
Par Aristide Ankou.
Les lycéens réclament davantage de moyens pour l’école, espérant ainsi apaiser leurs inquiétudes et préparer leur avenir. Mais si le mal venait précisément du système qu’ils demandent de renforcer ? Car l’Éducation nationale pourrait bien être moins le remède à leurs angoisses que l’une de leurs principales causes.

Ce qu’il y a de fondamentalement triste dans les actuelles revendications des lycéens, c’est que ceux-ci réclament, peu ou prou, un renforcement du système éducatif qui génère leurs angoisses et leur colère.
Plus de moyens pour les lycées (pour l’Éducation nationale en général), c’est plus de moyens pour des établissements dans lesquels, pour l’essentiel, ils n’apprennent rien de solide ni d’important.
Lorsqu’ils arrivent dans un établissement d’enseignement supérieur (à quelques exceptions près, car il reste bien sûr des îlots « d’excellence » — relative), leur niveau de français est atterrant : orthographe, grammaire, conjugaison, syntaxe, tout leur manque, tout leur fait défaut ; leur connaissance de l’histoire de France est à peu près inexistante ; leur niveau en mathématiques est effrayant de nullité, même pour un « littéraire » comme moi ; leur culture générale n’est pas à zéro, elle est en dessous de zéro, car, s’ils n’ont lu aucun livre sérieux, ils ont en revanche ingurgité des volumes stupéfiants de bouillie mentale déversés par internet et les réseaux sociaux ; nos institutions leur sont lettre close et scellée de sept cachets ; leur compréhension de l’économie relève au mieux du culte du cargo ; leur aptitude à se concentrer est proche de la capacité pulmonaire d’un tuberculeux.
Bref, leur capacité réelle à penser et à apprendre sérieusement, autrement dit à faire des études authentiquement « supérieures », est totalement atrophiée.
Certains s’en sortent, bien sûr, les plus intelligents et les plus travailleurs, les mieux soutenus par leur milieu familial aussi, mais même ceux-là semblent un pâle reflet de la génération de leurs parents pour ce qui concerne la culture générale (« l’école du commandement », selon la belle et juste formule de De Gaulle) et la capacité à raisonner droit.
Plus de moyens pour quel enseignement ?
Peut-on croire sérieusement que cela s’améliorerait si les lycées étaient des palais en marbre, dorés à l’or fin, ou bien si, plus modestement, il n’y manquait jamais de savon ni de papier-toilette et que jamais aucun enseignant n’y était absent ? Poser la question, c’est y répondre. Sauf pour eux, manifestement, ce qui est assez normal puisqu’ils sont incapables de résoudre 2 + 2.
Ils se plaignent de Parcoursup, mais ce système n’existe que parce qu’est en vigueur l’absurde principe selon lequel avoir un baccalauréat qui, aujourd’hui, n’est refusé à presque personne, ouvre le droit à être accueilli dans un établissement d’enseignement supérieur.
Si les lycées étaient des lieux dans lesquels on formait vraiment des jeunes gens capables de faire des études, si la scolarité au lycée était sanctionnée par un diplôme attestant d’un niveau réel et pertinent pour passer à l’étape du supérieur, il n’y aurait pas besoin de Parcoursup.
Les angoisses que l’école contribue à nourrir
Ils sont angoissés par leur avenir ? On peut le comprendre. Mais si beaucoup sont, par exemple, « éco-anxieux », n’est-ce pas aussi parce que l’Éducation nationale est devenue l’une des grandes pourvoyeuses de cette religiosité nouvelle qui fait de l’homme le fléau de la création et qui nous demande d’expier journellement pour nos péchés climatiques ? Si beaucoup se voient un avenir économique bouché, n’est-ce pas aussi parce que l’Éducation nationale distribue les diplômes comme on distribuait les assignats durant la Révolution ?
Nous nous plaignons, avec assez de raison, que de moins en moins d’entre eux soient capables d’un effort soutenu, qu’ils sont par trop enclins à se victimiser et à chouiner à la moindre difficulté, qu’ils sont beaucoup trop sensibles aux sirènes des démagogues ? Mais à qui la faute, si ce n’est à ceux qui les ont éduqués, et notamment à cette Éducation nationale, qui les prend par la main de plus en plus tôt pour la relâcher de plus en plus tard ? Quel parent ayant, ou ayant eu récemment, des enfants d’âge scolaire, osera prétendre qu’on y prend le goût du temps long, qu’on y développe le sens de la persévérance, de la responsabilité individuelle dans l’échec et du stoïcisme face aux difficultés de la vie ?
Un plus gros bâton pour se faire battre
Et on pourrait continuer la liste longtemps. Le système éducatif pour lequel ils demandent plus de moyens est en large partie responsable des maux dont ils se plaignent. Mais bien sûr, étant donné tout ce que j’ai exposé précédemment, ainsi que leur jeune âge, très peu d’entre eux sont en état de le comprendre. Demander plus de moyens pour l’école, c’est demander un plus gros bâton pour se faire battre.
Comme toujours, depuis que l’homme hante ce globe terraqué, les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées. o ■o ARISTIDE ANKOU
* Précédemment paru sur la riche page Facebook de l’auteur, (le 7.10.2026).
Aristide Ankou













Excellent, je souscris totalement à cette analyse !! Ces lycéens sont, pour la majorité d’entre-eux, des gamins complètement immatures et incultes , ce qui n’empêchera pas l’Education Nationale de leur donner le Bac à la fin de l’année scolaire leur faisant croire ainsi qu’ils sont en capacité de poursuivre des études supérieures.