
Par François joseph Schichan .
Cette tribune fort intéressante est parue dans Le Figaro du 3 mai. Toutes les forces « progressistes » d’Europe espèrent à cette heure que ce qu’elles considèrent comme erratique, chaotique, contre-productif et singulièrement dangereux dans l’action politique de Donald Trump, viendra rapidement à bout des élans « populistes » des peuples européens et, à rebours, y impulser une réaction inverse qui viendra tous sauver. Et notamment les rentes de situation des privilégiés qui s’en réclament et qui en vivent fort bien. L’exemple britannique ici traité dément cet espoir existentiel, comme celui de l’AfD en Allemagne – au point qu’on songe à l’interdire – ou encore celui du RN en France, dont on a tout simplement rendu la présidente inéligible. Les progressistes visent ainsi une forme achevée de dictature, dont, par ailleurs, ils accusent leurs adversaires d’être adeptes et pratiquants. Philippe Meyer qui avait de l’humour résumait ainsi la situation de la modernité : « Nous vivons une époque moderne… Le progrès fait rage ». C’était bien vu. JSF
FIGAROVOX/TRIBUNE – Le scrutin de ce jeudi 1er mai en Angleterre a prolongé l’effritement électoral des Conservateurs. Ils devront nécessairement se poser la question d’une alliance avec Nigel Farage, estime l’ancien diplomate François-Joseph Schichan, qui compare les droites anglaise et française.

François-Joseph Schichan est ancien diplomate au Royaume-Uni, consultant en géopolitique et affaires européennes au cabinet de conseil Flint Global.
Ce n’est rien de moins qu’une révolution politique qui est en train de se dérouler de l’autre côté de la Manche, et tous les partis de droite d’Europe devraient y prêter attention.
Le 1er mai, les élections municipales britanniques ont vu un progrès considérable du parti de Nigel Farage, Reform UK, dans presque tout le pays. Reform est la dernière incarnation des ambitions politiques de Nigel Farage – l’un des hommes les plus influents de la vie politique britannique depuis 30 ans. Au cours de cette période, il a gagné tous ses combats politiques : le refus du Royaume-Uni de rejoindre l’euro, le référendum sur le Brexit et aujourd’hui la bataille contre l’immigration massive.
Lors des élections du 1er mai, les candidats de Reform ont surtout progressé dans les zones où le parti travailliste fait traditionnellement de bons scores. Le parti a également emporté une législative partielle dans le bastion travailliste de Runcorn dans le nord du pays. Ce faisant, le parti de Nigel Farage reproduit la coalition électorale qui a mené au vote du Brexit en 2016 : l’alliance des classes populaires du nord de l’Angleterre, oubliées par la mondialisation et les élites du sud du pays, avec la bourgeoisie patriote qui rejette le centre gauche. Ces classes populaires ressemblent à cet électorat qui vote Trump aux États-Unis et Marine Le Pen en France. Cette coalition électorale avait été formée par Boris Johnson, dont les turpitudes à la tête du pays sont en grande partie responsable de l’échec du parti conservateur. Car la victoire du parti de Farage est aussi la défaite cinglante du parti conservateur. Mené depuis octobre dernier par Kemi Badenoch, le parti ne parvient pas à se relever de sa défaite aux législatives de l’été 2024.
La marque du parti conservateur a été profondément discréditée par ses quatorze années au pouvoir de 2010 à 2024. Sous les conservateurs, aucune des promesses du Brexit n’a été tenue : le pays a perdu le contrôle de sa politique migratoire et le rééquilibrage économique du pays en faveur du nord de l’Angleterre n’a jamais dépassé le stade des promesses verbales. Ces électeurs se tournent donc aujourd’hui massivement vers le parti de Nigel Farage. Il n’y a en effet pas grand-chose à attendre du premier ministre Keir Starmer, bien conscient du problème posé par Farage mais incapable d’y faire face par blocage idéologique. Les élections municipales du 1er mai montrent l’extrême fragilité du parti travailliste au pouvoir : moins d’un an après sa victoire aux législatives, celui-ci peine déjà dans des élections au niveau local.
En définitive, la montée en puissance de Nigel Farage révèle trois enseignements fondamentaux pour les droites européennes. Le premier est que la révolution du Brexit n’est pas terminée. Les fractures qui ont mené au vote du Brexit sont toujours présentes et constituent un moteur électoral efficace : la question migratoire, le sentiment d’abandon économique de certaines régions éloignées des centres urbains mondialisés et les questions culturelles (lutte contre le «wokisme») continuent de structurer la vie politique britannique. Sans réponse à ces questions, un parti populiste comme celui de Nigel Farage continuera à progresser. Le second enseignement est la remise en cause du système bipartisan en Angleterre. Conçu pour favoriser les partis établis – parti conservateur et parti travailliste – il est en train de voler en éclat. Le scrutin uninominal majoritaire à un tour n’est plus un obstacle pour la montée en puissance d’une offre politique alternative. Le troisième et dernier enseignement est que l’union des droites au Royaume-Uni devient inévitable. Les progrès électoraux de Nigel Farage lors des élections municipales relèguent le parti conservateur, qui a dirigé le Royaume-Uni pendant près de 50 ans depuis 1945, comme troisième force politique du pays. Ces résultats vont relancer le débat sur la nécessité d’une alliance entre les Conservateurs et Nigel Farage.
Ces trois enseignements s’appliquent pleinement à la situation politique d’autres pays européens où le centre politique s’accroche désespérément au pouvoir. En France, des fractures semblables à celles du Brexit sont apparues, avec la montée du vote protestataire. Le système électoral n’est plus un obstacle à l’arrivée massive de candidats RN à l’Assemblée nationale. La question de l’union des droites s’y pose comme au Royaume-Uni.
Les choix politiques de Farage vont parfois à l’encontre des instincts de son électorat-cible. Par exemple, il reste attaché au libre-échange alors même que son électorat est la première victime de la mondialisation économique
Le parti de Nigel Farage est donc en bonne voie pour devenir une alternative crédible aux partis traditionnellement au pouvoir à Londres. Il y travaille en développant une plateforme idéologique et politique sérieuse et non plus seulement contestataire, comme en témoignent ses derniers discours. Reform se mue en parti de gouvernement. Les obstacles restent nombreux sur la route du pouvoir d’ici aux prochaines élections qui se tiendront au plus tard en 2029. Le premier d’entre eux est idéologique : les choix politiques de Farage vont parfois à l’encontre des instincts de son électorat-cible. Par exemple, il reste attaché au libre-échange alors même que son électorat est la première victime de la mondialisation économique. Le parti est aussi traversé par des divisions sur la question migratoire : là où certains appellent à singulariser l’immigration d’origine musulmane dans les problèmes du pays, Farage se refuse à faire cette différence pour ne pas s’aliéner une communauté dont l’importance politique grandit au Royaume-Uni. Reform doit encore produire une politique économique claire.
Les changements politiques en cours au Royaume-Uni doivent interpeller la droite européenne et singulièrement la droite française alors que celle-ci cherche à se reconstruire. Les structures des électorats français et britanniques se ressemblent, ainsi que les débats politiques qui les traversent. Comme la déconfiture des Conservateurs britanniques le montre, il n’y a point de salut politique dans une ligne de compromis qui cherche à faire alliance avec le centre. Le parti conservateur britannique comme les Républicains français sont des partis politiques moribonds. S’ils veulent un avenir, ils doivent – par nécessité mais aussi par devoir à l’égard de leur électorat – se reconstruire en tenant compte de ces nouvelles réalités politiques. ■ FRANÇOIS-JOSEPH SCHICHAN













Starmer l’actuel premier ministre vu son rôle de procureur, devrait être en prison. En effet comme magistrat du parquet, il a protégé toute la pédophilie, donc les criminels plutôt que les victime.
Bien dit ! Et Macron en haute cour…
Tout l’occident glisse vers le comunisme comme l’était l’ex URSS piloté par la dictature de la comission européenne. Les services publics ne fonctionnent plus, l’industrie est reduite a néant et les taxes explosent. Voilà le bilan.
À ceci près que la dictature communiste avait un fond d’ordre et de discipline que l’occident européen rongé par la décadence n’a même pas. Le woke, l’anarchie scolaire, urbaine, sociétale, etc. N’y aurait pas été tolérée. En absence, nous sommes pires.