
Telle est la question première, la question majeure qu’il faut aujourd’hui poser avec gravité. Les motifs en sont connus, sans qu’il soit besoin de les formuler : ils habitent tous les esprits, toutes les consciences citoyennes, face à la trahison de la caste dirigeante mondialisée et à l’effondrement désormais patent du pouvoir politique en place, livré de nouveau au régime des partis, au régime d’assemblées, qui toujours a conduit la France au chaos.
Reste, pour s’y opposer, comme en d’autres temps, l’ultime force régalienne organisée que sont nos armées — en charge, par nature, de l’intégrité du territoire national — , et le patriotisme renaissant d’une vaste majorité de Français, à travers toutes les catégories de la population — du moins s’agissant des questions existentielles.
Le basculement du monde, à l’œuvre depuis le retour du conservatisme étatsunien et depuis le conflit dit — par euphémisme — « russo-ukrainien », a remis en pleine lumière la vitalité et la prééminence des nations.
La France doit vivre, dans la continuité intégrale de son histoire.
Je suis Français.












Je préfère l’anarque comme nous le montre E Jünger dans son roman Eumeswill. Contemplatif, critique, détaché et souriant…
Comment rester Français quand les élites mondialisées professent des credo tels celui-ci prêté à l’irlandais John Sutherland (1946-2018), l’un des plus éminents mondialistes-européistes, chargé de tous les honneurs (voir Wikipedia).
« Au nom de la future prospérité. Ce sera une dynamique cruciale pour la croissance économique. Il est primordial de passer des États qui choisissent leurs migrants aux migrants qui choisissent les États. L’Union européenne ne doit plus sélectionner les migrants « hautement qualifiés » mais laisser la liberté du choix à chaque individu. »
Je trouve cette lumineuse citation dans Riposte Laïque du 11 novembre 2025, rapportée par Manuel Gomez, sans autre précision.
« Se non e vero é ben trovato »
Eh oui, cher cugel, «l’anarque» à la mode Jünger est séduisant, sous cette forme que l’auteur admirable d’«Orages d’acier», de «La Guerre comme expérience spirituelle» (dont je préfère le premier titre français : «La Guerre notre mère»), d’«Approches, Drogues et Ivresses», sous la forme que celui-ci lui a donnée : «l’anarque est à l’anarchie ce que le monarque est à la monarchie»… Quelle formule pétrie de charme cérébral ! Certes, mais elle est tordue et, au fond, pas même romanesque… Il faut revenir aux sens exacts des mots pour saisir leur portée et en avoir une juste compréhension : anarchie, étymologiquement, c’est «sans principe», «sans ordre», tandis que monarchie doit être entendu, non au sens de l’option politique, mais selon son acception rigoureuse : «principe un» «ordre un», si l’on recourt au même procédé de symétrie dont a usé Jünger. Si bien que sa formule explicative ne peut plus adopter aucune autre signification que celle de néant, par rapport à la réalité du principe ou à celle de l’ordre, ainsi que par rapport à toute autre signification donnée à la source étymologique du grec arkhè ; et ce, en rapport direct avec la représentation du statut d’«anarque».
On sait peu que le mot dont on impute l’invention à Jünger, remonte à trois siècle en arrière, car il se trouve dans «Paradis Lost» de Milton : «Ainsi Satan. Ainsi le vieil anarque, avec une voix chevrotante et un visage décomposé […]», du moins est-ce ainsi que Chateaubriand a trouvé bon de traduire l’anglais (dont je ne connais pas le texte original). Dans tous les cas de traduction, «anarque» remonte au moins à deux siècles avant Jünger.
Je me suis toujours poser la question de savoir si Jünger croyait à son «invention» ou s’il avait connaissance des antécédents du mot – de plus, Édouard Dujardin l’avait déjà employé, soit dans «Les lauriers sont coupés», soit dans «L’Initiation au péché et à l’amour» (mes lectures de Dujardin remontant à cinquante ans en arrière, je ne saurais être plus précis, car je n’ai guère envie de me remettre à sa lecture). Je lisais Dujardin quand je découvrais Jünger, si bien que la coïncidence m’avait frappé aussitôt, et j’ai lu «Le Paradis perdu» sensiblement à la même époque…
Précisons encore que, selon toute vraisemblance, Ernst Jünger devait connaître Édouard Dujardin, germanophile distingué et écrivain appartenant à ce courant français des années 1900-1940, que Jünger connaissait bien, appréciait et dont il a fréquenté certaines figures.
Mais ce qui présente un intérêt dans cette question, c’est que, comme l’avait envisagé Milton, «un anarque» définit proprement «un satan», selon l’appellation avec article indéfini qui traduit le mot de l’Ancien Testament (en hébreu, écriture «gauchère» : NTS), dont il n’y a, du reste, qu’un nombre réduit d’occurrences (cinq ou six, tout au plus).
Assurément, Jünger ne saurait être soupçonné de «satanisme», d’autant moins qu’il se convertit du protestatntisme au catholicisme une année avant sa mort, tandis que, durant des années, il fréquenta très assidument l’église catholique de Wilflingen, dont le curé devint de ses amis.
Il n’en reste pas moins que ce satané snobisme lié au mot «anarque», qui servit (du moins, en France) à faire la promotion du roman «Eumeswill» (d’ailleurs, assez mauvais), ce satané snobisme a fait florès dans certains milieux, associé à la théorie jüngerienne du «Rebelle» et du «Recours aux forêts»… Seulement, le personnage de l’anarque, dans Eumeswill est un vulgaire archiviste, car les rayonnages sont plus confortablement accueillants que les forêts, sans doute… Il faudrait que je relise «Eumeswill» pour me faire une meilleure idée de la chose, mais je n’y tiens pas plus qu’à relire Dujardin.
Les formules sont, par définition, «toutes faites» ; ce sont des raccourcis quasi publicitaires, voire, ce que l’on appelle des «éléments de langage», c’est-à-dire que les formules fonctionnent comme des slogans dans les neurones de ceux qui aiment à les employer ou à les entendre, elles déterminent des «réflexes conditionnés», c’est-à-dire que – fût-ce au corps défendant de qui lance ce filet ou en dépose la glu – elles entrent dans une entreprise de conditionnement de ceux qui se laissent attraper au vol ou coller à la substance déposée sur la branche où ils perchent. Il faut se faire à l’idée qu’il existe des «séductions» gluantes et/ou emberlificotantes…
Jünger s’est partiellement fourvoyé, aux alentours des années 50-60 (jusqu’à la mesurée évolution des années 80 consistant à poser «avantageusement» de conserve avec François Mitterrand et/ou Helmut Kohl ! ès-qualités d’«anarque», il aurait tout de même pu trouver un peu moins vulgaire, sans compter la compromission «européiste») : néanmoins, ces Journaux sont restés ceux d’un esprit admirable et je ne sache pas me rappeler qu’aucun des jours consignés eût jamais rappelé quelque chose de mémorable autour de cette idée saugrenue d’«anarque». Du reste, une immédiate anagramme déclare la parenté avec aRNaque… De fait, la position «satanique» est bel et bien l’activité individuellement séduisante d’un exercice d’escroquerie intellectuelle.
Lautréamont avait su parfaitement «romantiser» – sinon le mot, du moins la chose – dans la strophe qui débute par «J’ai fait un pacte avec la prostitution, afin de semer le désordre dans les familles […]» – il faut relire cette admirable strophe, dans laquelle Lautréamont, selon son propre mot, entreprend de «crétiniser le lecteur», par la séduction irrésistible de sa prose spectaculairement bouleversante…
Je suis bien obligé d’interrompre mon propos, car je n’en finirais pas de l’assortir indéfiniment de réflexions et de références. Que l’on m’excuse pour la longueur des deux ou trois ici exposées.
Ils sont morts avec leurs illusions, ils se sont battus avec leur foi ils ont vécu en pensant qu’ils nous ont laissé un héritage et qu’il serait « suivi » comme le dit si bien Philippe de Villiers lorsque son père s’inquiétait de savoir s’il serait « suivi » …c’est à dire si comme dans toutes les familles il y aurait après lui .une suite dans la lignée de son existence dont le seul but est de transmettre.
Aujourd’hui on commemore ..mais « les morts ne veulent pas qu’on les pleure..ils veulent qu’on les continue »
Alors????
Le commentaire de David Cattegno est une charge contre le fétichisme des concepts, écrite avec la même verve qu’elle reproche à Jünger — preuve que la séduction du langage, même critiquée, demeure irrésistible.
Tout ce qui est dit plus haut est remarquable. Et très caractéristique de ce site unique. Mais les quelques lignes de Paul Pontenuovo le sont tout autant. Agile synthèse. Définitive pirouette. Rideau !
Rideau! il faut bien, dommage, toutes ces lignes sont savoureuses,
(Mais Eumeswill est un roman extra-ordinaire, et plus qu’un roman c’est un état d’esprit.)