liban-Sud jusqu’en mai 2000, événement reconnu par l’ONU qui traça alors la démarcation entre les deux pays, appelée « ligne bleue » (7 juin 2 000). Ce retrait n’a pas empêché le Hezbollah de poursuivre ses offensives anti-israéliennes. Le 12 juillet 2006, il lança une offensive contre le nord de l’État hébreu, à laquelle ce dernier riposta. La résolution 1701, adoptée par l’ONU le 11 août 2006 pour mettre fin à cette guerre après plus d’un mois de combats et plus d’un millier de morts, prévoyait « l’établissement, entre la ligne bleue et le Litani, d’une zone d’exclusion de tous personnels armés, biens et armes, autres que ceux déployés dans la zone par le gouvernement libanais et la FINUL ». Elle appelait même Beyrouth « à étendre sa souveraineté sur tout son territoire », ce qui sous-entend le désarmement du parti chiite.
Autre point important : la résolution prévoyait que « soient délimitées pour de bon les frontières internationales du pays du Cèdre avec ses deux voisins » (art. 10). Cette clause, restée lettre morte, permet au Hezbollah de ne pas rendre ses armes au motif qu’une partie du territoire libanais est toujours sous occupation. Et cela permet à Israël de justifier son occupation de cinq points stratégiques au Liban-Sud.
Le 8 octobre 2023, au lendemain du massacre anti-juif commis par le parti islamiste palestinien Hamas, rejoint par le Hezbollah, tout était donc prêt pour la reprise d’une guerre dont on ne voit pas encore la fin malgré la perspective de négociations israélo-libanaises encouragées par certains États alliés du pays du Cèdre. o ■ o (Fin)
Annie Laurent – La Petite Feuille Verte
Déléguée générale de CLARIFIER
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LA PETITE FEUILLE VERTE N°110, AVRIL 2026
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