
Nous avons appris tardivement, mais surtout avec peine, la mort de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, qui fut un collaborateur précieux, exigeant, régulier et fidèle de Je Suis Français et qui, au fil des années, des rencontres, des échanges et des conversations, était devenu notre ami.
Ses conseils de grand professionnel nous ont été utiles, mais aussi son érudition, fondée sur l’expérience, les livres, les voyages, la fréquentation de personnalités vraies, le goût de l’Histoire, passée ou en train de se faire, son sens de la diversité des cultures, son aisance à manier librement un langage simple et beau…
Nous étions proches par son royalisme, son attachement aux Princes, ses origines marseillaises et foncièrement provençales, son patriotisme sans aucun chauvinisme et, par-delà ces racines diverses, sa liberté d’esprit et de parole.
Nous lui adressons, à travers le temps et les espaces, par-delà la mort, le grand salut par lequel nous avions pris l’habitude de terminer nos échanges. — Gérard Pol
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Jean-Pierre Péroncel-Hugoz est mort le 7 octobre 2026, à Aix-en-Provence, à l’âge de 86 ans. Avec lui disparaît une figure singulière du journalisme français, difficile à ranger sous une seule étiquette. Grand reporter, écrivain, voyageur, éditeur, observateur passionné du monde arabe et de l’Islam, défenseur de la francophonie, amoureux du Maroc, catholique de culture et royaliste de conviction : toutes ces fidélités coexistèrent chez lui sans qu’il éprouvât jamais le besoin de les mettre au goût du jour.
Il avait une forte personnalité. C’est le moins que l’on puisse dire. La prudence diplomatique n’était pas toujours son premier souci. Il avait ses enthousiasmes, ses admirations, ses inimitiés aussi ; des convictions solidement établies et le goût de les exprimer. Sa plume pouvait être élégante, érudite, drôle, mais aussi mordante. Au Maroc, Le360 avait justement baptisé ses chroniques « Le Coup de dent de Péroncel-Hugoz ».
Cette liberté de jugement explique sans doute une carrière aussi brillante que parfois mouvementée.
Du Monde au monde
Né à Marseille le 16 mars 1940, issu d’une famille catholique provençale et savoyarde, diplômé de Sciences Po Paris en 1962, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz appartenait à cette génération de journalistes pour lesquels le métier se pratiquait d’abord sur le terrain.
Entré au Monde, il devient en 1969 correspondant à Alger. L’Algérie de Boumédiène constitue l’un de ses premiers grands observatoires du monde arabe contemporain. Ses relations avec le régime deviennent suffisamment difficiles pour qu’il quitte Alger en 1973 pour Le Caire.
L’Égypte lui vaudra un épisode qui résume assez bien sa manière d’exercer son métier. Ayant attiré l’attention sur la progression de l’islamisme et la menace qu’il faisait peser jusque dans l’armée égyptienne, il est expulsé du pays en septembre 1981. Quelques semaines plus tard, le 6 octobre, le président Anouar el-Sadate est assassiné par des militaires islamistes.
Il couvrira également le Liban, deviendra grand reporter et parcourra des dizaines de pays.
Ses rapports avec sa hiérarchie ne furent pas toujours paisibles. La nécrologie que Le Monde vient de lui consacrer évoque elle-même sa « forte personnalité », les conflits et les mises à l’écart qui jalonnèrent sa carrière. Il ne cachait guère les blessures laissées par certains de ces épisodes.
Il demeura pourtant attaché à la maison et aimait se présenter comme un « vétéran des reporters du Monde », fidèle au souvenir du grand Monde d’Hubert Beuve-Méry, Jacques Fauvet et André Fontaine.
Chez Péroncel-Hugoz, les désaccords n’effaçaient pas nécessairement les fidélités.
La grande cause de la francophonie
Parmi celles-ci, il faut faire une place particulière à la francophonie.

Au Monde, il en fut longtemps l’un des spécialistes, à une époque où le sujet était encore loin d’avoir acquis l’importance institutionnelle qu’il devait prendre ensuite. Il suivit sa construction, ses conférences et ses sommets, rencontrant et interrogeant ceux qui en furent les grandes figures.
Il fut notamment en relation avec Léopold Sédar Senghor et Boutros Boutros-Ghali. Il aimait rappeler les années où, avec eux et quelques autres, se construisait ce projet d’une francophonie organisée et consciente d’elle-même.
Ce combat lui tenait profondément à cœur. La langue française n’était pas pour lui seulement un patrimoine à conserver. Elle constituait un lien vivant entre des peuples, des histoires et des civilisations différentes, particulièrement autour de cette Méditerranée et de cette Afrique qu’il connaissait si bien.
Cette fidélité à la langue française devait demeurer l’une des constantes de sa vie.
Un observateur précoce de l’islamisme
Son expérience du monde arabo-musulman nourrit une œuvre importante.
Le Radeau de Mahomet, publié en 1983, fit beaucoup parler de lui. À une époque où une partie de l’intelligentsia occidentale considérait encore l’islamisme politique comme un phénomène secondaire, Péroncel-Hugoz en percevait déjà la puissance et les dangers.
L’année suivante, Une croix sur le Liban disait son attachement à ce pays et son inquiétude devant la destruction progressive de l’équilibre islamo-chrétien qui constituait à ses yeux l’une des singularités libanaises.
Mais le réduire au spécialiste de l’Islam et de l’islamisme serait méconnaître l’étendue de ses curiosités. Ses reportages et ses voyages nourrirent de nombreux livres. Il pouvait passer de l’Égypte au Portugal, du Maghreb à la Provence, de l’histoire coloniale aux réalités contemporaines avec cette curiosité insatiable qui caractérise les grands journalistes de terrain.
Le Maroc, royaume d’élection

Parmi tous les pays qu’il avait parcourus, le Maroc occupait une place particulière.
Après son départ du Monde, partageant sa vie entre la Provence et le royaume chérifien, il y poursuivit une intense activité journalistique, littéraire et éditoriale.
Il fut particulièrement attaché à Le360, et cet attachement était réciproque. Entre 2014 et 2017, il y donna 139 chroniques, ses fameux « Coups de dent ». Il publia également 2 000 ans d’histoires marocaines et travailla avec plusieurs éditeurs du Royaume.

Quelques jours seulement avant sa mort, Boualem Sansal lui rendait encore hommage dans Le360, après avoir reçu de lui un recueil dédicacé de ses chroniques marocaines. Il saluait notamment la liberté et l’impertinence d’un journaliste qu’il lisait depuis des décennies.
Mais le Maroc n’était pour lui ni un simple lieu de villégiature ni seulement un objet d’étude.
Il y retrouvait quelque chose qui correspondait profondément à sa conception de l’Histoire : une nation ancienne, une dynastie, un souverain, une continuité incarnée.
Péroncel-Hugoz était trop journaliste pour idéaliser entièrement les pays qu’il aimait. Mais son attachement à la monarchie marocaine était profond, comme l’était son intérêt pour la dynastie alaouite et pour les liens séculaires entre la France et le Maroc.
Une immense érudition
Il faut aussi rappeler l’écrivain, l’éditeur et le passeur.
Péroncel-Hugoz aimait les livres, les auteurs et les textes oubliés. Il contribua à faire connaître ou republier de nombreux écrivains, notamment du Maghreb et du monde méditerranéen. Il revendiquait avec satisfaction d’avoir joué un rôle dans l’entrée de Tahar Ben Jelloun au Monde.
Mais ceux qui le lisaient ou le fréquentaient étaient surtout frappés par l’étendue de son érudition.
Histoire, politique, littérature, religions, monde méditerranéen, monarchies, dynasties, généalogies : il avait accumulé au fil des décennies une somme impressionnante de connaissances, nourrie par les lectures, mais aussi par les voyages, les rencontres et une mémoire exceptionnelle.
Cette érudition n’avait rien de livresque. Elle surgissait naturellement dans ses articles comme dans ses conversations. Un événement contemporain appelait un précédent historique ; un nom réveillait une anecdote ; un pays lui rappelait un personnage rencontré trente ou quarante ans auparavant.
Il avait cette faculté, devenue rare, de replacer l’actualité dans le temps long.
Un journaliste royaliste
Car Jean-Pierre Péroncel-Hugoz était aussi, très profondément, royaliste.
Il collabora à la Nouvelle Revue universelle, héritière de la revue fondée par Jacques Bainville, où parurent notamment des pages de son Journal d’un royaliste français au Maroc. Il y consacra également des chroniques aux monarchies et aux familles royales, sujets auxquels il portait une attention constante.
Les lecteurs de Je suis français connaissent eux aussi particulièrement bien sa plume.
C’est par le canal de Le360 que s’établit le contact qui devait conduire à cette collaboration. Pendant de longues années, Péroncel-Hugoz adressa à Je suis français un article par semaine. Il ne s’agissait donc nullement de contributions occasionnelles mais d’une véritable collaboration hebdomadaire.
Une partie de ces chroniques prit le titre bien dans sa manière de « Coup de poing de Péroncel-Hugoz », comme il y avait eu au Maroc les « Coups de dent ».
Il est d’ailleurs remarquable que Le Monde, dans la nécrologie consacrée à son ancien reporter, ait tenu à mentionner sa collaboration jusqu’à une période récente avec Je suis français, présenté comme un « quotidien royaliste sur la Toile ».
Cette collaboration avait cessé dans la dernière période de sa vie. Elle n’en constitue pas moins une part significative de son activité intellectuelle de ces années.
Il est d’ailleurs remarquable que Le Monde, dans la nécrologie consacrée à son ancien reporter, ait tenu à mentionner sa collaboration jusqu’à une période récente avec Je suis français, présenté comme un « quotidien royaliste sur la Toile ».
Le vétéran du Monde était aussi le chroniqueur d’un quotidien royaliste. Péroncel-Hugoz n’y voyait aucune contradiction.
« Royaliste comme on respire »
Son royalisme n’était ni une provocation, ni un esthétisme, ni une nostalgie.
Une formule de lui dit presque tout :
« Je suis royaliste comme on respire, à la fois de conviction, de tradition et de raison. »
Il précisait qu’il l’était « pour la France ».
Cette conviction venait de loin.

Son père avait été Camelot du Roi. Jean-Pierre avait conservé sa carte d’adhérent à l’Action française et, bien des années plus tard, l’avait adressée à Je suis français, qui la publia.
Ce document familial témoignait d’une transmission, mais son royalisme ne se réduisait nullement à un héritage.
Il avait réfléchi à ce qu’est la royauté. Face à l’État, ce « monstre froid », il voyait dans une famille royale une incarnation et une continuité susceptibles de replacer le pouvoir dans une histoire plus longue que celle des gouvernements et des affrontements électoraux.
Son admiration pour Lyautey participait du même univers intellectuel : le service, la durée, l’autorité, mais une autorité qui ne vaut que si elle s’incarne et se donne.
La fidélité aux princes
C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre son attachement aux princes et aux familles royales.
Il ne relevait en rien de la curiosité mondaine.
Péroncel-Hugoz avait assez parcouru le monde et observé assez de régimes pour accorder une importance particulière à la continuité dynastique. Son expérience marocaine n’avait pu que conforter cette conviction.
Il observait avec attention le lien entre le souverain marocain, sa dynastie et son peuple. La monarchie chérifienne lui apparaissait comme une institution tout à la fois historique, familiale, religieuse et politique.
Et ce regard porté sur le Maroc rejoignait naturellement sa réflexion sur la France.
Son attachement aux princes procédait ainsi d’une fidélité politique, historique et personnelle à l’idée monarchique, dont il n’avait jamais fait mystère et qu’il conserva jusqu’au terme de sa vie.
Des fidélités
Il serait pourtant réducteur d’enfermer Jean-Pierre Péroncel-Hugoz dans une définition politique.
Il fut royaliste et grand reporter du Monde ; profondément français et amoureux du Maroc ; catholique et familier comme peu d’autres Français des sociétés musulmanes ; homme de tradition et infatigable voyageur.
Il pouvait être sévère, polémique, parfois excessif. Il ne recherchait guère le consensus et préférait risquer de déplaire plutôt que renoncer à ce qu’il pensait devoir écrire.
Mais derrière les « coups de dent » et les « coups de poing », il y avait surtout des fidélités qui traversèrent toute son existence : à la France et à sa langue, au métier de journaliste, au monde méditerranéen, au Maroc, aux livres, à la francophonie, à la monarchie et aux princes.
Le grand reporter avait parcouru le monde. Le voyageur avait changé cent fois d’horizon.
Mais certaines choses, chez Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, ne voyageaient pas.
Elles demeuraient.o ■oKAIROS












Bravo pour ce témoignage !
Amitiés royalistes
Chapeau bas.