

Nous n’ajouterons rien au rappel des responsabilités des uns et des autres, qu’on peut lire dans le titre. L’historique et l’analyse en ont été faits cent fois dans ces colonnes. En revanche, l’état de la situation actuelle, tel qu’il est exposé dans cet entretien publié par Le Figaro de ce jour, nous semble utile à lire. À retenir surtout pour les chiffres qu’il donne et commente. Nous les livrons tels quels aux lecteurs de JSF, qui ne se priveront pas de les commenter : « LE GRAND REMPLACEMENT S’ACCÉLÈRE ». JSF
Nicolas Pouvreau-Monti : « On compte en France 7,5 millions d’électeurs potentiels issus de l’immigration »
ENTRETIEN – Sans constituer un électorat uniforme, les immigrés et leurs descendants ont des comportements de vote qui ne sont pas sans conséquences sur les équilibres politiques français, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie*.
*Nicolas Pouvreau-Monti est directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie. Il vient de publier « Immigration, mythes et réalités » (Fayard, 2026).

LE FIGARO. – Les descendants d’immigrés ont-ils des préoccupations politiques distinctes du reste de la population ?
NICOLAS POUVREAU-MONTI. – Ils partagent évidemment des préoccupations communes à l’ensemble des Français : pouvoir d’achat, logement, accès aux soins, sécurité. Mais d’autres tendances leur sont spécifiques. La première concerne la politique migratoire : une partie de ces électeurs conserve des liens familiaux ou affectifs avec un pays d’origine, parfois avec des proches de nationalité étrangère déjà présents en France ou susceptibles de venir. Les promesses d’assouplissement des règles migratoires peuvent donc rencontrer des attentes concrètes.
Le second registre est culturel et religieux. Citons l’exemple de La France insoumise, qui défend une approche plus libérale de l’expression de l’islam dans l’espace public et accorde une place centrale au terme d’« islamophobie ». Elle politise ainsi un sentiment de discrimination ou de mise à l’écart ressenti par une partie de cet électorat. Mais cette stratégie a une limite : elle peut mobiliser certains électeurs tout en en éloignant d’autres, y compris à gauche, tant les aspirations majoritaires du pays vont plutôt vers une restriction de l’immigration.
La France insoumise a réalisé certaines de ses meilleures performances dans des villes à forte immigration, comme Saint-Denis, Creil, Vaulx-en-Velin ou La Courneuve . Quels enseignements peut-on tirer de ces résultats ?
Ces résultats traduisent les effets d’une stratégie électorale de long terme. La France insoumise assume désormais de s’adresser à ce qu’elle appelle la « Nouvelle France ». Cette expression renvoie à plusieurs transformations sociales, mais la trame de fond essentielle reste celle des changements démographiques produits par les flux migratoires. Cette stratégie n’a pas été inventée par LFI : Terra Nova parlait déjà, en 2011, du « nouvel électorat de la gauche » et de la « France de demain ». Mais LFI a porté cette logique jusqu’à son point le plus avancé.
Jean-Luc Mélenchon a manqué le second tour de la présidentielle de 2022 pour 421 000 voix. Peut-il trouver dans ces électorats, où l’abstention reste importante, une réserve décisive pour 2027 ?
Cette réserve existe, mais elle n’est pas automatiquement mobilisable. L’enjeu pour LFI n’est pas seulement de convaincre, mais de faire voter, même si la présidentielle mobilise davantage que les autres scrutins. En 2022, les électeurs se déclarant musulmans ont eu une participation globalement comparable au reste de la population.
L’enquête Ifop-Hexagone montre que 59 % des musulmans CSP+ indiquent vouloir voter pour Jean-Luc Mélenchon en 2027, contre 58 % des musulmans CSP- : l’explication strictement économique semble céder le pas devant d’autres variables, dont l’origine migratoire ou religieuse
Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie
On compte aujourd’hui en France environ 7,5 millions d’électeurs potentiels immigrés ou descendants d’immigrés, de deuxième génération : 2,6 millions d’immigrés naturalisés et près de 5 millions de descendants d’immigrés majeurs. Cet électorat ne vote pas comme un bloc, certes, mais la variable migratoire pèse électoralement. L’enquête Ifop-Hexagone publiée en mai 2025 indique que 37 % des électeurs dont les deux parents sont d’origine extra-européenne envisagent de voter pour Jean-Luc Mélenchon en 2027, 28 % pour ceux qui ont un seul parent d’origine extra-européenne, contre 10 % dans l’ensemble de l’électorat.
La tendance est encore plus nette chez les électeurs musulmans, dont 51 % déclarent envisager de voter pour lui. Pour rappel, selon les données Insee-Ined : 44 % des immigrés et 32 % des enfants d’immigrés se déclarent musulmans, contre à peine 1 % des personnes sans ascendance migratoire directe. La quasi-totalité des musulmans en France étant des immigrés ou des descendants d’immigrés, cette variable religieuse est pertinente pour approcher le comportement de certains électorats issus de l’immigration.
L’origine migratoire suffit-elle à expliquer ce vote en faveur de La France insoumise ?
L’enquête Ifop-Hexagone montre que 59 % des musulmans CSP+ indiquent vouloir voter pour Jean-Luc Mélenchon en 2027, contre 58 % des musulmans CSP- : l’explication strictement économique semble céder le pas devant d’autres variables, dont l’origine migratoire ou religieuse.
Les descendants d’immigrés venus du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, de Turquie, d’Europe du Sud ou d’Asie ont-ils des comportements comparables ?
Pour les Français d’origine subsaharienne ou maghrébine, les travaux de Vincent Tiberj dans l’étude de Terra Nova de 2011 notaient un rapport de force largement en faveur de la gauche, « de l’ordre de 80-20, voire 90-10 ». Cette tendance se renforce « pour la seconde génération par rapport à la première, de l’ordre de 10 points ». Pour les électeurs issus de l’immigration européenne, le tableau est différent. Leur comportement électoral est très identique à celui de la population générale : 29 % des électeurs ayant un parent originaire de France et un autre d’un autre pays européen voteraient Bardella, 10 % pour Mélenchon.
Comment comparer cette situation aux immigrations italienne, polonaise ou espagnole du XXe siècle ?
Pour certaines immigrations, notamment italienne, les partis politiques ont joué un rôle intégrateur. Le Parti communiste a structuré une partie de la classe ouvrière française et a aussi joué ce rôle auprès des ouvriers d’origine immigrée. Mais le PCF était alors une instance d’intégration, sans tenir de discours segmenté à destination des immigrés. Les ouvriers d’origine italienne survotaient pour le Parti communiste, mais comme beaucoup d’ouvriers à cette époque. La grande différence avec aujourd’hui est que ces électorats n’avaient pas en face d’eux une offre politique majeure les traitant comme une clientèle spécifique, dont il faudrait satisfaire des revendications particulières.
Le Rassemblement national progresse-t-il dans ces électorats ?
Il progresse de manière très marginale, même si cela dépend des catégories d’immigration. L’enquête Ifop-Hexagone situe le vote RN des électeurs musulmans à 9 %, 13 % chez ceux dont les parents sont d’origine extra-européenne, contre 33 % en moyenne générale. Cela illustre l’effet différencié de la variable migratoire : survote pour certains partis, sous-vote pour d’autres. La ligne de fracture correspond assez précisément au positionnement des formations politiques sur l’immigration et la gestion des différences culturelles.o ■ o NICOLAS POUVREAU-MONTI
Entretien par Rémi Monti











