
« Le monde de demain sera plus dur et sans pitié que ce que nous avons connu depuis huit décennies. Une nouvelle ère commence, fatale aux alliés des USA. »
Par Pierre de Meuse.

Parce qu’elle constitue un précédent diablement dangereux. Nous allons voir en quoi. Certes, le Venezuela « bolivariste » est – on ne peut encore dire « était » – un abcès de désordre en Amérique latine, un nouveau castrisme gorgé de pétrole couvrant de ses invectives tous les États de cette région, et dont l’arbitraire et la corruption ont fait fuir huit millions de ses habitants, soit presque le quart de sa population. Mais le coup de main brutal de Trump n’est néanmoins rien d’autre qu’un acte de banditisme international, effectué sous un prétexte invraisemblable : le trafic de drogue, alors que chacun sait que la cocaïne transite par d’autres voies plus proches des USA (le Mexique par exemple). Sur Europe I, M.Praud, lui, justifiait cette intervention lundi 5 par le fait que le régime de Caracas était une dictature, et qu’il était légitime d’agresser une dictature par tous les moyens et même au mépris du Droit international. Une telle argumentation laisse pantois par sa confiance en la crédulité du public, car Trump ne cache pas son intention de prendre en mains la direction du pays en la confiant à des sociétés américaines. Cette attitude d’aveu cynique mérite cependant qu’on s’y arrête à deux fois. Car enfin, les États-Unis ont-ils vraiment besoin de la manne pétrolière vénézuélienne ? Ils disposent déjà de quoi alimenter leur marché intérieur et n’ont aucun intérêt à y ajouter un pétrole un peu moins cher, mais moins rentable à l’extraction comme au raffinage, et de moins bonne qualité. Pourquoi effectuer un blocus – un véritable acte de guerre – contre ses pétroliers ? C’est contraire à la doctrine américaine et ne gêne pas que la Chine, qui va devoir encore davantage se lier à d’autres pays hostiles à l’Amérique.

En fait l’administration Trump ne s’intéresse pas au pétrole en soi, mais à sa commercialisation, et pour des raisons non pas économiques, mais monétaires. Il sait bien que l’élément clef de la puissance américaine n’est pas son industrie ni même son armée, mais sa monnaie : à la fois supertaxe clandestine et label payant qui assujettit celui qui l’utilise aux juges et législateurs américains. Un fardeau que le monde entier est forcé de payer. D’un autre côté, le Président sait que cet atout est fragile : sans le privilège immense que sa banque d’émission possède d’émettre du papier qui permet de financer une économie extraordinairement déficitaire sans en subir aucune sanction, le dollar serait réduit à une valeur d’échange dérisoire. Or depuis la création des Brics et surtout l’organisation par eux de canaux d’échanges hors-dollar, le flux immense des pétrodollars a commencé à se réduire. Rien de tragique encore, mais la fuite s’aggrave chaque jour. Et rappelons que de Kadhafi à Saddam, tous les chefs d’État à avoir essayé d’échapper au billet vert ont été victimes de mort violente. On comprend donc que pour Trump, la couleur politique des contrevenants importe peu, rouge, vert ou blanc sont également à anéantir s’ils se rebellent. Le problème est que le mouvement est en marche, longuement préparé par Poutine, afin de répondre à la vaste opération de destruction de la Russie des présidents démocrates, et qu’il est difficile de l’arrêter. Un point de rupture est en vue, qui annoncera une nouvelle organisation du monde, guère rassurante à vrai dire.

Alors les alliés-asservis européens viennent lécher les bottes du polémarque. Starmer le fait mi-figue-mi-raisin, car Maduro est quand même de Gauche ; Macron affiche la soumission abjecte de celui qui se sait méprisé ; la seule à être sincère est Meloni, qui espère bien récupérer pour les Italiens quelques avantages des mains du Maître. Et les ralliements continuent : Bardella, Glücksmann, Ciotti. Seule Marine, il faut le signaler, a parlé en véritable politique, en soulignant qu’il ne fallait pas plaisanter avec la souveraineté des États. Elle sait bien, elle, que cette question est essentielle.
Cela dit, ce coup d’éclat ne règlera pas la question. Le mouvement en cours ne sera pas anéanti par un procès comme après la capture de Noriega, il y a trente ans. La question qui se pose donc dès maintenant est celle de la position des nations européennes face aux États-Unis, celle de l’indépendance ou de la soumission. Or Trump connaît le dessous des cartes :
– Il sait, en bon négociateur, que le privilège monétaire des USA ne va plus durer très longtemps, parce que la condition de survie d’un privilège injuste est d’être caché. Il lui faut le faire durer autant que possible, tout en maximisant ses possibilités d’accroissement de puissance. D’où l’affirmation de ses projets annexionnistes à l’égard du Groenland et du Canada, deux territoires dépendant de l’Europe, l’un du Danemark, l’autre de la Grande Bretagne. Pour l’un comme pour l’autre, il sait que la seule réponse qui lui clouerait le bec serait une affirmation hautaine de souveraineté par les États menacés, appuyée par l’Europe confédérale.
– Mais il sait aussi que cette réponse, il ne s’y heurtera pas parce que l’UE, qu’il méprise copieusement (avec raison), est empêtrée dans un rapport de force sans issue dans son soutien à l’Ukraine, pour des raisons de survie interne : la poursuite de la politique des petits pas, tournée essentiellement vers la diminution de souveraineté des États. Il pense donc jouer sur le velours. Alors, il alterne son soutien à l’Ukraine avec une tolérance à l’égard de la Russie, qu’il respecte.
On imagine bien que les pays d’Europe n’ont à attendre de cette politique que des avanies. La soumission est une voie de plus en plus étroite dans laquelle les nations-esclaves seront, chaque année davantage, dupées par leur « protecteur ». Pourtant, chaque pays de notre continent, du moins ceux qui comptent, disposent d’une voie qui leur est propre, à condition d’en avoir la volonté. Au premier chef, l’Allemagne, qui compte redonner vie à son industrie en se lançant dans la fabrication en masse d’armes de longue portée. Elle compte bien s’attribuer la domination totale de l’UE qui l’a favorisée incomparablement depuis vingt ans, comme le prouve, entre autres, l’adoption du traité avec le Mercosur.

Et la France ? Elle n’a que des coups à prendre dans ce cas de figure. Il est donc capital pour elle de sortir de ce rapport de force défavorable. Et donc de recouvrer les attributions de souveraineté dont elle a été spoliée. Mais cela ne se fera pas sans résistances et coups tordus. Et pour cela, le « coup Maduro » sonne de façon sinistre. Nous devrons nous demander, à l’avenir et pour riposter à nos compétiteurs, quelle sera la manœuvre la plus efficace, celle qui fera le plus mal, et non si nous avons le droit de la conduire. Le monde de demain sera plus dur et sans pitié que ce que nous avons connu depuis huit décennies. Une nouvelle ère commence, fatale aux alliés des USA, fatale aux neutres qui n’auront pas assuré leurs arrières, à laquelle convient parfaitement la formule de Thucydide : « Il est dans la nature de l’homme d’opprimer ceux qui cèdent et de respecter ceux qui résistent. » o ■ o PIERRE DE MEUSE
Derniers ouvrages parus















Pierre de Meuse analyse pertinemment les choses, cependant, je ne suis pas convaincu que ce puisse être ces «choses»-là qu’il faille analyser ou, plutôt, qu’ils faillent les envisager sous cet angle ou de ce point de vue…
Premièrement, l’ingérence et le non respect de la souveraineté des nations sont une constante des politiques occidentales depuis que les nations sont constituées. Il n’est pas utile à l’intelligence des choses de faire l’impasse sur certaines quand on se polarise sur d’autres.
Depuis les manigances d’exportation de la pseudo-«civilisation» chez des peuples qui, comme disait Léon Daudet, ont une avance d’au moins deux millénaires en matière de civilité, de culture et de savoir vivre (il disait cela à propos du Tonkin), depuis sensiblement l’invasion des Amériques par des gangsters débarqués d’un «ancien monde» qui ne voulait plus d’eux, ces gangsters ont répandu une gangrène sur l’Occident, depuis les dernières extrémités, spatiale et temporelle, qu’ils ont eu la grossièreté de squatter, d’enivrer et de contaminer.
Au passage, s’est-on aperçu de l’accointance quasi rigoureuse entre le Deloglu de Marseille et le Maduro de Caracas, tous deux ayant fait première carrière en tant que garde du corps, autrement dit, «gorille», gorille dont, toute révérence gardée pour les formidables primates, tous deux ont conservé l’ignoble aspect sociologique.
Ce type de bestiaux ne mérite rien d’autre que de «repasser une fois de plus, mais la dernière, sur la table d’autopsie, afin de [leur] refaire [leur] anatomie» (Antonin Artaud). L’autre Amerloque, autrement plus rigolo que ses autres concitoyens de présidents précédents, est allé passer par les armes toutes sortes de bandits et de rafiots trafiqués. Il y a tout simplement lieu de s’en réjouir un peu et de sourire beaucoup.
Quelles sont les réelles intention de Donald Trump ? Bien malin qui le saura jamais. En attendant, il sème une pagaille géostratégique très réjouissante.
Un «monde plus dur» en perspective ? Il ne saurait être réellement «plus dur» que celui que nous connaissons depuis 1789 et, à vrai dire, depuis la Renaissance et le Clacissisme français, encore que, jusqu’à 1789, les infâmies fussent plus lointaines et, somme toute, fort mieux éduquées (je pense au détestable marquis de Sade, dont les lettres témoignent qu’il aurait pu en remontrer en matière d’honneur et d’intelligence à tous les sorbonnards de la planète, jusques et y compris dans le comportement «sexuel», à coup quasiment sûr).
La comédie judiciaire dont devrait pâtir Maduro n’est bien qu’une comédie, digne du tribunal de La Haye, sauf qu’elle est organisée non loin de Brooklyn. J’ose seulement espérer que Maduro ne bénéficiera pas des mêmes avantages accordés à l’autre érotomane de rat d’hôtel français (je n’ai plus son sale nom à la mémoire, grâce à Dieu), qui a pu négocier une espèce de fiduciaire relaxe.
N’oublions pas que nous autres, royalistes, ne comptons pas plus dans le «paysage politique» français que les désespérés Peaux-Rouges dans les réserves, sauf que, à la différence de nos frères rouges nous ne bénéficions d’aucune espèce de garantie protectrice…
Ce que nous représentons risque bien plus de la part des pleutres «humanistes» à la Maqueron et des énergiques soudards à la Merlenchon que les premiers emploient que nous n’avons à craindre de ce Trump, dont l’épouse est de toute première beauté et affiche une mine hallucinée, dans laquelle on doit pouvoir lire quelque chose d’AUTRE…
La politique internationale n’est pas un duel antique, mais un système complexe d’intérêts croisés, où la brutalité pure est rarement une stratégie durable.
Ce texte a le mérite de poser des questions réelles : déclin relatif de l’hégémonie américaine, fragilité européenne, retour du rapport de force. Mais il pèche par une réduction morale et monolithique des acteurs,
En voulant dénoncer les illusions, il en crée d’autres : celle d’un monde où la lucidité consisterait à renoncer au droit, à la coopération et à la complexité. Or c’est précisément dans cette complexité que se jouent encore les marges de manœuvre des États — y compris de la France.
Merci à P. de Meuse pour son analyse générale. Dans ce contexte, pour la France, ses 65 millions de « JSF », son siège à l’Onu, sa force et son savoir-faire nucléaires, ses possessions ultra-marines, sa tradition diplomatique, sa langue…il est temps, par l’article 50 du Traité de l’UE, de reprendre VRAIMENT la main sur tout ce qui nous vient de l’UE. Tout le reste n’est que verbiage