
Par Antoine Viso.
Un meurtre politique, une indignation sélective, une justice à géométrie variable, une société fracturée. L’affaire Quentin est un révélateur brutal de l’état réel de nos élites, de nos médias et de notre justice.

Dans cette affaire d’assassinat politique – car c’est bien de cela dont il s’agit – ce qui saute aux yeux en premier lieu est sans doute la différence de ton entre la presse et la classe politique.

D’un côté, les médias institutionnels dégradent la mémoire de Quentin, minimisent les faits, brossent un portrait peu reluisant de sa personne et n’expriment aucun mot de compassion ; de l’autre, on assiste à une prise en charge plutôt rapide et unanime de « l’affaire Quentin » par la classe politique institutionnelle : interdiction prononcée par Yaël Braun-Pivet au collaborateur de Raphaël Arnault d’entrer au Palais-Bourbon, prises de parole de Laurent Nuñez et du ministre de l’Enseignement supérieur, minute de silence à l’Assemblée et attaque concomitante de Macron contre LFI. En somme, une condamnation large du meurtre par la grande majorité des responsables politiques, y compris ceux d’extrême gauche, qui ont troqué leurs habituels enfantillages immatures contre un respect relatif – parfois hypocrite – du défunt.

Mais le fait révélateur fondamental est la différence de vitesse considérable entre la reprise médiatique et politique de l’affaire, et la mise en branle de l’appareil judiciaire.
La justice, autre pilier institutionnel, a pris un temps incroyable pour interpeller et interroger les suspects. On sait que l’un des deux collaborateurs parlementaires de Raphaël Arnault impliqués dans la mise à mort de Quentin, Jacques Élie Favrot, est le fils d’un juge lyonnais ; qu’un autre des mis en cause est issu d’un couple de cinéastes ; et que le père d’une de leurs comparses, elle aussi interpellée, est directeur des relations internationales de la métropole de Lyon.
On peut interpréter ce paradoxe comme suit :
Les forces politiques et médiatiques sont en recomposition. La « droite » de type RN ou Reconquête a, quoi qu’on en pense, trouvé – avec les médias en premier lieu – un écho de masse et des relais institutionnels grâce auxquels s’exprimer, comme CNews, Europe 1, Valeurs Actuelles, le JDD, ainsi que X/Twitter depuis son rachat. Mieux encore, leurs propres électeurs, et surtout la jeunesse, ont pu investir massivement les réseaux sociaux comme TikTok et Instagram. Une percée médiatique qui force les relais traditionnels, pourtant majoritairement d’extrême gauche, à traiter des sujets soulevés par les premiers.

À une autre époque, on peut imaginer que du Monde à Mediapart, personne n’eût daigné écrire une ligne sur l’affaire Quentin si les réseaux sociaux et la sphère politique institutionnelle de droite ne s’en étaient pas scandalisés. Cette visibilité est catalysée par le poids électoral du RN, qui pèse sur l’Assemblée et menace les postes des libéraux de droite comme du centre gauche, tout en offrant une tribune et un accès au cœur des institutions.
Enfin, s’ajoute à cela « l’air du temps », ou la force historique actuelle, qui pousse les gens à croire à la victoire progressive et inéluctable de « l’extrême droite », dont les scores augmentent lorsqu’elle n’est pas déjà élue, comme aux États-Unis ou en Italie.
De même, les groupes militants de droite tels que Némésis, et les figures militantes comme Raphaël Ayma, percent de plus en plus sur les réseaux sociaux.
Il y a donc une transition d’élite politique, concomitante à l’inertie de l’État profond : fonctionnaires, chercheurs, universitaires, juges et procureurs forment un réseau compact, résistant aux épreuves des réformes, et qui n’est pas handicapé par un CDD électoral. Quoi qu’ils fassent ou disent, ceux-ci restent en poste et se font la courte échelle, tout en brandissant leur prétendue objectivité scientifique.
Ce groupe bourgeois et homogène constitue sans doute l’adversaire le plus redoutable de notre pays. C’est lui qui occupe les postes permettant de construire la légitimité du progressisme et de le diffuser dans tout l’appareil culturel qui lui est apparenté. À dire vrai, ces gens ne constituent ni une élite, ni une bourgeoisie, mais plutôt une caste oligarchique universitaire et culturelle en situation de monopole, dont le but est la défense du système dont ils dépendent.

Vivant accrochés aux mamelles de l’État, gavés de subventions et de privilèges, ces atomes malades sont animés d’une haine d’eux-mêmes quasi psychiatrique – il n’y a qu’à voir les noms de famille français des suspects – haine rationalisée (et financée) en pensées et en thèses. Il serait intéressant de produire une étude sur l’anthropologie et la psychologie de ce groupe.
Au-delà de la très probable complaisance de la justice envers les enfants de juges ou de hauts fonctionnaires, il convient de rappeler que les parents des meurtriers de Quentin sont ceux qui légitiment, dans leur propre travail – à la métropole de Lyon, dans les universités, à la radio ou au cinéma – la mort d’un jeune militant identitaire et catholique, engagé par amour de son pays et de sa famille. L’avenir se souviendra d’eux.o ■ o ANTOINE VISO
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Fine et juste analyse, je trouve.. la presse écrite ou audiovisuelle a été si médiocre, si pleutre, c’est artificielle, si partisane ! Alors voilà du réfléchi ! Bien vu…