
« Depuis l’intervention russe en Ukraine, on vit une accélération de l’Histoire qui bouleverse la globalisation. Sauf dans le bocal parisien qui reste immuable. »
Cet article est paru le 9 octobre. Sa trame repose sur un parallèle, certes relatif mais éclairant, entre la révolte étudiante de Mai 68 et celle des lycéens d’aujourd’hui. Si leur révolte est fondamentalement légitime — comme le sont presque toutes celles qui s’élèvent contre le Régime actuel —, elle n’en présente pas moins le visage d’une jeunesse bourgeoise devenue casseuse…Une dérive qui fait le jeu du Système, dès lors qu’il s’agit de déconsidérer les révoltes légitimes pour mieux justifier leur répression…— JSF
Lirre aussi dans JSF : Mathieu Bock-Côté : « Elwan, Gonzague, Eustache et leurs amis trotskistes dans la kermesse lycéenne »

Rubrique : rouquin.
Je suis vraiment touché, par ce petit cadeau que me fait l’actualité. Voilà t’y pas que je viens de rajeunir brutalement de 58 ans ! La machine à remonter le temps, ça marche ! Je me retrouve en mai 68. La même jeunesse de la petite bourgeoisie qui se « révolte », qui avance des revendications (frappées au coin du bon sens, c’est vrai) sous le regard énamouré de leurs parents. Les mêmes violences policières, même si cette fois-ci elles sont massivement filmées, la même approbation initiale d’une opinion qui ne va pas tarder à changer d’avis, si jamais les prolos profitaient de l’occasion. Lesquels prolos, expulsés des grandes villes et relégués à la périphérie, ferment leur gueule pour l’instant. La dernière fois qu’ils l’ont ouverte, fin 2018 avec les gilets jaunes, ils se sont fait massacrer, mais vraiment massacrer. Et ils ont le souvenir cuisant que la même petite bourgeoisie qui s’agite aujourd’hui, s’est soigneusement tenue à l’écart et a regardé ailleurs. Quand elle ne réclamait pas carrément comme Luc Ferry (et d’autres) qu’on tire dans le tas. En 68, les prolos aussi avaient attendu 15 jours pour se mettre en branle et réclamer le prix de leur effort des « 30 glorieuses ». Il n’y a jamais eu de coordination entre le mai étudiant et le mai ouvrier. Ce sera pareil cette fois-ci.
Ce qui me frappe, ce sont les éléments de langage, qui sont identiques parfois jusqu’à la caricature, avec ceux de quand j’étais jeune et beau. Avec évidemment quelques différences liées au contexte. Et voilà que BFM, décide de participer à la distribution des cadeaux. Histoire de m’offrir un nouveau Cohn-Bendit, elle a trouvé un rouquin ! Une vraie caricature !
Il s’appelle Philémon dis donc. Après Elwann (!), Philémon ! En attendant Eustache, Eudes, Clotaire et Victorine. Comme dit un intervenant sur Twitter qui a les mêmes références culturelles que moi : « Je n’avais pas entendu ce prénom depuis Les Cigares du Pharaon ». Toujours à propos de références culturelles, ce qui me fait marrer ce sont désormais les prénoms improbables du « Petit Nicolas » de Goscinny et Sempé, que la bourgeoisie grande et petite utilise. Leurs petits ne risquent pas de s’appeler Kylian, Jordan ou Mamadou.
Retour à Philémon, le grand leader qui fort de son expérience, porte la parole de la jeunesse opprimée. Il est naturellement scolarisé à Henri IV, le célèbre lycée de la rue Clovis dans le cinquième arrondissement de Paris près du Panthéon. En pleine ZEP évidemment. Mais attention ça veut bien dire Zone d’Éducation Privilégiée. C’est qu’il galère Philémon, c’est pour ça qu’il est idéalement placé pour porter la parole de la jeunesse opprimée. Parce qu’il est comme elle. Il a multiplié les stages Philémon. D’abord un truc qui a l’air super chicos : il a dirigé l’organisation d’un « Model of United Nations (en anglais dans le texte je vous prie) du lycée Henri IV ». Un stage à la direction de la communication de la Présidence de la république (!), un stage à Libération le fanzine macroniste de la petite bourgeoisie urbaine, et un stage à l’Assemblée nationale. On imagine le parcours du combattant de Philémon pour obtenir ces stages
Depuis l’intervention russe en Ukraine, on vit une accélération de l’Histoire qui bouleverse la globalisation. Sauf dans le bocal parisien qui reste immuable. Pendant que les prolos gardent le silence.
Jusqu’à quand ? o ■oRÉGIS DE CASTELNAU
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Régis de Castelnau
est un avocat français à la retraite, devenu une figure identifiée du débat public via son blog et sa chaîne YouTube.
Il s’inscrit dans une tradition de critique politique et médiatique assumée, revendiquant une lecture souverainiste et républicaine des affaires publiques.
Son propos se distingue par une solide culture juridique et historique, qu’il mobilise pour analyser institutions, conflits internationaux et fonctionnement des médias.
Il adopte un ton volontairement polémique, cherchant moins le consensus que la confrontation argumentée.
Cette posture lui vaut une audience fidèle, sensible à son discours de rupture avec les narratifs dominants.
Ses analyses, même contestées, participent à la pluralité des points de vue dans l’espace public. Il apparaît ainsi comme un observateur engagé, plus commentateur critique que prescripteur politique.
Note établie par recours aux archives sur la toile.












