

Les lecteurs réguliers de Je Suis Français l’auront sans doute remarqué : depuis un certain temps déjà, nous accordons une place sensiblement plus importante aux vidéos.
Ce n’est ni un effet de mode ni le signe que JSF entend renoncer à ce qui constitue depuis toujours sa vocation : les textes de réflexion, l’analyse politique et historique, la défense et la transmission de notre héritage national.
C’est, beaucoup plus simplement, prendre acte d’une révolution déjà accomplie.
Une part croissante de la bataille des idées se livre aujourd’hui en vidéo.
Et il serait singulier que ceux qui prétendent agir sur l’opinion négligent d’occuper l’un des principaux terrains où celle-ci se forme désormais.
I. La vidéo est devenue l’un des grands vecteurs de formation de l’opinion
Pendant des décennies, le schéma était relativement simple. Quelques grands quotidiens, les radios nationales et les chaînes de télévision sélectionnaient les sujets, les hiérarchisaient, choisissaient ceux qui auraient droit au débat public et, dans une large mesure, déterminaient également les contenus et les limites de ce débat.
Ce monopole est terminé.
Internet l’avait déjà sérieusement ébranlé. YouTube, les réseaux sociaux, les podcasts filmés et les chaînes vidéo indépendantes ont profondément modifié le paysage.

Les chiffres sont éloquents.
Selon le Digital News Report 2026 du Reuters Institute, la confiance générale des Français dans l’information reste à un niveau très bas : 29 %. En France, l’usage des réseaux sociaux pour s’informer continue de progresser, tandis que la presse imprimée n’est plus utilisée chaque semaine que par 12 % des personnes interrogées.
À l’échelle des 48 marchés étudiés, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo sont devenus, pour la première fois, le premier mode d’accès à l’information en ligne : 54 % des personnes interrogées les utilisent pour s’informer. Et 77 % regardent chaque semaine des vidéos d’actualité en ligne.
Voilà la réalité nouvelle : un homme devant une caméra peut désormais toucher une audience comparable, parfois supérieure, à celle de médias disposant de rédactions considérables et de moyens financiers sans commune mesure avec les siens.
Cette évolution est particulièrement importante pour les courants de pensée longtemps minoritaires dans les grands médias.
La vidéo permet de contourner les anciens filtres. Un intellectuel peut exposer sa pensée pendant une heure sans que celle-ci soit réduite à vingt secondes de « petite phrase ». Un spécialiste de géopolitique peut développer une démonstration, cartes et documents à l’appui. Un journaliste peut montrer ce qu’il a vu sur le terrain. Un historien peut rappeler des faits oubliés. Un contradicteur peut répondre directement.
Cela ne signifie évidemment pas que tout ce qui est diffusé sur YouTube ou les réseaux sociaux soit vrai parce que cela échappe aux médias traditionnels. Internet véhicule le meilleur comme le pire et l’esprit critique demeure indispensable.
Mais quelque chose d’essentiel s’est produit : le monopole de la parole légitime a été brisé.
Le citoyen dispose désormais d’un choix de sources, de témoignages et d’analyses qui aurait été inimaginable il y a vingt ans.
II. Un nouveau paysage médiatique est apparu
Pour les sensibilités conservatrices, souverainistes, nationales, identitaires ou traditionalistes — qui ne se confondent évidemment pas toutes avec le royalisme de JSF — cette transformation est particulièrement importante.
Le phénomène n’est plus marginal.

TV Libertés a franchi le cap symbolique du million d’abonnés sur YouTube. Journaux, entretiens, débats, émissions historiques et culturelles ont constitué au fil des années une véritable télévision alternative.

Frontières, créé sous le nom de Livre Noir, rassemble plus d’un demi-million d’abonnés sur YouTube. Reportages, immigration, sécurité, politique intérieure et débats de société lui ont permis de constituer en quelques années une audience qu’un média politique indépendant aurait eu beaucoup de mal à imaginer autrefois.

Omerta, notamment autour de Régis Le Sommier, s’est également imposé dans ce paysage grâce aux reportages, aux enquêtes, aux grands entretiens et à l’attention portée aux questions internationales et aux zones de conflit. Sa chaîne YouTube compte aujourd’hui environ 568 000 abonnés et plus de 121 millions de vues.
VA Plus, prolongement vidéo de Valeurs actuelles, compte pour sa part environ 481 000 abonnés et près de 200 millions de vues.

Il faut également mentionner les vidéos de Front Populaire, qui donnent notamment une large place aux analyses de Jacques Sapir et de Pierre-Yves Rougeyron sur la souveraineté, l’économie et la géopolitique.

Et il faut naturellement citer Radio Courtoisie, dont Richard de Seze est aujourd’hui le directeur de la rédaction.
Née en 1987, bien avant Internet et YouTube, cette radio historique du « pays réel » offre un exemple particulièrement intéressant de transformation. À ses libres journaux radiophoniques se sont ajoutés la vidéo, les entretiens filmés, les extraits et les formats courts.

Sa matinale Ligne Droite est ainsi devenue une chaîne vidéo à part entière : environ 367 000 abonnés, près de 7 000 vidéos et plus de 122 millions de vues cumulées sur YouTube.
Un média né à l’âge de la FM rencontre ainsi, grâce à l’image, un public nouveau. C’est exactement le phénomène qui nous intéresse.
Des médias, mais aussi des personnalités
La révolution de la vidéo ne profite pas seulement aux médias constitués : elle permet aussi à des personnalités de trouver directement leur public.

Alain Juillet, ancien haut responsable du renseignement et spécialiste de l’intelligence économique, en fournit un bon exemple. Ses interventions et entretiens consacrés à la géopolitique et aux rapports de puissance connaissent une diffusion que de telles analyses auraient difficilement obtenue autrefois dans les médias généralistes.

Mais, dans ce domaine de la géopolitique, il faudrait citer aussi d’autres personnalités marquantes comme, par exemple, Caroline Galactéros, Alexandre del Valle, Nikola Mirkovic, Édouard Husson ou Jacques Baud.

Antoine Dresse, avec Ego Non, touche notamment un public plus jeune en abordant philosophie politique, histoire des idées, conservatisme, tradition et questions de civilisation. La vidéo peut ainsi faire découvrir à une génération des auteurs, des concepts et des débats auxquels elle n’aurait probablement jamais accédé par les circuits traditionnels.

Le Réseau Voltaire, fondé par Thierry Meyssan, représente un cas différent et souvent controversé. Sa diffusion internationale montre néanmoins combien Internet permet à des analyses géopolitiques radicalement étrangères aux grands médias occidentaux de trouver leur public.
Immigration, identité, guerre en Ukraine, Proche-Orient, Russie, États-Unis, souveraineté, école, famille, religion, bioéthique, patrimoine, histoire de France : sur chacun de ces sujets existent aujourd’hui des heures de reportages, de conférences, de débats et d’entretiens auxquelles le public n’aurait jamais eu accès autrefois.
La bataille culturelle se joue aussi sur un écran
Il faut surtout comprendre que l’enjeu dépasse les prochaines élections.
Une opinion publique ne se transforme pas seulement dans l’isoloir. Elle se transforme lorsque certaines questions deviennent dicibles ; lorsque des faits jusque-là ignorés deviennent connus ; lorsque des auteurs sont redécouverts ; lorsque des mots oubliés reprennent un sens ; lorsque quelqu’un qui ne s’était jamais interrogé sur la souveraineté, l’immigration, la transmission ou notre civilisation écoute pour la première fois un débat d’une heure sur ces sujets.
Elle se transforme aussi lorsqu’un jeune Français qui n’aurait probablement jamais acheté spontanément cinq cents pages sur Richelieu, Maurras, la monarchie française ou la philosophie politique découvre un auteur ou une époque par une conférence filmée.
La vidéo peut conduire au livre.
L’entretien peut conduire à l’auteur.
Une émission historique peut conduire à l’Histoire.
Nous aurions tort de méconnaître cette porte d’entrée.
La bataille culturelle se déroule désormais aussi sur un écran de téléphone.
Alors, pourquoi davantage de vidéos sur JSF ?
Parce que notre fonction n’est pas seulement de produire. Elle est aussi de choisir et de transmettre.
Dans l’océan de vidéos disponibles sur Internet, distinguer ce qui mérite d’être regardé de ce qui ne mérite pas notre temps constitue déjà un travail éditorial.
Lorsque nous mettons une vidéo en ligne, nous disons simplement à nos lecteurs :
Voilà un homme, un témoignage, une analyse, un débat, un document que nous pensons utile de connaître.
Cela ne signifie pas nécessairement que JSF approuve chaque phrase prononcée.
Cela signifie : regardez, écoutez, réfléchissez, confrontez.
JSF continuera donc à publier beaucoup de textes — parce que l’écrit demeure irremplaçable pour penser, approfondir et transmettre. Mais nous publierons aussi davantage de vidéos.
Le livre, l’article, la conférence, la conversation et désormais la vidéo ne sont pas des accessoires. Ils sont autant de moyens mis au service d’une même ambition : comprendre notre temps, transmettre ce que nous avons reçu et maintenir vivante la réalité de la France historique.
Parce que la bataille des idées se mène avec les armes intellectuelles, mais aussi techniques, de son temps.o■oKAIROS












A chacun ses préférences, je regarde très peu les vidéos: L’image brouille les idées. Le son de la parole maquille la pensée.
Les textes, mais vous le soulignez, vont transmettre plus véridiquement la pensée de l’auteur.
Et pour les mal-comprenants on peut reprendre, ralentir accélérer malaxer un texte.
A vos questions posées en introduction des réponses en vidéos.. m’auraient laisées su le bord de la route.
Je veux bien regardez mais j’espère que vous réserverez les vidéos, si possible lapidaires (style Castelnau), a des sujets que vous jugerez, cher JSF, bénins.
Mise au point éloquente et bienvenue. Continuez.
Un oubli ? Tocsin aurait pu faire parti de votre liste. Avec, notamment, Régis de Castelnau, qui « cartonne » aussi à l’écrit.
À présent, c’est la bataille électorale qui va se livrer sur ces réseaux.